Les Maoris auraient été les premiers à découvrir les terres de l’Antarctique

découverte antarctique Maoris
| Pixabay

La découverte de l’Antarctique remonterait au 18e siècle : en 1773, l’explorateur James Cook franchit le cercle polaire pour la première fois ; il fera finalement demi-tour alors qu’il se trouve à quelque 130 kilomètres du continent. C’est finalement en 1820 que l’Antarctique est observé par la toute première fois, lors d’une expédition russe. Mais une récente étude remet en question la paternité de cette découverte : le peuple des Maoris pourrait avoir voyagé vers l’Antarctique dès le 7e siècle, soit bien avant les Européens.

Pour faire la lumière sur l’histoire du continent austral, une équipe de recherche — dirigée par la biologiste de la conservation Priscilla Wehi, de l’institut néo-zélandais Manaaki Whenua Landcare Research — a passé au crible de nombreux documents, certains provenant de la littérature grise, ainsi que des récits oraux, pour récolter un maximum d’indices sur la contribution de ce peuple aujourd’hui absent des récits historiques.

Les chercheurs ont ainsi découvert que les premiers voyages des Maoris vers le pôle Sud pourraient remonter au 7e siècle ; depuis, ce peuple a largement contribué à une meilleure connaissance de l’Antarctique, depuis les premières explorations menées par l’Europe, jusqu’aux recherches scientifiques contemporaines. Ils estiment que davantage de recherches doivent être désormais envisagées pour combler définitivement les lacunes concernant le rôle des Maoris dans la découverte et l’étude de ce continent.

Une contribution importante, mais peu reconnue

Wehi et son équipe ont notamment retrouvé les traces d’un voyage effectué au début du 7e siècle, par un chef polynésien du nom de Hui Te Rangiora. L’équipage de cette expédition constituerait ainsi les premiers hommes à avoir navigué dans les eaux australes, voire les premiers observateurs du continent antarctique. « Dans certains récits, Hui Te Rangiora et son équipage ont continué vers le sud. Un long chemin vers le sud. Ce faisant, ils étaient probablement les premiers humains à poser les yeux sur les eaux de l’Antarctique et peut-être sur le continent », confirme les auteurs de l’étude publiée dans The Journal of the Royal Society of New Zealand.

Les Maoris connaissent bien l’histoire de ce voyage, qui fait partie de l’histoire du peuple Ngāti Rārua depuis des siècles et est largement illustrée par de nombreuses gravures. Plus d’un millénaire plus tard, en 1840, un homme nommé Te Atu, de la tribu des Ngapuhi, est considéré comme le premier Maori (et le premier Néo-Zélandais) à avoir observé la côte antarctique ; il participait alors à une expédition menée par les États-Unis.

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Mais comme l’expliquent les chercheurs, la littérature universitaire existante ne tient pas compte des récits émanant des peuples autochtones qui se trouvaient à l’époque très loin de la civilisation : « Les récits des groupes sous-représentés et leur lien avec l’Antarctique restent mal documentés et reconnus dans la littérature scientifique ». Les recherches menées par Wehi visent justement à combler ces lacunes.

L’équipe souligne par ailleurs que les Maoris ont largement contribué à ce que l’on appelle « l’Âge héroïque de l’exploration en Antarctique », une période qui s’étend de la fin du 19e siècle au début des années 1920, au cours de laquelle maintes missions d’exploration sont lancées par plusieurs nations européennes, dont la France ; les Maoris ont notamment apporté leurs connaissances et leur savoir-faire en matière de médecine et de construction. « La participation des Maoris aux voyages et aux expéditions en Antarctique s’est poursuivie jusqu’à nos jours, mais est rarement reconnue ou mise en évidence », regrettent les chercheurs.

Intégrer davantage les communautés indigènes

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Après cette période, les Maoris ont continué à participer aux programmes scientifiques lancés par la Nouvelle-Zélande ; encore aujourd’hui, ils contribuent aux recherches effectuées dans le cadre du réchauffement climatique, ou aux études de la faune locale (manchots). Pour les auteurs de cette nouvelle étude, il est essentiel d’intégrer davantage ces populations autochtones dans les programmes de recherches actuels et futurs en Antarctique.

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Les Maoris font eux aussi partie intégrante du Traité sur l’Antarctique, rappellent-ils. Ce traité, signé en 1959 par douze pays, dont la Nouvelle-Zélande, vise à garantir que le continent austral ne sera utilisé qu’à des fins pacifiques et ne deviendra jamais l’enjeu de conflits internationaux ; toute activité militaire, de même que d’éventuels essais nucléaires, y sont ainsi totalement prohibés. Depuis 1959, le traité a été ratifié par 42 autres nations.

En mettant en avant le rôle phare de ce peuple dans les missions d’exploration d’envergure passées, les chercheurs espèrent inciter d’autres groupes ou peuples sous-représentés dans la littérature scientifique à partager « leurs récits de connexion avec les paysages terrestres et marins du Sud ». L’objectif étant de découvrir les manières dont l’Antarctique apparaît dans la vie et l’avenir des communautés indigènes. « Impliquer davantage de scientifiques maoris de l’Antarctique et intégrer leurs perspectives ajoutera de la profondeur aux programmes de recherche de la Nouvelle-Zélande et, en définitive, à la protection et à la gestion de l’Antarctique », conclut Wehi.

Sources : Journal of the Royal Society of New Zealand, P. M. Wehi et al. et scimex

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