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Parmi les nombreux problèmes que connaît la planète aujourd’hui, au nombre desquels le réchauffement global, la recrudescence d’épidémies ou encore l’acidification progressive des océans, une situation alarmante mais pourtant largement inconnue, est en train de prendre forme : la diminution drastique des stocks naturels de phosphore. Cet élément chimique, non renouvelable, intervient dans de très nombreux systèmes biochimiques et est crucial pour la vie sur Terre. Un nouveau rapport rédigé par un groupe international de 40 chercheurs met en garde les autorités contre l’utilisation massive du phosphore et son inquiétante raréfaction.

Le phosphore est un minéral essentiel pour toutes les plantes et tous les animaux sur Terre, y compris les humains. Élément constitutif de l’ADN, cette ressource de base permet aux cellules vivantes de transférer de l’énergie via les molécules d’ATP. Lorsqu’elle est extraite du minerai de phosphate, elle peut être ajoutée à des engrais pour augmenter la production agricole.

Le problème est que le phosphore n’est pas un élément renouvelable et qu’il n’existe actuellement aucun substitut connu. Alors que le monde entier en demande de plus en plus, l’offre de plus en plus réduite de cette matière première devient alarmante. La problématique concernant le phosphore a fait l’objet d’un rapport publié dans la revue Environmental Science & Technology.

Raréfaction du phosphore : un problème imminent qui doit être encadré

Un groupe de 40 experts internationaux a maintenant averti que si rien n’était fait pour conserver cet élément crucial, il pourrait finir par être totalement épuisé. Au cours des 50 dernières années seulement, les engrais à base de phosphore ont été multipliés par cinq et la population humaine continue de croître : la demande devrait doubler d’ici 2050. Alors que nous nous approchons de la limite, les scientifiques de l’industrie, des universités et des instituts de recherche affirment que le monde n’est absolument pas préparé à la crise imminente du phosphore.

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Structure d’une molécule d’adénosine tri-phosphate (ATP). Cette molécule est cruciale pour la vie des cellules des êtres vivants, car elle assure les échanges d’énergie. Crédits : ChemLibreTexts

« Il n’y a pas de collaboration ou de coordination à l’échelle mondiale qui prenne la responsabilité de gouverner les ressources mondiales de phosphore, pas même entre les États membres de l’UE ou les États-Unis » déclare l’écologiste Kasper Reitzel, qui étudie le phosphore dans les écosystèmes aquatiques. « Les directives-cadres de l’UE sur l’eau ou la loi américaine sur l’eau propre se concentrent principalement sur la qualité écologique de l’eau et n’intègrent pas suffisamment la durabilité de l’eau potable ».

Selon les modèles actuels, les réserves de phosphore connues seront épuisées dans 80 ans. Des estimations plus conservatrices situeraient le jour zéro dans 400 ans, alors que d’autres accorderaient moins de 40 ans pour trouver une solution à ce problème imminent. Presque toutes les études s’accordent à dire qu’il s’agit d’un problème immédiat nécessitant davantage de recherche.

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La nécessité d’améliorer et d’optimiser la gestion du phosphore

Bien que la réduction de notre consommation soit sans aucun doute un élément clé dans la résolution du problème, il en sera de même pour apprendre à recycler le phosphore — et les deux auront un impact majeur dans les pays en développement. Alors que les États-Unis étaient autrefois le principal producteur de phosphore au monde il y a 30 ans, l’Inde et la Chine représentent désormais plus de 45% de la consommation mondiale.

Pendant tout ce temps, les pratiques d’extraction et de consommation de ce minéral se sont à peine améliorées. Aujourd’hui, les mélanges de produits chimiques enrichis en phosphates ne sont ajoutés qu’une seule fois dans un sol pauvre en éléments nutritifs, avant d’être entraînés en mer. Cela pollue entre autre les océans et les cours d’eau, créant des zones mortes où les poissons ne peuvent pas vivre, et empoisonnant l’eau potable.

En mettant en place un système de recyclage en boucle fermée, les chercheurs affirment que le phosphate pourrait être réutilisé environ 46 fois comme carburant, engrais ou nourriture.

Sur le même sujet : Depuis le 29 juillet, le bilan des ressources terrestres annuelles disponibles est dépassé

cycle phosphore

Schéma illustrant le cycle du phosphore. La mauvaise gestion actuelle du phosphore entraîne non seulement sa consommation excessive mais également une pollution des terres et des océans. Crédits : Encyclopédie Britannica

« La mauvaise gestion actuelle de cet élément nutritif essentiel représente un défi urgent, qui entraîne une pollution des ressources en eau à l’échelle mondiale tout en empêchant un accès équitable aux engrais pour soutenir la production alimentaire dans le monde. Là où elles existent, les réglementations liées au phosphore sont dépassées et ne traitent pas suffisamment des aspects plus larges de l’utilisation durable, ou des besoins futurs pour soutenir un accès équitable aux ressources au niveau mondial » écrit le groupe d’experts en phosphore.

Former de nouvelles autorités expertes sur la question du phosphore

En réponse à des années d’inaction, les auteurs exhortent les industries et les autorités mondiales à former une nouvelle génération de professionnels de la durabilité des éléments nutritifs, capables de travailler ensemble pour assurer la gestion internationale du phosphore et un environnement propre pour le reste du monde. « Ces personnes ne devraient pas être de simples spécialistes du phosphore, mais plutôt des penseurs capables de prendre des décisions éclairées concernant tous les aspects de la gestion du phosphore » déclare Reitzel.

Nourrir des milliards de nouvelles bouches au cours des prochaines décennies constituera un défi de taille, rendu encore plus difficile lorsque les réserves de phosphore commenceront à sérieusement à diminuer. Il existe de nombreuses ressources essentielles sans lesquelles les humains ne peuvent pas vivre, mais elles sont aussi peu irremplaçables que celle-ci.

Sources : Environmental Science & Technology

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