Un nouveau médicament prometteur contre le COVID-19

médicament COVID-19 NHC EIDD-2801
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Près de deux millions de cas et plus de 100’000 morts dans le monde dus à la pandémie de COVID-19, selon les derniers chiffres communiqués par l’OMS le 13 avril. Il devient urgent de trouver un remède si l’on veut envisager un déconfinement général des populations… Si plusieurs traitements sont actuellement en cours de test, un remède potentiel vient d’émerger du lot : des scientifiques américains rapportent que l’EIDD-2801 pourrait bien devenir le tout premier médicament contre le COVID-19.

L’équipe à l’origine de l’étude se compose de chercheurs issus de l’université Emory (Géorgie), de l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill et du Centre médical de l’université Vanderbilt (Tennessee). Ils affirment avoir trouvé un antiviral oral à large spectre agissant contre le MERS-CoV, le SARS-CoV-1 et les coronavirus apparentés. Autrement dit, il pourrait s’avérer efficace pour combattre le SARS-CoV-2.

Chez les souris infectées par le SARS-CoV ou le MERS-CoV, l’administration prophylactique et thérapeutique de ce médicament, dénommé EIDD-2801, a amélioré la fonction pulmonaire, réduit l’activité virale et limité leur perte de poids corporel. Les résultats de cette étude viennent d’être publiés dans la revue Science Translational Medicine.

Son mode d’action : empêcher le virus de se répliquer correctement

L’EIDD-2801 est dérivé d’un autre composé, la β-D-N4-hydroxycytidine (ou NHC), déjà connu pour ses capacités à inhiber plusieurs virus à ARN, tels que la grippe. L’EIDD-2801 a d’ailleurs d’ores et déjà fait l’objet d’une étude l’an passé, par la même équipe, dans le cadre de la recherche d’un traitement universel contre la grippe. Ce promédicament est en effet mieux assimilé par le corps humain que la NHC elle-même.

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Cet antiviral est proche du remdesivir, dont l’efficacité contre le COVID-19 est également en cours d’évaluation. Les deux traitements sont similaires de par leur mode d’action : ils agissent tous deux au niveau de l’ARN du virus. Mais l’EIDD-2801 n’agit pas tout à fait de la même manière. Tandis que le remdesivir stoppe complètement le processus de réplication de l’ARN, l’EIDD-2801 est plus sournois : il introduit des erreurs au moment de la réplication de l’ARN ; ce dernier est tellement endommagé que le virus ne peut alors plus infecter les cellules. Une autre différence réside dans le mode d’administration : le remdesivir doit être injecté par voie intraveineuse tandis que l’EIDD-1208 peut être pris par voie orale. Il permettrait donc de traiter un grand nombre de personnes beaucoup plus facilement.

La NHC a été testée avec succès in vitro, sur des cultures de cellules pulmonaires humaines. Il s’avère que le composé s’est montré très efficace lors de cette expérience de laboratoire, en inhibant la réplication virale du SARS-CoV-2, sans inclure aucune toxicité. Cet antiviral a également été testé in vivo sur des souris infectées par le SARS-CoV-1 et le MERS-CoV ; il a été administré sous forme d’EIDD-2801 par voie orale, jusqu’à 48 heures après l’infection. Les chercheurs ont obtenu des résultats très positifs, tant au niveau de la fonction pulmonaire, grandement améliorée, que de la charge virale des animaux, fortement diminuée. Les chercheurs soulignent que transposé à l’Homme, où la charge virale culmine bien plus tard dans les poumons (7 à 10 jours après le début des symptômes), ce traitement pourrait rester efficace même une semaine après le début des symptômes.

action NHC MERS SARS-CoV
Le NHC inhibe fortement la réplication du MERS-CoV et du nouveau coronavirus, SARS-CoV-2. (A) Pourcentage d’inhibition de la réplication du MERS-CoV et de la cytotoxicité du NHC dans les cellules épithéliales pulmonaires humaines. (B) Action antivirale du NHC et cytotoxicité dans les cellules de rein de singe vert d’Afrique infectées par le SARS-CoV-2. (C) Réduction de la concentration du SARS-CoV-2 (à gauche) et pourcentage d’inhibition (à droite) dans les cellules épithéliales pulmonaires humaines. (D) Réduction de l’ARN génomique du SARS-CoV-2 (à gauche) et pourcentage d’inhibition (à droite) dans les cellules épithéliales pulmonaires humaines. Crédits : T. Sheahan et al.

Vers un antiviral universel ?

Plusieurs antiviraux à action directe sont en cours d’évaluation pour traiter le COVID-19, notamment l’hydroxychloroquine, le remdesivir, et la combinaison lopinavir/ritonavir. Parce qu’il est capable de fonctionner contre une multitude d’autres virus à ARN, l’EIDD-1208 pourrait servir d’antiviral polyvalent, de la même manière que certains antibiotiques peuvent agir contre une grande variété de bactéries.

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La NHC a d’ailleurs déjà prouvé son efficacité face à plusieurs souches de grippe, face au virus respiratoire syncytial (VRS), à Ebola, au Chikungunya, ou encore l’encéphalomyélite équine vénézuélienne (EEV). Dans cette nouvelle étude, la NHC s’est même montrée efficace contre un virus résistant au remdesivir et plusieurs CoV distincts d’origine animale.

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Wayne Holman, co-fondateur de Ridgeback Biotherapeutics — la société qui a breveté le médicament — précise que le composé pourrait être utilisé tant à titre préventif que curatif. De ce fait, il serait idéal pour préserver les professionnels de santé d’une infection. « L’objectif plus large est d’avoir une pilule orale qui puisse être prise deux fois par jour par les patients à domicile au début de la maladie pour l’empêcher d’évoluer vers l’hospitalisation, la respiration artificielle ou la mort », déclare Holman.

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Ridgeback Biotherapeutics vient d’obtenir l’autorisation de l’U.S. Food and Drug Administration (FDA) pour commencer une dizaine d’essais cliniques de cette pilule antivirale au cours des prochains mois. Parallèlement, Ridgeback a demandé aux autorités britanniques de commencer des tests. L’équipe souligne que si cet antiviral est validé, il pourrait être très utile à l’avenir : « Si un autre virus du type SARS ou MERS devait se propager à l’avenir, il serait probablement sensible à l’activité antivirale de ce traitement ». Si les essais sur l’Homme sont concluants, l’EIDD-2801 pourrait bien entrer dans les annales en tant que premier médicament oral disponible pour contrer la pandémie.

Source : Science Translational Medicine, T. Sheahan et al.

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