L’hémisphère nord est confronté à une vague d’ouragans et de typhons, apparemment du jour au lendemain : avec trois tempêtes qui ont frappé l’Atlantique Nord — l’ouragan Florence est l’une d’elles — les tropiques ont explosé au plus fort de la saison annuelle. En même temps, dans le Pacifique tropical, le super typhon Mangkhut est devenu le cyclone tropical le plus intense au monde, avec des vents allant jusqu’à 277 kilomètres à l’heure.

Alors pourquoi cette soudaine et remarquable augmentation d’activité ? Il faut savoir que dans l’Atlantique en particulier, tout cela est dû à un alignement soudain de deux principaux éléments qui alimentent les ouragans : l’énergie et le vent. Si les vents en altitude dans l’atmosphère sont trop forts, alors ils peuvent empêcher une tempête en développement. C’est un peu contradictoire intuitivement, mais c’est bien vrai : en effet, des vents calmes sont nécessaires pour qu’un ouragan puisse se développer.

La région de l’Atlantique a atteint son minimum saisonnier, provoquant de ce fait de nombreux vents calmes, nourrissant littéralement les tempêtes naissantes et favorisant ainsi leur croissance. Ce qui a également changé au cours des deux dernières semaines, c’est la quantité d’instabilité – ou de « jus » – avec laquelle les tempêtes ont dû fonctionner : jusqu’à il y a deux semaines, nous étions bien en dessous de la moyenne. Puis tout à coup, les éléments ont basculé et les résultats ont été explosifs.

Florence, l’ouragan de catégorie 4 est en train de ravager les côtes des Carolines. Les météorologues et autres scientifiques s’inquiètent actuellement de plus en plus du fait que l’ouragan Florence pourrait ralentir, prolongeant de ce fait les précipitations catastrophiques.

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Mais l’ouragan Florence n’est pas le seul dans l’Atlantique. En effet, Helene, une tempête de catégorie 1, se trouve à l’ouest de Cabo Verde, avec des vents allant jusqu’à 144 km/h. Bien que la tempête soit très impressionnante à voir, elle devrait rester au-dessus de l’océan.

La tempête Isaac se trouve également dans les environs. Avec des vents de 96 kilomètres à l’heure, elle se situe actuellement vers les Petites Antilles avant de passer bien au sud de Cuba et de Porto Rico, dans les Caraïbes.

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Sont mis en évidence ici les six cyclones tropicaux actuellement actifs. La dépression tropicale Paul a été déclassée (plus bas). Crédits : The Washington Post/earth.nullschool.net

Mais il y a plus encore : nous ne surveillons pas seulement un, mais deux systèmes supplémentaires dans l’Atlantique. Une perturbation signalée juste au large de la péninsule du Yucatan risque de devenir une dépression tropicale au cours de ce week-end. Le service météorologique national (NWS – National Weather Service) va très probablement envoyer un avion de reconnaissance de l’armée de l’air pour sonder le système. Le Centre national des ouragans (NHC – National Hurricane Center) conseille aux résidents le long des côtes du Texas et de la Louisiane de surveiller de très près leurs annonces.

De plus, une vague supplémentaire de basse pression à plusieurs centaines de kilomètres au sud-ouest des Açores peut également développer des caractéristiques tropicales ou subtropicales dans les deux prochains jours, bien qu’apparemment, elle ne représente aucune menace immédiate pour la population.

Cependant, si les deux autres systèmes de l’Atlantique se transforment en tempêtes tropicales, alors il pourrait y avoir cinq cyclones simultanément. Ce n’est arrivé qu’une seule et unique fois (du moins à notre connaissance), entre le 10 et le 12 septembre 1971.

Dans le Pacifique, le super typhon Mangkhut produit des vents soufflant à 274 kilomètres par heure et provoque des vagues énormes alors qu’il se déplace vers l’ouest de Guam. La tempête devrait frapper le nord des Philippines aujourd’hui (vendredi) comme l’équivalent d’un violent ouragan de catégorie 5. Et ce n’est pas la seule tempête qui se cache au large de la Chine. La tempête tropicale Barijat passera au sud de Hong Kong mercredi prochain. De plus, Hong Kong sera également en contact étroit avec Mangkhut, qui devrait passer près de la ville de 7 millions d’habitants ce week-end, probablement en tant qu’équivalent d’une tempête de catégorie 1.

Hawaï fait face à sa propre menace dans le Pacifique : la tempête tropicale Olivia envahit l’archipel avec jusqu’à 38 centimètres de pluie dans certaines zones. À noter également qu’il y a à peine deux semaines, Hawaï a établi un suivi des précipitations totales de l’ouragan Lane, avec un record surprenant de 132.1 centimètres.

Mais alors, avec toutes ces tempêtes tropicales qui sévissent actuellement en même temps, qu’est-ce qui est censé être normal, et qu’est-ce qui est considéré comme inhabituel ?

Il faut savoir que l’énergie cumulative des cyclones, en anglais Accumulated cyclone energy (ou ACE), est une mesure démontrant la quantité d’énergie globale d’un ou de plusieurs cyclones, estimée à partir de la vitesse maximale des vents pour chaque période de six heures. En gros, cela permet de déterminer la durée et l’intensité des tempêtes.

Dans l’hémisphère nord, l’année 2018 se situe à 159% de la moyenne. La plus grande contribution à l’anomalie provient du Pacifique Est (245% de la moyenne !), suivie du Pacifique Ouest (124% de la moyenne) — les océans Atlantique et Indien sont tous deux légèrement supérieurs à leurs moyennes climatologiques.

Cette poussée d’activité à la mi-septembre n’est cependant pas une grande surprise. En effet, si nous regardons la chronologie de l’activité historique dans chacun des principaux bassins, cette période de l’année est toujours particulièrement active en diverses tempêtes :

L’ouest du Pacifique peut connaître des tempêtes tout au long de l’année, mais son pic est généralement atteint de juillet à octobre. La saison des ouragans dans l’est du Pacifique, cependant, n’est pas aussi longue (allant de la mi-mai à la fin du mois de novembre) et connaît un pic important en août et en septembre. La saison de l’océan Atlantique est la plus courte de toutes (juin à novembre) et son pic est aussi bien plus court : durant la première quinzaine du mois de septembre.

Donc, à l’heure actuelle, l’activité des tempêtes tropicales est généralement assez élevée dans tous ces bassins. Cependant, même durant une période active, cette année est tout de même bien plus chargée en tempêtes que les années précédentes.

Phil Klotzbach, un chercheur en ouragans à l’Université du Colorado, contribue à un site Web pour suivre et analyser ce type d’activités. C’est en utilisant les données disponibles que nous pouvons constater que chaque activité océanique présente une activité tropicale proche de la normale à supérieure à la normale, en 2018 :

L’Atlantique est au-dessus de la moyenne durant toute la saison, jusqu’au 21 août. Puis, les tempêtes se sont calmées et ont atteint un niveau d’activité normal mardi dernier. L’est et le centre du Pacifique sont bien au-dessus de la moyenne depuis juin tandis que le nord de l’Océan Indien est au-dessus de la moyenne depuis la fin du mois de mai. Le Pacifique occidental quant à lui, a oscillé autour de la moyenne durant la saison, mais montre actuellement une activité élevée.

Qu’est-ce que cela signifie, en matière de climat ?

Certaines études suggèrent que le nombre de tempêtes qui se développent ne changera pas de manière significative en raison du changement climatique. Au lieu de cela, il est probable que ces dernières puissent devenir de plus en plus puissantes. Quoi qu’il en soit, une chose est claire : ce qui se passe actuellement dans les tropiques du monde entier, sort de l’ordinaire.

Sources : Colorado State University, Earth.Nullschool.net

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