Le pangolin (enfin) retiré de la pharmacopée chinoise

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C’est officiel, la Chine a retiré les produits issus du pangolin de la liste des médicaments utilisés en médecine traditionnelle chinoise. De même, certaines substances formulées à base d’excréments de chauve-souris ont elles aussi été exclues de la pharmacopée. Cette décision fait suite à un récent renforcement des mesures de protection de l’animal…

Le pangolin fait l’objet d’un important trafic en Asie et en Afrique. Depuis que plusieurs études scientifiques ont confirmé son lien avec l’émergence du SARS-CoV-2, les autorités chinoises ont pris des mesures pour que l’animal quitte définitivement le marché noir : depuis le 5 juin, le petit mammifère bénéficie officiellement du plus haut statut de protection.

Une surveillance et une protection accrues

La vente d’animaux sauvages à des fins alimentaires est déjà interdite depuis quelques mois en Chine, de par le risque de transmission de maladies à l’Homme. Civettes, hiboux, rongeurs, serpents, singes, pangolins, paons, porcs-épics et autres mets exotiques ont ainsi été officiellement interdits à la vente et à la consommation le 24 février. Le commerce restait toutefois légal pour d’autres usages, tels que la recherche scientifique ou la médecine traditionnelle.

Les écailles et autres parties du pangolin se vendent à prix d’or sur le marché noir, car leur viande est considérée comme un mets raffiné et leurs écailles sont supposées posséder certaines vertus thérapeutiques. Bien que ces effets n’ont aucunement été prouvés scientifiquement, c’est l’un des animaux les plus pourchassés par les braconniers dans le monde. Il en existe huit espèces au total, que l’on trouve en Asie (Chine, Inde, Philippines, Malaisie, etc.) et en Afrique (Cameroun, République centrafricaine, Guinée équatoriale, Gabon, etc.). Toutes sont menacées d’extinction, dont trois sont répertoriées comme « en danger critique d’extinction » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) : le pangolin javanais, le pangolin chinois et le pangolin philippin. Selon le WWF, près de 200’000 pangolins ont été victimes du braconnage en 2019.

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Les huit espèces de pangolins sont toutes menacées d’extinction. Trois sont classées en « danger critique » par l’UICN. Crédits : UICN

Pour mettre fin au trafic, l’administration chinoise des forêts et prairies a récemment accordé au pangolin le niveau de protection le plus élevé du pays (soit le même niveau de protection que le panda géant). La raison officiellement évoquée par le Health Times est « l’épuisement des ressources sauvages », mais le fait que l’animal soit un réservoir potentiel à coronavirus a très certainement précipité son changement de statut… La décision a dans tous les cas été saluée par le WWF, qui se réjouit de ces nouvelles mesures de sauvegarde.

La Chine devrait désormais mettre davantage l’accent sur la surveillance et la conservation du petit animal et assurer une application plus stricte des lois et des sanctions liées aux espèces sauvages. « Aucune culture ou tradition ne vaut l’extinction d’une espèce entière. Les espèces menacées d’extinction, qu’elles soient utilisées à des fins alimentaires ou médicales, qu’elles soient efficaces ou non, ne devraient plus être utilisées parce qu’elles sont menacées d’extinction ou en voie d’extinction », a déclaré Zhou Fei, directeur de programme du WWF-Chine.

Des mesures de protection utopiques ?

L’événement a toutefois un air de déjà-vu : en 2003, suite à l’épidémie de SRAS provoquée par une civette masquée, achetée sur un marché local pour être consommée, le gouvernement avait déjà interdit la chasse, la vente et la consommation d’animaux sauvages. Les autorités chinoises avaient même lancé une campagne d’abattage de 10’000 civettes sur les marchés de la province de Canton. Puis, les interdictions avaient été levées trois mois après la fin de cette crise sanitaire… De la même façon, malgré une lourde offensive menée en Chine depuis deux ans, l’ivoire venu d’Afrique continue d’alimenter les marchés chinois et vietnamiens.

La Chine a également tenté, par le passé, de contrôler et d’encadrer ce commerce, en autorisant uniquement la vente et la consommation d’animaux sauvages issus de fermes d’élevage. Mais même la mise en place de ces fermes n’a pas permis d’éliminer le trafic ; bien au contraire, certaines ont servi de couverture aux braconniers et ont favorisé le développement du business.

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Les Chinois sont très friands des écailles de pangolin, auxquelles ils prêtent des vertus médicinales non prouvées. Crédits : USAID/Alex Hofford

À savoir également que le trafic de pangolin est normalement prohibé en Chine depuis 2017 : la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) avait interdit sa commercialisation. Malgré ça, il était très facile d’en trouver sur les marchés, tels que celui de Wuhan, où les chips d’écailles de pangolin se vendent 1€ le gramme. Plusieurs autres espèces sauvages continuent malheureusement de subir le même sort…

Aujourd’hui, malgré la nouvelle législation – qui ne sera véritablement intégrée à la loi de protection de la faune sauvage qu’à la fin de l’année – certains de ces marchés « spécialisés » ont déjà rouvert leurs portes ! Les habitudes alimentaires ont la vie dure et la consommation de viandes sauvages continue, en Chine, d’illustrer une certaine réussite sociale.

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Par ailleurs, protéger ces animaux, c’est aussi s’attaquer à un important réseau de contrebande organisée par des groupes mafieux, entre la Chine et l’Afrique. « La Chine pourra publier toutes les lois qu’elle veut, et il en existe déjà de nombreuses qui concernent les marchés de la faune sauvage, mais tant qu’il n’y aura pas un réel contrôle des directeurs de marchés, des autorités provinciales et des réseaux mafieux qui gèrent ce business, cela ne servira à rien », prévient Jean-Marc Chaumet, agroéconomiste et spécialiste du marché de l’élevage en Chine.

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Instaurer un changement est d’autant plus difficile que les activités liées à l’élevage et au commerce d’animaux sauvages génèrent énormément de revenus : selon le WWF, le secteur rapporterait plusieurs milliards d’euros par an aux réseaux qui l’orchestrent ! Il se place ainsi au 4e rang des activités criminelles transnationales les plus lucratives, derrière les trafics de drogues, de contrefaçons et d’êtres humains. En résumé, si l’on peut se réjouir de la protection accrue du pangolin et d’autres animaux sauvages, il est pour le moment difficile de croire que cela va réellement changer la donne.

Sources : Health Times et WWF

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