Les passants donnent davantage d’argent à un mendiant s’il porte un costume, selon une étude

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| Charly Triballeau/AFP
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On dit que « l’habit ne fait pas le moine ». Pourtant, lorsque l’on est dans le besoin au point de devoir faire la manche, mieux vaudrait porter un costume qu’un jean ! Les conclusions d’une étude publiée dans la revue Frontiers in Psychology suggèrent en effet que les passants sont plus enclins à donner de l’argent aux personnes qui arborent un look reflétant une classe sociale supérieure. Ils donneraient jusqu’à plus de deux fois plus d’argent.

Chez toutes les espèces, y compris chez les humains, les individus signalent leur statut social par certains comportements et des symboles sociaux. Les recherches en sciences sociales suggèrent que dans le monde entier, les gens jugent les individus de statut inférieur — en particulier ceux issus de groupes dénigrés, tels que les personnes en situation de pauvreté et les sans-abri — en termes négatifs. Ils sont considérés comme étant peu chaleureux, indignes de confiance et incapables. Cette perception entraîne l’évitement et l’ostracisme à l’égard des groupes et des individus de statut inférieur.

Des recherches antérieures ont suggéré que les individus ont tendance à aider les autres lorsqu’ils sont dans la souffrance et dans le besoin, seulement s’ils sont jugés « méritants » — ce qui signifie qu’ils souffrent réellement, qu’ils ne sont pas responsables de leur souffrance et qu’ils sont eux-mêmes dignes de confiance et prosociaux. Dans une nouvelle étude, des chercheurs ont examiné comment les symboles visibles du statut (notamment ceux qui communiquent la position de la classe sociale d’une personne dans la société) influencent la réponse de compassion dans des contextes de souffrance et de besoin.

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Des indices superficiels qui mènent à la discrimination

Les gens sont-ils plus généreux envers ceux qui semblent avoir un statut social élevé ? L’apparence permet-elle de déterminer si une personne est « méritante » ou non ? « Mes coauteurs et moi-même nous sommes d’abord intéressés à ce sujet en nous fondant sur des recherches montrant comment la classe et l’inégalité sociales peuvent influencer des interactions ou des conversations sociales même brèves », a expliqué Bennett Callaghan, chercheur associé au Stone Center on Socio-Economic Inequality du Graduate Center de l’Université de la ville de New York et premier auteur de l’étude.

Ils ont ainsi étudié les processus par lesquels les individus peuvent identifier, avec une certaine précision, la classe sociale d’une autre personne sur la base d’indices très brefs et superficiels (par exemple, un accent, 60 secondes de vidéo ou des photos de profil sur les médias sociaux). Leurs recherches montrent que lorsque des décideurs perçoivent et agissent en fonction de ces indices — de manière consciente ou inconsciente — cela entraîne des résultats négatifs, se manifestant essentiellement par le refus d’opportunités aux individus de classe sociale inférieure (tel qu’une discrimination à l’embauche).

Face à ces premiers résultats, les chercheurs ont entrepris de tester les limites de l’influence de ces indices sociaux. Ils ont examiné en particulier le comportement des gens lorsqu’il s’agit d’aider les autres en partageant leurs propres ressources.

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Bennett Callaghan (premier auteur de l’étude) portant des éléments (symboles) associés à un statut social faible (à gauche) et à un statut social élevé (à droite), tels que décrits dans l’étude. © B. Callaghan et al.

L’expérience a été menée dans différents quartiers de New York et de Chicago ; un homme (qui n’est autre que le premier auteur de l’étude) demandait de l’argent dans la rue pour aider les sans-abri. Il était vêtu dans un cas d’une chemise, d’une cravate et d’un costume et dans l’autre cas, d’un jean et d’un t-shirt ; ses cheveux étaient également moins disciplinés. La réponse de compassion des passants a été évaluée en calculant le montant des dons effectués par les piétons passant devant cet homme. « Les piétons ont donné plus de deux fois plus d’argent (2,55 fois) à l’homme portant des symboles de classe supérieure qu’à celui portant des symboles de classe inférieure », rapportent les chercheurs.

« Bien que nous nous attendions à ce que l’affichage de symboles de statut élevé entraîne une augmentation des dons, j’ai quand même été surpris par l’ampleur de cette différence », a déclaré Callaghan. Le sociologue a également été surpris de constater à quel point les gens agissaient différemment avec lui selon son style vestimentaire : lorsqu’il était habillé en costume, les dons étaient souvent plus généreux (5 ou 10 dollars) et une personne a même déposé sa carte de visite dans le gobelet qui servait à collecter les dons.

Des signes qui influencent les jugements et le niveau de compassion

L’équipe a par ailleurs remarqué que les passants étaient tout aussi susceptibles d’interagir avec l’homme, quel que soit son style vestimentaire, qu’ils lui donnent de l’argent ou non. Ensemble, ces résultats suggèrent que les symboles de statut influent sur la qualité des interactions avec le mendiant, mais pas sur leur nombre. « Même les symboles superficiels de la classe sociale peuvent avoir un impact important sur notre volonté d’aider les autres sur le moment », souligne Callaghan.

Les chercheurs ont ensuite tenté de comprendre pourquoi les symboles de statut élevé peuvent susciter une réponse plus compatissante. Dans le cadre d’une étude de suivi, près de 500 personnes ont répondu à une enquête en ligne, où leur étaient présentées des photos de Callaghan en train de faire la manche portant un costume ou un jean (comme dans l’étude initiale). Les participants ont été invités à évaluer son statut social.

Conformément à la théorie, ils percevaient l’homme en costume comme ayant un statut social supérieur ; ils l’ont également perçu comme plus compétent, plus fiable, semblable à eux-mêmes et plus humain. « Ces résultats indiquent que les signes visibles de la classe sociale influencent les jugements sur les traits et les attributs des autres, ainsi que les décisions de répondre avec compassion aux besoins de ceux qui souffrent », résume l’équipe.

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De ce fait, dans l’expérience initiale, les passants auraient donné davantage d’argent à l’homme au statut social jugé plus élevé parce qu’il leur apparaissait plus « méritant » — en d’autres termes, il était plus susceptible d’utiliser l’argent à des fins utiles plutôt que pour acheter de l’alcool ou de la drogue. Il est également possible que les passants aient considéré que l’homme en costume était dans une situation de besoin temporaire et donc, susceptible de leur rendre la pareille ultérieurement — un concept appelé « altruisme réciproque ».

Callaghan souligne toutefois que son étude comporte quelques faiblesses, à commencer par le fait qu’il n’était pas un sans-abri et qu’il ne collectait pas des dons pour lui-même (comme expliqué sur le carton qu’il portait) ; il est donc possible qu’une partie des passants ait pensé qu’il collectait des fonds au nom d’une organisation caritative, ce qui a pu influencer leur comportement. En outre, les résultats ne peuvent être généralisés, car la race et le sexe du mendiant peuvent aussi influencer les passants.

Le sociologue espère néanmoins que cette étude aidera à mieux prendre en charge les problèmes sociaux : « Bien que la charité ait évidemment sa place dans la résolution des problèmes de pauvreté et d’inégalité, nous pensons que cette recherche montre également la nécessité de solutions politiques solides et de changements structurels qui garantissent que tout le monde reçoive l’aide dont il a besoin », a-t-il déclaré.

Source : B. Callaghan et al., Frontiers in Psychology

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