Les politiciens vivent plus longtemps que le reste de la population, selon une étude

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| "Healthy Politicians", une création originale par Jonathan Paiano pour Trust My Science (licence accessible ici)
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Selon l’Insee, en 2021, l’espérance de vie à la naissance en France était de 85,4 ans pour les femmes et de 79,3 ans pour les hommes. La durée de vie réelle dépend quant à elle de nombreux facteurs, y compris des facteurs socio-économiques. Dans de nombreux pays, il apparaît que les citoyens les plus pauvres vivent généralement moins longtemps, mais il existe peu d’études sur le sujet. Une équipe de l’Université d’Oxford s’est penchée sur la question : elle s’est intéressée à l’espérance de vie des politiciens, en tant que groupe d’élite de chaque pays.

Des études ont montré que dans de nombreux pays à revenu élevé, les gains d’espérance de vie enregistrés pendant de nombreuses décennies ont récemment stagné et que les inégalités régionales au sein des pays en matière d’espérance de vie se sont creusées. Peu d’études se sont toutefois penchées sur les différences d’espérance de vie entre les groupes socio-économiques. Des chercheurs ont montré par exemple qu’aux États-Unis, entre 2001 et 2014, un revenu plus élevé était associé à une plus grande longévité, et que les différences d’espérance de vie entre les groupes de revenu ont augmenté au fil du temps (jusqu’à 4,5 ans).

Certaines professions « d’élite », à statut élevé, sont-elles associées à une meilleure santé ? Une équipe de l’Université d’Oxford a souhaité éclaircir et quantifier cette association entre statut socio-économique et longévité. Ils ont donc comparé le taux de mortalité et l’espérance de vie d’hommes et femmes politiques avec ceux des populations générales appariées par l’âge et le sexe. L’objectif était principalement de mener un examen plus large des inégalités de santé relatives et absolues à long terme entre les différentes catégories socio-économiques.

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Un taux de mortalité inférieur à celui de la population générale

Il existe déjà quelques études de la mortalité comparative des politiciens, mais celles-ci se sont limitées à quelques pays, notamment le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Cette fois-ci, les chercheurs ont pris en compte les données de 11 pays à revenu élevé (Australie, Autriche, Canada, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Suisse, Royaume-Uni et États-Unis), disposant de bonnes informations biographiques sur leurs politiciens. La période de suivi allait de 1816-2016 pour la France à 1949-2017 pour l’Allemagne.

Les variables requises pour l’analyse étaient le sexe des politiciens, leurs dates de naissance et de décès et les dates auxquelles ils ont accédé au pouvoir. L’ensemble de données comprenait 57 561 politiciens, dont 40 637 étaient décédés. La proportion de femmes politiques variait de 3% (France et États-Unis) à 21% (Allemagne) ; l’âge moyen aux élections se situait entre 43 et 47 ans.

« Dans presque tous les pays, les politiciens avaient des taux de mortalité similaires à ceux de la population générale au début du vingtième siècle », notent les chercheurs dans l’European Journal of Epidemiology. Puis, les différences de mortalité relative et de survie ont considérablement augmenté au cours du vingtième siècle (en faveur des hommes politiques).

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Ratios de mortalité standardisés des politiciens par rapport à la population générale dans 11 pays. Les lignes bleues pleines représentent la tendance des estimations du taux de mortalité standardisé ; les zones orangées sont les IC à 95%. © P. Clarke et al.

Il y avait cependant des variations considérables entre les pays dans l’ampleur de l’avantage de survie. Par exemple, pour l’Italie, le dernier ratio standardisé de mortalité était de 0,45, contre 0,84 pour la Suisse. En d’autres termes, un citoyen italien lambda était donc 2,2 fois plus susceptible de mourir au cours de l’année suivante qu’un homme politique du même âge et du même sexe.

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Plus de sept ans d’écart d’espérance de vie aux États-Unis

Il est intéressant de constater qu’au cours du 19e siècle, dans les pays disposant de données de cette époque, l’espérance de vie des politiciens a légèrement augmenté ou est restée stable dans tous les pays… sauf en France, où elle a légèrement diminué. Ces dernières années (2011-2017), l’espérance de vie des politiciens âgés de 45 ans était à peu près similaire dans les pays considérés, allant de 39,9 ans en Allemagne à 43,5 ans en Italie.

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Écarts dans les espérances de vie restantes à 45 ans entre les politiciens et la population générale dans 11 pays. Les valeurs positives (/négatives) indiquent que les politiciens ont une espérance de vie restante à 45 ans supérieure (/inférieure) à celle de la population générale. © P. Clarke et al.

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Il ressort par ailleurs de l’étude que les différences d’espérance de vie entre les politiciens et la population générale étaient constantes dans tous les pays. Les écarts ont commencé à se creuser à partir de 1950, l’écart maximal d’espérance de vie allant de 4,4 ans aux Pays-Bas à 7,8 ans aux États-Unis. « Nos résultats montrent de grandes inégalités, relatives et absolues, en faveur des hommes politiques dans chaque pays. Dans certains pays, comme les États-Unis, les inégalités relatives sont à leur plus haut niveau depuis plus de 150 ans », soulignent les chercheurs. À noter que les écarts d’espérance de vie pour plusieurs pays ont récemment diminué — les écarts demeurent toutefois plus importants que ceux observés avant 1950.

Cet écart s’explique en partie par les revenus, qui sont en politique bien supérieurs aux salaires moyens de la population générale. Mais selon les chercheurs, d’autres facteurs doivent entrer en jeu. En effet, l’inégalité des revenus a commencé à augmenter dans les années 1980, alors que l’écart d’espérance de vie a commencé à se creuser beaucoup plus tôt, avant les années 1940.

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Des différences en matière d’accès aux soins de santé, ainsi que des différences de mode de vie (tabagisme, alimentation), ont sans doute largement contribué au phénomène. De même, les maladies susceptibles d’affecter les politiciens (notamment les maladies cardiovasculaires, favorisées par le stress), sont aujourd’hui mieux prévenues et traitées. Enfin, les chercheurs soulignent également que les méthodes de campagnes ont beaucoup évolué. Le fait qu’elles reposent aujourd’hui beaucoup sur la télédiffusion et les médias sociaux a peut-être eu un impact sur l’espérance de vie de nos élus.

Source : P. Clarke et al., European Journal of Epidemiology

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