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Contenu premiumMédecine & Bio (Q-R) 12 min de lecture

Pourrons-nous un jour être immortels ?

Fleur Brosseau 16 janvier 2022
pourrons nous un jour etre immortels | Pixabay

Déjouer la mort, c’est un pari que les scientifiques tentent de relever depuis une éternité. Les alchimistes du Moyen-Age, et avant eux, les scientifiques de la Grèce antique, attribuaient ainsi à l’hypothétique pierre philosophale la capacité de prolonger la vie humaine au-delà de ses limites. Des siècles plus tard, le secret de l’immortalité n’est toujours pas levé, mais les chercheurs du monde entier s’emploient autant à trouver le moyen d’éradiquer les maladies mortelles qu’à tenter de contrer les effets du vieillissement cellulaire. À la lumière des dernières avancées en la matière, se peut-il que l’être humain soit un jour immortel ?

D’après l’Institut national d’études démographiques, pandémie oblige, l’espérance de vie en France a diminué d’environ six mois en 2020. Elle se retrouve ainsi au même niveau qu’en 2014 : 79,3 ans pour les hommes et 85,3 ans pour les femmes. Même constat outre-Atlantique, où les États-Unis enregistrent une baisse sans précédent (presque deux ans de moins !) de l’espérance de vie de sa population : 74,2 ans pour les hommes et 79,9 ans pour les femmes. Quant à la Chine, elle a récemment annoncé qu’elle visait une espérance de vie de 78,3 ans en moyenne d’ici 2025.

Selon les dernières statistiques sanitaires de l’Organisation mondiale de la santé, la population mondiale continue de vivre plus longtemps et surtout, de vivre plus d’années en bonne santé. Entre 2000 et 2019, l’espérance de vie mondiale est passée de 66,8 ans à 73,3 ans ; l’espérance de vie « en bonne santé » est, quant à elle, passée de 58,3 ans à 63,7 ans. Les progrès les plus importants sont observés dans les pays à faible revenu, notamment grâce à la lutte contre la mortalité infantile et les maladies transmissibles (via un meilleur accès aux soins, des campagnes de vaccination et l’élimination de vecteurs de maladies tels que les moustiques). « Il s’agit d’un succès mondial qui mérite d’être célébré et soutenu », souligne l’OMS.

​Première condition : éradiquer les maladies

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Malgré les progrès réalisés ces deux dernières décennies, l’Homme ambitionne de repousser encore plus loin la frontière qui le sépare de la mort, jusqu’à la faire disparaître. Pour ce faire, la première approche consisterait à éradiquer complètement les maladies, transmissibles et non transmissibles, qui sont à l’origine de la plupart des décès dans le monde. Selon l’OMS, les principales causes de mortalité, par ordre du nombre total de décès, sont regroupées en trois grandes catégories : 1) les affections cardiovasculaires (cardiopathies ischémiques, AVC), 2) les affections respiratoires (bronchopneumopathie chronique obstructive, infections des voies respiratoires basses), et 3) les affections néonatales.

top 10 causes mortalité monde

En 2019, les cardiopathies ischémiques et les AVC étaient les principales causes de mortalité dans le monde. © OMS

Dans le « top 10 » 2019 des causes de mortalité se trouvent également le cancer (des voies respiratoires) ainsi que la maladie d’Alzheimer et autres démences. La recherche de l’immortalité devra donc nécessairement passer par l’élimination de toutes ces maladies — que ce soit en éliminant leurs causes ou en développant un traitement préventif et/ou curatif.

Certes, imaginons que l’Homme soit un jour imperméable à toute forme de maladie et résistant à n’importe quel agent pathogène, il resterait un défi de taille : empêcher le vieillissement cellulaire naturel, qui dégrade peu à peu l’organisme jusqu’à ce qu’il ne soit plus capable d’assurer les fonctions vitales (un processus appelé sénescence). Pour vivre indéfiniment, il faudrait donc empêcher le corps de vieillir, à l’instar des hydres — des polypes d’eau douce dotés d’incroyables capacités régénératrices. Ces organismes produisent des cellules souches en continu et quelques centaines de cellules épithéliales suffisent à régénérer l’animal entier.

« Les hydres ne semblent pas vieillir, alors elles sont potentiellement immortelles », a déclaré à Live Science Daniel Martínez, professeur de biologie au Pomona College de Claremont, en Californie. La tâche est toutefois bien plus facile pour ces animaux de 10 millimètres de long dépourvus d’organes, que pour un organisme aussi complexe que l’être humain, souligne le scientifique. Au contraire des cellules de l’hydre, les cellules humaines ne peuvent passer leur temps à se diviser, car elles sont accaparées par d’autres fonctions vitales.

Anti-vieillissement : la poursuite d’une utopie ?

Une étude publiée l’an dernier dans Nature Communications a conclu qu’il était en réalité impossible de ralentir la vitesse à laquelle nous vieillissons, conformément à l’hypothèse du « taux de vieillissement invariant », qui postule que le taux de vieillissement est relativement fixe au sein des espèces. « Les individus vivent plus longtemps à mesure que la santé et les conditions de vie s’améliorent, ce qui entraîne une augmentation de la longévité de l’ensemble de la population. Néanmoins, une forte augmentation des taux de mortalité, à mesure que les années avancent vers la vieillesse, est évidente chez toutes les espèces », concluaient les chercheurs.

Une autre étude avait par ailleurs révélé qu’un être humain en parfaite santé peut vivre jusqu’à un âge limite compris entre 120 et 150 ans ; une fois cet âge clé atteint, la résilience de l’organisme s’effondre complètement, ce qui entraîne immanquablement la mort. Rappelons que le record de longévité humaine est actuellement détenu par Jeanne Calment, décédée à l’âge de 122 ans.

En outre, selon une étude publiée en 2017 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, l’immortalité serait mathématiquement impossible. Cette conclusion repose sur le processus de vieillissement lui-même. À mesure qu’il vieillit, le corps humain subit deux changements cellulaires néfastes : 1) les cellules cessent de fonctionner, deviennent lentes et s’accumulent (on parle alors de « cellules zombies ») et 2) elles deviennent de plus en plus cancéreuses.

Or, les chercheurs ont démontré que contrôler (et empêcher) l’un de ces deux processus favorisait nécessairement l’autre. En d’autres termes, l’être humain « doit » mourir d’une défaillance cellulaire ou d’un cancer. « Si vous vous débarrassez des cellules paresseuses qui fonctionnent mal, cela permet aux cellules cancéreuses de proliférer, et si vous éliminez ou ralentissez ces cellules cancéreuses, alors cela permet aux cellules lentes de s’accumuler », résume dans un communiqué Paul Nelson, auteur principal de l’étude.

Un vaccin ou un traitement qui empêcherait de vieillir

De nombreux scientifiques s’emploient malgré tout à rechercher un moyen de stopper le processus de vieillissement, à l’instar d’une équipe de chercheurs japonais qui vient de développer un vaccin anti-vieillissement particulièrement prometteur : testé sur des souris, le produit déclenche une réponse immunitaire permettant l’élimination des cellules « zombies ». Le composé — conçu pour cibler une protéine hautement exprimée par les cellules zombies — a non seulement permis de réduire l’épaississement des artères lié au vieillissement, mais également de prolonger significativement la durée de vie des rongeurs.

Parmi les autres produits à l’étude pour lutter contre le vieillissement figurent deux médicaments déjà utilisés dans le traitement de certaines maladies : un antidiabétique appelé metformine, et la rapamycine (ou sirolimus), un immunosuppresseur utilisé dans le cadre des greffes d’organes. Ces deux médicaments ont tous deux montré des résultats prometteurs lors de tests sur des animaux, en ciblant directement les processus moléculaires liés au vieillissement des cellules. Mais une étude a cependant nuancé le potentiel de la metformine, rappelant que « ce médicament utilisé au long cours entraîne fréquemment des intoxications qui sont d’autant plus graves chez les sujets âgés ».

Une autre approche, suivie notamment par la jeune start-up Altos Labs, consiste à reprogrammer les cellules de l’organisme de manière à ce qu’elles retournent à l’état pluripotent. Les cellules souches ainsi obtenues peuvent alors se différencier en n’importe quel type de cellules — un concept qui pourrait potentiellement mener à une régénération complète du corps humain.

Début 2020, le Dr Ian Pearson, un éminent futurologue, déclarait au Sun qu’il était persuadé que les humains étaient proches d’atteindre l’immortalité, notamment grâce au progrès des biotechnologies. Il estime que toutes les personnes capables de vivre jusqu’en 2050 sont susceptibles d’outrepasser les limites de la vie humaine. Comment ? De plusieurs façons selon cet expert, à commencer par le « remplacement » des parties du corps défectueuses — car, comme il le souligne, personne ne souhaiterait vivre éternellement dans un corps affaibli et abîmé par les années…

C’est la base du transhumanisme : améliorer les capacités et les performances corporelles grâce à la technologie. À cette fin, plusieurs équipes de chercheurs s’intéressent par exemple à l’impression 3D d’organes humains, qui seraient dans ce cas imprimés à partir de cellules vivantes. On peut également imaginer que des nanorobots sillonnent un jour les voies circulatoires de notre organisme et explorent nos organes, afin de réparer les éventuels dommages — à l’instar de ce microrobot récemment mis au point par des chercheurs de Hong Kong, capable de déboucher les vaisseaux sanguins obstrués.

Vers une immortalité numérique ?

Mais plutôt que de s’encombrer d’un corps organique « périssable », Pearson imagine que dans 50 ans, il sera possible de télécharger sa conscience dans un robot androïde. Le coût sera sans doute très élevé au départ, précise-t-il, mais devrait baisser progressivement. « Cela pourrait être fourni dans le cadre du National Health Service [ndlr : le système britannique de santé publique]. Vous pourriez être en mesure d’acheter des offres premium sur un abonnement privé, ou vous pourriez obtenir une présence de base sur un réseau et être autorisé à utiliser un corps androïde », expose-t-il.

Des organismes de recherche, tels que Nectome, basé à San Francisco, ambitionnent par exemple de numériser le cerveau et l’esprit après la mort. « Nous concevons et menons des expériences pour découvrir comment le cerveau crée physiquement des souvenirs. Et nous développons des techniques de préservation biologique pour mieux préserver les traces physiques de la mémoire », explique le site officiel. Dans un premier temps, ces recherches doivent aider à lutter contre les maladies cérébrales, mais on peut également imaginer pouvoir ainsi conserver son cerveau pour un réveil ultérieur en préservant sa mémoire à long terme.

Pearson pousse ce concept d’immortalité numérique encore plus loin et suggère que les humains pourraient tout aussi bien demeurer pour l’éternité dans un monde virtuel (un métavers ?), sous forme d’avatar numérique. Reste à survivre jusqu’à ce que l’une ou l’autre technologie existe… « Toute personne de moins de 50 ans a de bonnes chances d’en profiter, et toute personne de moins de 40 ans y aura presque certainement accès », affirmait le futurologue il y a deux ans. Des prédictions qui paraissent, somme toute, bien optimistes dans le contexte sanitaire actuel…

Des menaces qui demeurent incontrôlables

Mettons de côté le concept de l’immortalité virtuelle et revenons à la vie réelle. Quand bien même l’Homme parviendrait à défier la nature et à stopper le processus de vieillissement grâce à une pilule miracle, bien d’autres facteurs extérieurs (et incontrôlables) menaceraient son intégrité physique.

record longévité animal

La cyprine, ou praire d’Islande (Arctica islandica) détient le record de longévité animale, avec un spécimen dont l’âge a été estimé à 507 ans. © Jan Johan ter Poorten – CC BY-SA 3.0

Considérons les espèces qui bénéficient d’une longévité particulièrement élevée : après la tortue géante des Galápagos (qui peut vivre plus de 200 ans), la baleine boréale (211 ans), ou encore le requin du Groenland (plus de 400 ans), c’est l’Arctica islandica, une praire de l’Atlantique Nord, qui bat tous les records avec un spécimen dont l’âge a été estimé à 507 ans. Bien que ces animaux puissent vivre très longtemps – sans doute grâce à une physiologie exceptionnelle – cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont immortels ! Ils restent en effet complètement vulnérables à leurs prédateurs, aux accidents et aux conditions environnementales variables (climat, disponibilité des ressources alimentaires, etc.).

Mis à part les virus et bactéries, les humains n’ont guère de prédateurs (à part eux-mêmes), mais ils sont sujets aux accidents et aux catastrophes naturelles, ainsi qu’aux phénomènes climatiques extrêmes. Même un corps en bonne santé et au sommet de ces capacités ne peut survivre à une éruption volcanique ou à une chute du dixième étage… À moins de disposer d’un corps indestructible, fait de titane par exemple, et des organes génétiquement modifiés si souples et résistants qu’ils ne se rompraient pas… Mais ne perdrions-nous pas quelque part notre humanité en devenant immortels (de surcroît si nous devions adopter une forme dématérialisée) ?

Selon l’adage, il faut profiter de la vie parce qu’elle est courte, mais que vaudrait la vie si elle n’avait plus de limite, s’il n’y avait plus aucun risque qu’elle s’éteigne soudainement ? À quoi ressemblerait notre quotidien sachant qu’il nous est impossible de périr ? Est-ce finalement une situation si enviable ? Des questions auxquelles chacun apportera sans doute une réponse très personnelle.

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  1. Steiner dit :

    Oui immortels. ..avec Roundup easy et la vie est éternelle. .

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