Pourrons-nous un jour guérir tous les cancers ?

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Actuellement, grâce aux progrès de la médecine et aux traitements de plus en plus performants, il est possible de guérir environ 60% des cancers. Les chances de guérison dépendent du type de cancer, du stade auquel il est pris en charge, de son évolution, etc. On estime qu’environ 40% des cas de cancers pourraient être évités, car attribuables à des facteurs de risque modifiables comme le tabac, l’alimentation, l’exposition aux UV ou encore la sédentarité. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le cancer est l’une des principales causes de mortalité dans le monde, avec près de 10 millions de décès en 2020, soit presque un décès sur six. Cependant, en considérant l’avancée constante de la médecine, pourrons-nous un jour guérir tous les cancers ?

Le cancer résulte d’un dysfonctionnement au sein de cellules de l’organisme : ces dernières prolifèrent de manière anarchique, et forment des tumeurs. Le cancer peut toucher tous les organes. Les plus courants sont le cancer du sein (11,7%), le cancer du poumon (11,4%), le cancer colorectal (10%) et le cancer de la prostate (7,3%).

Depuis vingt ans, les capacités de lutte contre le cancer ont fortement progressé. Néanmoins, selon l’American Cancer Society, au cours de ce siècle, le cancer deviendra non seulement la principale cause de décès dans le monde, mais aussi le plus grand obstacle à l’amélioration de l’espérance de vie.

En effet, la prise en charge reste difficile. Si les immunothérapies et les nouveaux traitements ciblés fonctionnent très bien sur certains patients, ils échouent sur d’autres, sans compter les rechutes nombreuses demandant des traitements plus élaborés. Existera-t-il un jour une sorte de remède contre tous le cancer ? Si oui, à quel point en sommes-nous proches ? Pour répondre à ces questions, il est important de comprendre, en premier lieu, la différence entre une guérison et une rémission.

Guérison versus rémission

Une guérison signifie que le cancer a disparu grâce au traitement ; qu’aucun autre traitement n’est nécessaire et que le cancer ne reviendra pas. Mais il est rare qu’un médecin puisse l’affirmer, il dira plutôt que le cancer est « en rémission ».

Les rémissions peuvent durer de quelques semaines à plusieurs années. Le traitement peut ou non se poursuivre pendant une rémission, selon le type de cancer. Lors d’une rémission complète, tous les signes et symptômes du cancer disparaissent et les cellules cancéreuses ne sont plus détectées. Lors d’une rémission partielle, le cancer diminue, mais ne disparaît pas complètement.

Les rémissions complètes peuvent durer des années et, avec le temps, on peut penser que le cancer est guéri, sans pouvoir le certifier. Si le cancer réapparaît (récidive), une autre rémission peut être possible avec davantage de traitement.

Quels sont les traitements actuels ?

Actuellement, grâce aux avancées médicales et thérapies de plus en plus performantes, il est possible de « guérir » environ 60% des cancers. Il existe plusieurs types de traitements, dont la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie. Le type de traitement dépend du type de cancer, de son stade, des préférences du patient et de son âge. Faisons un tour d’horizon.

L’objectif de la chirurgie, pour traiter un cancer, est d’enlever totalement la tumeur ou le tissu cancéreux, notamment si le diagnostic est précoce et que le cancer ne s’est pas propagé à d’autres parties du corps.

En chimiothérapie, on a recours à un ou plusieurs médicaments pour détruire les cellules cancéreuses. On peut également associer la chimiothérapie à d’autres traitements, comme la radiothérapie ou le traitement ciblé.

La radiothérapie, quant à elle, détruit les cellules cancéreuses et endommage leur ADN, les empêchant ainsi de se diviser et de croître. On peut avoir recours uniquement à la radiothérapie pour traiter le cancer ou l’associer à d’autres traitements comme la chirurgie et la chimiothérapie.

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L’hormonothérapie ajoute, bloque ou supprime des hormones afin de ralentir ou d’interrompre la croissance des cellules cancéreuses, qui ont besoin d’hormones pour se développer.

Les médicaments ciblés visent des molécules à l’intérieur ou à la surface des cellules cancéreuses pour ralentir la croissance du cancer, détruire les cellules cancéreuses ou soulager les symptômes.

Enfin, l’immunothérapie, que nous détaillons dans la suite de l’article, est la voie la plus prometteuse et complémentaire d’autres traitements.

Des progrès, mais pas de remède miracle pour la médecine de précision

Bien qu’il n’y ait pas de remède, les progrès sont réels depuis quelques années, notamment en médecine de précision, également appelée médecine personnalisée. Elle a pour objectif de proposer au patient un traitement personnalisé, adapté aux anomalies de sa tumeur. Elle repose sur les thérapies ciblées et l’immunothérapie spécifique.

Les thérapies ciblées ont pour objectif de bloquer la croissance ou la propagation de la tumeur, en interférant avec des anomalies moléculaires ou avec des mécanismes qui sont à l’origine du développement ou de la dissémination des cellules cancéreuses. Les traitements d’immunothérapie spécifique vont, quant à eux, restaurer l’efficacité du système immunitaire, en agissant sur des cibles particulières de la tumeur ou de son environnement, pour permettre à ce dernier de détruire les cellules cancéreuses.

Cette approche comprend 51 traitements disponibles pour 19 types de cancers, dont 8 des 10 cancers les plus fréquents (du sein, colorectal, du poumon, du pancréas, du rein, des voies aérodigestives supérieures, mélanome de la peau et du foie). Par conséquent, les 51 traitements disponibles ne s’attaquent pas à 51 cibles différentes. Plusieurs de ces traitements présentent, en effet, un mécanisme d’action similaire et s’attaquent à la même cible. Ainsi, dans le cancer du sein, 4 thérapies ciblées visent la surexpression de la protéine HER2 (protéine présente sur certaines cellules cancéreuses du sein) et dans le cancer du rein, 5 sont des antiangiogéniques — ils privent la tumeur de nutriments et d’oxygène afin qu’elle ne développe pas de nouveaux vaisseaux sanguins.

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Nombre de traitements disponibles par type de cancer. © Institut National du Cancer (modifié par Laurie Henry pour Trust My Science)

À l’heure actuelle, la médecine de précision ne concerne donc pas tous les types de cancers. Les traitements proposés dépendent des avancées de la recherche et de l’identification d’un certain nombre d’anomalies pouvant être ciblées.

Focus sur l’immunothérapie

Nous allons nous intéresser en particulier à l’immunothérapie, qui est une technique prometteuse en matière de traitements des cancers. Efficace de 20 à 40%, il s’agit d’un type de traitement aidant le système immunitaire à combattre les cellules cancéreuses. Mais comme ces cellules appartiennent à part entière au corps, elles ne sont pas de facto la cible du système immunitaire. Les chercheurs tentent donc d’y remédier.

En premier lieu, des vaccins peuvent aider à prévenir ou même à traiter certains types de cancers. Par exemple, le vaccin contre le papillomavirus (VPH) protège contre de nombreux types de VPH qui peuvent causer des cancers du col de l’utérus, de l’anus et de la gorge. De plus, le vaccin contre l’hépatite B aide à prévenir une infection chronique par le virus de l’hépatite B, qui peut entraîner un cancer du foie.

Les chercheurs ont également essayé de produire un vaccin aidant le système immunitaire à combattre directement le cancer. Ces vaccins sont conçus pour reconnaître des protéines à la surface de certaines cellules cancéreuses et diriger l’attaque du système immunitaire dessus. Les vaccins thérapeutiques peuvent aider à limiter le développement du cancer, prévenir sa réapparition et détruire les cellules cancéreuses qui restent après d’autres traitements.

Jusqu’à présent, il n’y a qu’un seul vaccin approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) pour traiter le cancer, le Sipuleucel-T (Provenge). Il est utilisé pour traiter le cancer avancé de la prostate n’ayant pas répondu aux autres traitements, mais pas en France. Son cout est extrêmement élevé.

Deuxièmement, on peut citer la thérapie CAR-T, combinant thérapie génique et thérapie cellulaire. Elle constitue une nouvelle source d’espoir dans le traitement de certains cancers du sang, comme les leucémies, les lymphomes et le myélome multiple.

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Cette approche consiste à concevoir un traitement unique pour chaque patient à partir de ses propres lymphocytes T. À l’heure actuelle, en France, une vingtaine de centres experts sont habilités à traiter les patients par thérapie CAR-T. Ces cellules sont prélevées par une prise de sang, puis modifiées génétiquement en laboratoire (le plus souvent aux États-Unis) afin de fabriquer à leur surface des récepteurs spécifiques (« récepteurs antigéniques chimériques », CAR en anglais), qui leur donnent la capacité de reconnaître spécifiquement la tumeur dont le patient est atteint. Puis elles sont réinjectées dans le corps du patient. Une seule perfusion suffit, les CAR-T continuent à se multiplier pour agir dans l’organisme du patient. Mais cette technologie est coûteuse en temps et en argent, et peu accessible aux patients. C’est pourquoi, récemment, un nouvel implant biotechnologique, baptisé Multifunctional Alginate Scaffolds for T cell Engineering and Release (MASTER), tente de pallier ces problèmes. Cette petite structure produit et libère des cellules CAR-T, permettant d’effectuer en une journée un processus qui dure habituellement plusieurs semaines.

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Principe de la thérapie CAR-T pour les Hôpitaux Universitaires de Genève. © HUG

Sans compter qu’en début d’année, la société BioNTech a présenté des résultats prometteurs quant à l’ajout d’un vaccin à ARNm à la thérapie cellulaire CAR-T pour traiter les tumeurs solides. Troisièmement, les anticorps monoclonaux sont conçus en laboratoire. Comme pour les anticorps que le système immunitaire fabrique, leur travail est de déclencher une réaction du système immunitaire.

Certains anticorps monoclonaux trouvent un antigène spécifique, comme une protéine, sur une cellule cancéreuse et s’y lient. Le système immunitaire sait alors qu’il doit attaquer et détruire ces cellules. Par exemple, le rituximab (Rituxan) est utilisé pour traiter certains types de lymphomes non hodgkiniens ainsi que la leucémie lymphoïde chronique (LLC). Le Alemtuzumab (Campath) se lie à une protéine exprimée à la surface des lymphocytes T et B pour aider le corps à se débarrasser de toutes les cellules cancéreuses. Les anticorps monoclonaux sont aussi un traitement ciblé puisqu’ils bloquent ou ciblent un gène anormal ou une protéine à l’intérieur d’une cellule cancéreuse.

Finalement, la thérapie génique consiste à introduire du matériel génétique dans les cellules d’un patient pour soigner une maladie. C’est un domaine en plein essor, qui enregistre de véritables succès. Plusieurs médicaments de thérapie génique sont aujourd’hui sur le marché, en Europe, aux États-Unis et en Chine. Un essai de 2020 a impliqué 3 personnes atteintes d’un cancer avancé et réfractaire, c’est-à-dire un cancer qui a cessé de répondre aux traitements. Chez les 3 personnes, les changements introduits par CRISPR étaient stables pendant au moins 9 mois. Aucun effet secondaire significatif n’a été observé. Mais Edward Stadtmauer, responsable de cet essai, souligne que certains patients ne voient pas d’amélioration.

Dans un entretien accordé au magazine La Recherche, Fabien Calvo, oncologue et directeur scientifique de Cancer Core Europe, explique que la génomique apportera sans doute de nouvelles pistes pour développer les immunothérapies, savoir mieux les associer et comprendre le microenvironnement de la tumeur. Il ajoute : « Je crois qu’il faut laisser une part importante aux idées et aux approches originales pour débrouiller la complexité des cancers ».

Par exemple, en juin, une équipe de chercheurs coréens a développé une « nanomachine » conçue pour s’attaquer aux cellules cancéreuses. Elle mesure un peu plus de deux nanomètres et est capable de pénétrer au cœur même des cellules pour provoquer leur destruction de l’intérieur.

La prévention et le dépistage sont les meilleures armes du futur

Il faut savoir qu’il y a un décalage de plusieurs années entre le développement de la première cellule cancéreuse et l’apparition de la maladie métastatique en phase terminale. Connaître la biologie de base de chaque cancer permettra le développement de technologies de détection basées sur des biomarqueurs spécifiques.

La plupart des tests de diagnostic utilisés actuellement — mammographie, coloscopie, tomodensitogrammes — sont basés sur l’imagerie. Plus récemment, les chercheurs ont développé des diagnostics moléculaires capables de détecter des molécules spécifiques associées au cancer circulant dans les fluides corporels comme le sang ou l’urine.

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Ainsi, les ingénieurs du Massachusetts Institute of Technology ont mis au point une nanoparticule pouvant révéler la présence de protéines cancéreuses grâce à un test d’urine et fonctionnant comme un agent d’imagerie, localisant l’emplacement de la tumeur. En principe, ce diagnostic pourrait être utilisé pour détecter le cancer n’importe où dans le corps, y compris les tumeurs métastasées, à partir de leur emplacement d’origine. Le laboratoire se concentre sur les tumeurs souvent insaisissables de l’ovaire et du poumon et les métastases du côlon. Les essais cliniques ont commencé fin 2021.

Les scientifiques de la Harvard Chan School écrivent : « On peut imaginer un jour où des individus en bonne santé seront régulièrement testés pour ces biomarqueurs afin de détecter les cancers précoces […] lors de visites périodiques chez leur médecin ».

Avant que les biopsies liquides (prélèvement de liquide corporel périphérique pour la recherche de biomarqueurs), les « tatouages ​​intelligents » qui s’allument en présence de cellules cancéreuses, ou les mini-technologies ingérables qui surveillent le tractus gastro-intestinal puissent faire partie du bilan annuel médical, ils devront démontrer une fiabilité minimale de 99,9%, similaire à celle des tests d’urine de début de grossesse. Cette exigence évite les faux négatifs ou les faux positifs lorsque le test est utilisé sur un grand nombre de personnes. Récemment, l’intelligence artificielle vient renforcer les outils de diagnostic précoce du cancer du pancréas, par l’analyse d’imagerie médicale.

En février 2019, la Harvard TH Chan School of Public Health a créé le Zhu Family Center for Global Cancer Prevention, un centre interdisciplinaire innovant se concentrant sur l’éducation et la recherche afin de prévenir le cancer et améliorer la détection précoce.

Finalement, des animaux pourraient également révolutionner la détection des personnes à risque de développer des cancers, comme les chiens renifleurs de cancer de la prostate ou du sein. Récemment, une étude démontre que des fourmis peuvent flairer les cellules humaines cancéreuses, mais en l’apprenant bien plus rapidement que les chiens, dont l’entrainement dure de 6 mois à un an.

Nouveau combat : les inégalités de traitements

Les scientifiques estiment qu’en 2040, 3 millions de femmes, par an, mourront du cancer du sein dans le monde, dont 1 million dans les pays émergents et sous-développés, alors que dans les pays développés, en cas de dépistage précoce, le taux de « guérison » est de 90%.

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Selon l’ONU, plus de 90% des pays à revenu élevé proposent un traitement complet, contre moins de 15% des pays à faible revenu. De même, la survie des enfants avec un diagnostic cancéreux est de plus de 80% dans les pays à revenu élevé et de moins de 30% dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Même si un traitement miracle pouvait guérir tous les cancers à tous les stades, le cancer continuera du tuer du fait de l’inégalité d’accès aux soins et aux nouvelles thérapies ou nouveaux outils de dépistage, à travers le monde. C’est pourquoi, en février 2022, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a annoncé une nouvelle initiative, « Rayons d’espoir », visant à soutenir les États membres en matière de diagnostic et de traitement, en commençant par les pays africains qui en ont le plus besoin.

Néanmoins, le cancer ne sera probablement jamais éradiqué, faisant partie de l’évolution cellulaire de tout organisme métazoaire. Mais réussir à le maitriser comme le SIDA et en faire une maladie chronique, qui ne soit plus mortelle, semble un objectif plus réaliste, même si le chemin reste long. La génomique et les nouvelles technologies sont les voies les plus prometteuses.

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