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Dans le désert sombre près de Yuma, en Arizona, un affrontement est sur le point de se produire. Un rat-kangourou parcourt le sable à la recherche d’un encas. À trois centimètres de distance, un crotale cornu (venimeux et affamé) attend patiemment que sa proie se rapproche encore un peu.

Mais le duel se termine plus vite que vous l’auriez cru. Le serpent se déchaîne, mais le rat saute dans les airs et frappe le serpent à la tête. Il rebondit ensuite frénétiquement. Aucun des deux n’aura finalement eu le repas qu’il espérait.

Des rencontres rapides comme celle-ci se produisent tous les soirs dans le désert, et passent largement inaperçues auprès du commun des mortels. Mais récemment, une équipe de chercheurs a décidé d’en savoir plus sur ce monde en enregistrant des attaques de serpents sur des rats-kangourous à l’aide de caméras à haute vitesse de capture.

Les images obtenues ont révélé que les crotales cornus (Crotalus cerastes) et les rats-kangourous (Dipodomys) sont étonnamment bien assortis en tant que prédateur et proie. Elles ont également permis de démontrer, grâce aux ralentis, que les rats-kangourous sont de véritables petits ninjas à fourrure. En effet, ils sont capables d’effectuer d’impressionnantes acrobaties.

« Les crotales et les rats-kangourous sont des athlètes hors-pair, leur performance maximale étant atteinte lors de ces interactions », a déclaré Timothy Higham, professeur agrégé à l’Université de Californie à Riverside et auteur de deux nouvelles études liées à ces observations. « Cela fait du système [de caméras haute vitesse] un excellent moyen de dissocier les facteurs qui pourraient faire pencher la balance dans cette ‘course aux armements’ ».

rat kangourou ninja esquive serpent

Un rat-kangourou esquive l’attaque d’un serpent à sonnette. Crédits : Université d’État de San Diego & UC Riverside

Dans deux nouvelles études publiées le 27 mars 2019 dans la revue Functional Ecology et dans le Biological Journal of the Linnean Society, Higham et ses collègues ont “étiqueté” quelques crotales avec des émetteurs radio, puis ont suivi les serpents alors qu’ils chassaient des rats-kangourous dans le désert de Yuma. Au cours des mois qui ont suivi, l’équipe a enregistré 32 embuscades. Seulement environ la moitié de ces attaques se sont soldées par des morsures du serpent. En analysant les séquences obtenues au ralenti, les chercheurs ont compris pourquoi les morsures étaient si rares.

Alors que les crotales se montraient incroyablement rapides, capables de passer en moins de 100 millisecondes (moins qu’un clignement des yeux) du calme absolu au “mode attaque” pour atteindre leur proie, les rats étaient encore plus rapides. L’équipe a découvert que les rats-kangourous pouvaient réagir aux attaques de serpents en moins de 38 millisecondes, esquivant parfois une morsure en seulement 70 millisecondes.

Qui plus est, au cours de ces 70 millisecondes, certains rats-kangourous étaient capables de réaliser des mouvements complexes dans les airs, de quoi presque ridiculiser les serpents.

Lors d’une des attaques, un rat a donné un coup de pied à un serpent, juste en dessous de la tête, faisant voler le prédateur à plusieurs mètres de distance.

Un autre rat a rapidement changé de direction dans les airs, tournant sa longue queue comme une hélice pour se détourner du serpent. D’autres rats-kangourous ont sauté de sept à huit fois leur taille, se mettant à l’abri du danger.

« Ces manœuvres ultra-rapides et puissantes… nous montrent des stratégies efficaces pour échapper aux prédateurs très performants », a déclaré Higham. Il est probable, a-t-il ajouté, que les moyens de défense hors du commun du rat-kangourou — comprenant une audition exceptionnelle et des pattes postérieures explosives — ont évolué en réponse à la vitesse fulgurante des prédateurs tels que les crotales cornus et les hiboux.

Les rats-kangourous n’utilisent pas seulement leurs pattes pour se défendre contre les prédateurs, mais aussi contre leurs semblables. En effet, comme l’atteste l’extrait vidéo ci-dessous, il leur arrive d’entamer de véritables combats aériens lorsqu’il s’agit de se disputer un repas ou un bout de territoire.

Vous trouverez plus de vidéos réalisées par Higham et ses collègues sur leur chaîne YouTube dédiée à cette expérience, Ninja Rat.

Sources : Functional Ecology, Biological Journal of the Linnean Society

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