Pour reconstituer ce qui s’est produit lors de l’essai de l’arme antisatellite (ASAT) par l’organisation de défense militaire indienne la semaine dernière (27 mars), une société de logiciels a exploité les données provenant de sources officielles indiennes, des données radar et de connaissances existantes sur la manière dont des satellites antérieurs ont neutralisé — intentionnellement ou non — des objets en orbite. Le résultat : un excellent point de vue spatial sur le récent lancement de la première arme antisatellite indienne.

Analytical Graphics Inc. (AGI), la société en question, a créé deux simulations — une publiée après le lancement de mercredi et une autre le lendemain (28 mars) — qui visent à montrer l’événement, appelé “Mission Shakti”, vu depuis l’espace. Il faut savoir qu’AGI est spécialisée dans les domaines de l’aérospatiale et de la défense.

Leurs simulations ont tenu compte des informations publiées par des sources indiennes officielles, telles que le site de lancement sur l’île Abdul Kalam, ainsi que les messages aux navigants aériens (NOTAM) envoyés ce jour-là, indiquant qu’une zone au-dessus de l’océan Indien était bloquée pour des raisons de sécurité des vols.

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Image issue de la simulation vidéo, montrant ce qu’était à peu près la position de l’arme anti-satellite lancée par l’Inde juste un peu avant que le satellite MICROSAT-R ne frappe le missile de neutralisation cinétique placé sur son passage le 27 mars 2019. Crédits : Analytical Graphics Inc.

La cible de l’ASAT était le satellite indien MICROSAT-R, situé à une altitude d’environ 300 km.  Les représentants d’AGI ont informé Space.com dans un courrier électronique que les informations existantes sur le missile, sa cible et les débris engendrés étayaient jusqu’ici les modèles théoriques d’AGI.

AGI a utilisé les données de l’US Air Force pour déterminer que le satellite présentait une modification de la vitesse de 21 mètres par seconde. « Il s’agit d’un changement de vitesse assez important, qui indique que quelque chose est arrivé à cet objet », a déclaré Johnson. L’entreprise a ajouté que les informations orbitales ultérieures semblaient confirmer ce changement.

Pour la vidéo la plus récente, AGI a créé des champs de débris représentatifs basés sur des tests antisatellite antérieurs et des neutralisations d’engins spatiaux naturelles.

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Les lignes rouges dans cette capture d’écran sont des traces de débris que le satellite indien MICROSAT-R aurait pu produire lorsqu’il a frappé l’arme antisatellite apparue sur son chemin. La vidéo complète est une simulation informatique de ce qui pourrait être advenu des débris, sur la base des données disponibles. Crédits : Analytical Graphics Inc.

« Ce que nous voyons dans ces études, c’est que les débris sont principalement limités à l’orbite de l’objet ciblé MICROSAT-R », a déclaré Johnson. « Et à cause de son altitude relativement basse, beaucoup de débris, nous le soupçonnons, vont entre assez rapidement dans l’atmosphère dans les jours et les semaines à venir ».

L’organisation indienne de recherche et de développement de la défense a lancé MICROSAT-R en janvier 2019, qui s’est ensuite placé en orbite terrestre basse. Ce satellite d’imagerie militaire pesait 740 kilogrammes.

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Pour déterminer à quelle vitesse les débris pourraient entrer dans l’atmosphère terrestre, l’équipe d’AGI s’efforce d’obtenir des informations orbitales mises à jour pour vérifier leurs modèles actuels. La première étape consiste à déterminer la quantité de débris détectée par la technologie radar.

La simulation complète :

« Il y a toujours des objets qui sont trop petits pour être détectés, donc ce que nous essayons de faire, ce que tout le monde essaie de faire, c’est de suivre les gros morceaux. Simplement car c’est ce que les capteurs peuvent voir », a déclaré Johnson.

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Cette photographie en provenance du Bureau d’information de presse indienne montre le lancement, le 27 mars, de la “Mission Shakti”, le premier test d’arme antisatellite du pays. Crédits : Press Information Bureau India

Ensuite, son équipe doit déterminer quelles trajectoires correspondent à quels débris. « Faire correspondre toutes ces données est une tâche assez difficile, car il s’agit d’une combinaison d’algorithmes mathématiques et d’informations issues des personnes impliquées », a-t-il déclaré. Johnson a ajouté que l’inclusion des tests ASAT antérieurs comme référence, par exemple, peut prendre des jours, des semaines, voire des mois.

La mission Shakti fait de l’Inde le quatrième pays, après la Russie, la Chine et les États-Unis, à démontrer sa capacité à déployer des missiles antisatellite (ASAT).

Sources : Analytical Graphics, Inc. (YouTube), Space.com

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