Une île norvégienne révèle l’avenir climatique de notre planète

Svalbard Arctique réchauffement climatique
| Unsplash

Le 9 août prochain, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publiera son sixième rapport d’évaluation. Le document dressera le bilan des changements survenus jusqu’à présent dans le système terrestre et surtout, livrera ses prévisions en matière d’avenir climatique. Un endroit sur Terre subit déjà de plein fouet le réchauffement climatique, nous donnant un triste aperçu de ce qui attend l’ensemble de la planète : l’archipel du Svalbard.

Le Svalbard est le territoire le plus septentrional de la Norvège ; il est situé dans l’océan Arctique, entre le Groenland et l’archipel François-Joseph. Le climat y est évidemment très froid : en été, les températures sont généralement comprises entre 0 et 10 °C ; la température moyenne annuelle est de -5,7 °C. Mais en juillet 2020, l’archipel a connu un record de chaleur : 21,7 °C ! Un chiffre bien au-deçà des normales de saison…

« Il y a un sentiment général que les choses ne sont plus comme avant », déclare Kim Holmén, Directeur international de l’Institut polaire norvégien. Selon un rapport de l’Arctic Monitoring and Assessment Programme, entre 1971 et 2019, l’Arctique s’est réchauffé trois fois plus vite que le reste de la planète. Et le Svalbard est l’une des régions de l’Arctique qui se réchauffe le plus rapidement ; selon Holmén, les températures hivernales sont désormais environ 10 °C plus élevées qu’il y a 30 ans.

Des températures plus douces, des pluies plus fréquentes

Le Svalbard, c’est aussi l’endroit où se trouve la Réserve mondiale de semences, une chambre forte souterraine construite sur l’île du Spitzberg, qui abrite des graines de toutes les cultures vivrières de la planète, afin d’en préserver la diversité génétique. Le lieu a été choisi pour son climat et sa géologie, parfaitement adaptés à la conservation des semences.

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Mais en octobre 2016, sous l’effet du réchauffement climatique, la fonte du pergélisol a inondé le tunnel menant à la chambre sécurisée. Si l’incident n’a heureusement pas endommagé la réserve de graines, il a occasionné bon nombre de travaux visant à imperméabiliser la structure — eux-mêmes mis à mal par le fait que la couche arable ne s’est pas recongelée comme prévu. « Le changement climatique arrive plus rapidement que nous ne le pensions », a déclaré Erna Solberg, Première ministre norvégienne.

Le rapport à venir du GIEC devrait effectivement confirmer que le réchauffement global de la planète sera plus important que ce qu’annonçaient les prévisions antérieures : l’augmentation globale des températures par rapport aux niveaux préindustriels devrait finalement être comprise entre 2,3 °C et 4,5 °C (la précédente limite inférieure était estimée à +1,5 °C). Ce réchauffement accru devrait malheureusement s’accompagner d’impacts environnementaux encore plus redoutables.

Des impacts dont les habitants du Svalbard font déjà les frais. Les précipitations hivernales se font beaucoup plus nombreuses : alors qu’elles se produisaient environ une fois tous les cinq ans il y a 30 ans, elles surviennent désormais plusieurs fois par hiver. Conséquence ? La pluie qui tombe sur le sol gelé se transforme en glace, formant un support ultra glissant pour la neige qui tombe par la suite ; de ce fait, le risque d’avalanche augmente considérablement — en 2015, une avalanche a ainsi enseveli une dizaine de maisons, causant la mort d’une personne et plusieurs blessés. Trois pare-avalanches ont déjà été érigés cette année autour de la ville de Longyearbyen, et dix autres sont prévues dans les semaines à venir.

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La faune tout autant menacée que les humains

Par ailleurs, des hausses de température dans le pergélisol ont été détectées jusqu’à 40 mètres sous terre par le Centre universitaire de Svalbard. Or, ce changement majeur modifie la façon dont le sol se déplace, menaçant au passage des infrastructures clés telles que l’unique piste de l’aéroport situé au nord-ouest de Longyearbyen — qui doit désormais faire l’objet d’un entretien et d’une consolidation annuels.

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Ce réchauffement n’impacte pas que les humains vivant sur l’archipel ; ces îles abritent également de nombreux animaux (rennes, ours polaires, renards arctiques), qui doivent eux aussi s’adapter au changement. Les rennes du Svalbard étaient auparavant répartis en deux populations, l’une vivant à l’intérieur des terres, l’autre sur la côte. Mais la hausse des températures a modifié leur accès aux ressources alimentaires : les étés plus chauds stimulent la croissance de la végétation, créant plus de nourriture, mais les pluies hivernales emprisonnent l’herbe dans la glace, entraînant la famine des animaux. Résultat : la communauté de rennes vivant dans les terres a doublé au cours des trois dernières décennies, tandis que la population côtière est en déclin. Comme l’explique Åshild Pedersen, spécialiste de la biodiversité à l’Institut polaire norvégien, les rennes sont pourtant des espèces clés de l’écosystème, car ils fertilisent les plantes et leurs carcasses nourrissent les renards arctiques.

Parallèlement, la population d’ours polaires du Svalbard se porte bien depuis l’interdiction de la chasse en 1973. Une bonne nouvelle, sachant que les ours des autres régions polaires sont en net déclin, la fonte des glaces prolongeant leur jeûne annuel au-delà de leurs limites physiques. Selon une étude publiée l’été dernier dans Nature Climate Change, les ours du Svalbard seront peut-être les derniers survivants de cette espèce d’ici 2100. Mais la fonte des terrains glacés, où ils ont pour habitude de chasser le phoque, les pousse peu à peu vers les zones peuplées d’humains, ce qui provoque parfois des accidents.

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Si le Svalbard connaît des changements spectaculaires déjà depuis plusieurs années — constituant ce que l’on appelle « un point chaud » du réchauffement climatique — Holmén rappelle qu’il est crucial de considérer le réchauffement planétaire comme un problème commun à tous. « Le Svalbard est une autre manifestation cohérente de l’ensemble du problème du changement climatique. Mais [nous] ne devons pas en faire une compétition, comme qui subit le plus de changements, la Californie, la Colombie-Britannique ou la Méditerranée ? Ce n’est pas utile », dit-il. Le spécialiste souligne qu’il est désormais urgent de tout mettre en œuvre pour freiner ce réchauffement et ainsi limiter les événements extrêmes qui se font de plus en plus nombreux dans le monde entier.

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