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Votre enfant est introverti ? Il y a de grandes chances pour qu’il soit plutôt réservé à l’âge adulte. Rien de très surprenant me direz-vous. Une récente étude américaine vient toutefois confirmer l’impact du tempérament de la petite enfance sur la personnalité adulte. Il se trouve que l’inhibition comportementale du nourrisson engendre bel et bien une personnalité réservée et introvertie des années plus tard.

Les enfants présentent de nombreux tempéraments différents au tout début de leur développement, même au sein d’une même fratrie. On entend ici par tempérament la façon dont les individus interagissent avec le monde, d’un point de vue émotionnel et comportemental. Plusieurs études antérieures se sont déjà intéressées au lien existant entre le comportement observé dans la petite enfance et le risque de psychopathologie à l’âge adulte. Quelques chercheurs ont notamment tenté de déterminer s’il était possible de prédire avec exactitude les personnalités futures à partir des observations réalisées pendant l’enfance.

Dans une nouvelle étude financée par les National Institutes of Health (NIH), qui vient de paraître dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences, des chercheurs relèvent le défi : ils ont ainsi suivi 165 individus, depuis leur petite enfance et pendant trois décennies, afin d’observer l’évolution de leur tempérament. C’est la première fois qu’une étude de cette ampleur est menée sur le sujet.

Ils se sont intéressés à un type de tempérament en particulier : il s’agissait de déterminer si l’inhibition comportementale – autrement dit, un comportement prudent, voire craintif face à des situations inconnues – avait un réel impact sur la personnalité à long terme, sur les relations sociales, sur l’éducation et la formation professionnelle, ainsi que sur la santé mentale à l’âge adulte.

Introverti, timide, asocial, quelle différence ?

Les termes introversion et extraversion ont été proposés pour la première fois par le psychiatre suisse Carl Jung, en 1921. Ils ont été employés pour différencier deux types d’individus : ceux qui ont tendance à s’intéresser aux autres et au monde qui les entoure, et ceux qui sont tournés vers leur propre univers intérieur.

Comme le rappelle Susan Cain, consultante et formatrice américaine, dans une conférence TED qu’elle a donnée en 2012 (« Le pouvoir des introvertis »), l’introversion ne doit pas être confondue avec de la timidité : « La timidité est liée à la crainte du jugement social. L’introversion définit davantage la manière dont vous réagissez aux stimuli, y compris aux stimuli sociaux ».

Les personnes plus extraverties recherchent ces stimuli sociaux, tandis que les introvertis sont au meilleur de leurs capacités dans un environnement plus calme. Autrement, ils peinent à se concentrer. Les introvertis ne sont pas à l’aise dans la foule ; ils n’aiment pas les discussions futiles, purement sociales et demeurent plutôt à l’écoute dans les conversations à plusieurs. Naturellement, ils préfèrent passer du temps seuls ou en petit groupe ; ils ont besoin de s’isoler fréquemment pour se ressourcer, car les situations hyperstimulantes les épuisent.

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Les personnes introverties ne se sentent pas à l’aise parmi la foule. Cette situation hyperstimulante les épuise. Crédits : Pixabay

Un bébé au comportement inhibé sera un adulte plutôt réservé

Dans cette nouvelle étude comportementale, les chercheurs sont parvenus à la conclusion qu’un nourrisson affichant un tempérament inhibé à l’âge de 14 mois tend à évoluer en adulte introverti. Leurs résultats révèlent également que l’activité cérébrale sous-jacente au contrôle cognitif à l’adolescence a également un impact sur la santé mentale des adultes. En d’autres termes, le tempérament observé dès le plus jeune âge a une influence durable sur tout le développement socioémotionnel de l’individu.

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On pouvait évidemment s’attendre à une telle conclusion. Des études antérieures ont montré que les enfants atteints d’inhibition comportementale étaient plus à risque de développer des troubles anxieux à l’âge adulte que les enfants ne présentant pas ce trait de personnalité. Toutefois, c’est la première fois que des preuves formelles viennent corroborer l’hypothèse. Par ailleurs, les précédentes recherches sur le sujet se sont appuyées sur des méthodes limitées pour évaluer les tempéraments, telles que la relation maternelle. Et contrairement aux études publiées précédemment, les chercheurs ont inclus ici une mesure neurophysiologique, à l’adolescence, pour tenter d’identifier les différences individuelles de risque de psychopathologie ultérieure.

Concrètement, ils ont commencé à évaluer les participants dès l’âge de 14 mois. À 15 ans, ces participants sont retournés au laboratoire pour fournir des données neurophysiologiques. Ces mesures ont été utilisées pour évaluer la négativité liée à l’erreur (Error-Related Negativity ou ERN), une modification du signal électrique enregistré à partir du cerveau qui se produit à la suite de réponses incorrectes lors de tâches informatisées. En d’autres termes, l’ERN reflète le degré de sensibilité des gens aux erreurs. Une ERN plus élevée est associée à des conditions d’intériorisation (telles que l’anxiété), tandis qu’une ERN plus faible est associée à des conditions d’extériorisation (telles que l’impulsivité ou la consommation de substances).

Les participants ont ensuite été évalués à l’âge de 26 ans au niveau psychopathologie, personnalité, fonctionnement social, éducation et emploi. Une chance que l’échantillon de départ ait joué le jeu jusqu’au bout ! « Il est étonnant que nous ayons pu rester en contact avec ce groupe de personnes pendant tant d’années. D’abord leurs parents, et maintenant eux, continuent d’être intéressés et impliqués dans le travail », a déclaré l’un des auteurs de l’étude, Nathan Fox, du Département du développement humain et de la méthodologie quantitative de l’Université du Maryland.

Une piste vers le diagnostic précoce des psychopathologies intériorisées

Résultat : les nourrissons présentant des niveaux plus élevés d’inhibition du comportement à 14 mois sont devenus plus réservés à l’âge de 26 ans. Ils présentaient en outre un fonctionnement social « déficient » envers les amis et la famille, et avaient eu moins de relations amoureuses au cours de la dernière décennie. L’inhibition du comportement du nourrisson s’est également révélée être un facteur de risque spécifique aux psychopathologies intériorisées de l’adulte (anxiété et dépression), mais uniquement chez les individus qui présentaient des signaux d’ERN importants à l’adolescence. En revanche, l’étude a montré que l’inhibition du comportement n’est pas reliée aux psychopathologies extériorisées, ni aux résultats scolaires ou à la profession.

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Finalement, ces résultats constituent les premières preuves suggérant que le fondement du bien-être à long terme est déterminé par les différences individuelles de tempérament observées dès la petite enfance. « Nous avons étudié la biologie de l’inhibition comportementale au fil du temps et il est clair qu’elle a un effet profond sur le développement », a conclu le Dr Fox. Mais bien que cette étude reproduise et élargisse les recherches antérieures dans ce domaine, d’autres analyses, sur la base d’échantillons plus larges et plus diversifiés, sont nécessaires pour comprendre la généralisabilité de ces résultats.

En attendant, la nature persistante du tempérament de la petite enfance chez l’adulte, mise en évidence ici, suggère que des marqueurs neurophysiologiques – tels que l’ERN – pourraient aider à identifier les personnes les plus à risque de développer une psychopathologie intériorisée à l’âge adulte.

Source : PNAS, N. Fox et al.

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