La semaine dernière, l’équipage de l’ISS a dû faire face à une situation pour le moins singulière : une dépressurisation progressive de la station spatiale suite à la présence d’un trou dans sa structure. Bien que les astronautes soient maintenant hors de danger, les dernières conclusions sur l’incident viennent d’être rendues : l’origine du trou serait humaine et proviendrait d’une perceuse.

Il y a quelques jours, les astronautes de la Station Spatiale Internationale ont pris connaissance d’un message d’alerte provenant du centre de contrôle et indiquant la présence d’une légère fuite de pression dans la station. Bien que la vie de l’équipe n’ait pas été immédiatement en danger, localiser la fuite fut la mission prioritaire du jour. Les astronautes se sont donc rendus dans le segment russe et ont scellé un par un les différents compartiments.

Un trou d’environ 2 mm a fini par être décelé dans le vaisseau Soyouz MS-09 arrimé au module russe. Bien que de petite taille, sans action de l’équipage, le trou aurait privé la station spatiale d’air en seulement 18 jours. La brèche a été rapidement réparée grâce à un type spécial de scotch en attendant une solution plus pérenne.

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Dans le même temps, une commission spéciale d’enquête sur les origines de l’incident a été réunie par l’agence spatiale russe Roscosmos. Les premières analyses ont tout d’abord suggéré une origine naturelle, impliquant l’impact d’une micrométéorite. Ces débris de météorites sont nombreux dans l’espace et, comme le rappelle Scott Kelly, ce genre d’incident peut arriver à tout moment. « Nous avons évité de justesse de nombreuses « balles » ces 20 dernières années » explique-t-il.

Cependant, au cours du développement de l’enquête, les conclusions ont commencé à changer, pointant vers un trou qui aurait été créé non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. « Nous considérons toutes les théories possibles » indique Dmitry Rogozin, directeur de la Roscosmos. « Celle concernant un impact de micrométéorite a été rejetée car la structure du vaisseau a clairement été endommagée de l’intérieur ».

Suite à ces premières allégations, une photo publiée par la NASA, et supprimée peu de temps après, révélait un trou ressemblant fortement à un trou de foret. « Cela a été fait par une main humaine, il y a des traces de perçage tout autour de la surface » révèle Rogozin.

Rogozin a affirmé aux médias et au public que la Roscosmos employait tous les moyens possibles pour identifier le coupable. « C’est une question d’honneur pour Energia Rocket and Space Corporation de trouver le responsable, de savoir s’il s’agissait d’un accident ou d’un acte intentionnel, et où cela a été réalisé — sur Terre ou dans l’espace » confit-il, faisant référence aux constructeurs du Soyouz.

trou fuite soyuz forage

Le trou repéré dans la structure du Soyouz présente des traces évidentes de forage. Crédits : NASA

Pour le moment, l’hypothèse principale provient d’une source anonyme d’Energia qui a révélé aux médias russes que « le trou avait été réalisé sur Terre » et que « la personne responsable de cet acte de négligence a été identifiée » – (bien que pas encore dévoilée). Une seconde source anonyme a confirmé que le trou avait été accidentellement percé par un technicien d’Energia, qui a décidé de masquer son erreur avec un joint et une structure décorative, sans le rapporter à ses supérieurs.

Pendant deux mois, cette solution de fortune a tenu. Elle a même résisté aux tests de dépressurisation du vaisseau avant que celui-ci ne soit lancé dans l’espace et ne rejoigne l’ISS. Cependant, quelque temps après, le joint a commencé à fuir. « Une fois en orbite, le joint a séché et s’est décollé, ouvrant ainsi le trou » a expliqué la seconde source anonyme.

La réparation de la brèche ne s’est pas déroulée sans difficultés, conduisant même à des tensions entre la Roscosmos et la NASA. L’agence spatiale russe souhaitait sceller immédiatement et de manière permanente le trou en le comblant grâce à une colle spéciale, puis rajoutant une isolation par dessus ainsi que de la gaze médicale.

Mais l’astronaute américain Andrew Feustel, commandant de la 56ème mission à bord de l’ISS, s’est montré réticent quant à la solution russe. Dans un entretien radio avec le centre de contrôle, Feustel a demandé si la colle indiquée possédait les bonnes propriétés d’expansion. « Andrew, pour le moment, nous ne sommes pas totalement sûrs que le mastic proposé par Moscou possède bien toutes ces propriétés » lui a répondu Houston.

Cette vidéo retranscrit les échanges radio entre l’équipage de l’ISS et le centre de contrôle concernant la réparation de la brèche, ainsi que les déclarations de la Roscosmos (sous-titres anglais disponibles) :

Insatisfait de la réponse, Feustel demande alors 24h supplémentaires afin que la solution soit d’abord testée sur Terre. « J’aimerais vraiment que le test soit réalisé, d’une manière ou d’une autre, au sol, avant que nous ne le testions ici pour voir si ça fonctionne. Nous avons l’impression que nous n’avons qu’un seul essai et que, si nous échouons, les conséquences seront alors que ce vaisseau rentrera sur Terre plus tôt que prévu ».

Sans autres options viables, Moscou a insisté pour que son plan soit mis à exécution. Après une heure de délibérations, l’ordre a été donné aux astronautes d’appliquer la solution russe. Un second patch a été rajouté le lendemain, et la pression à l’intérieur de l’ISS est maintenant stable.

Rogozin a affirmé aux journalistes qu’ils enquêtaient pour savoir si le trou résultait d’un acte de négligence ou avait été percé intentionnellement. « Maintenant, il est essentiel de comprendre la raison de cet incident et d’identifier le nom du responsable. Et nous allons le découvrir sans échec » a-t-il conclu.

Source : TASS

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