Une personne sur trois souffrirait de misokinésie, selon une étude

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Cela vous angoisse ou vous agace au plus haut point de voir quelqu’un s’agiter à côté de vous ? Vous souffrez peut-être d’un trouble psychologique appelé misokinésie, soit « la haine des mouvements ». Des chercheurs de l’Université de Colombie-Britannique, au Canada, ont découvert en effet que ce trouble pourrait être relativement fréquent.

La misokinésie est caractérisée par une forte réaction affective ou émotionnelle négative à la vue des petits mouvements répétitifs de quelqu’un d’autre, comme le fait de voir quelqu’un remuer la main ou le pied sans y penser. Malgré de nombreux témoignages, la recherche scientifique sur le sujet fait défaut. Bien souvent, ce trouble est simplement évoqué comme analogue visuel de la misophonie — qui se traduit par une faible tolérance à un son spécifique et/ou des réponses émotionnelles aversives aux sons produits par le corps, comme la mastication ou le claquement des lèvres.

Une étude sur la misophonie publiée en 2013 a rapporté que 12% des participants, qui souffraient de misophonie, souffraient également de misokinésie. Quid du reste de la population ? Pour le savoir, une équipe de psychologues a commencé à construire une base empirique pour mieux comprendre la misokinésie et ses impacts sociaux potentiels. L’objectif était de déterminer si la sensibilité à la misokinésie existe réellement dans la population générale et, le cas échéant, s’il existe une variabilité individuelle dans l’intensité ou l’étendue des sensibilités rapportées. Leurs résultats ont été publiés dans Scientific Reports l’an dernier.

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Un phénomène humain étonnamment commun

Les chercheurs ont tout d’abord mené une étude pilote pour évaluer si les sensibilités à la misokinésie étaient rapportées de manière fiable dans un large échantillon d’étudiants. Un total de 2751 individus, âgés de 17 à 66 ans, ​​ont été recrutés ; ils devaient simplement répondre, en ligne, à deux questions visant à évaluer la prévalence de la misokinésie et de la misophonie : « Avez-vous déjà ressenti de forts sentiments négatifs, des pensées ou des réactions physiques lorsque vous voyez ou regardez les mouvements agités ou répétitifs d’autres personnes (par exemple, voir le pied de quelqu’un trembler, quelqu’un taper des doigts, ou mâcher du chewing-gum) ? » et « Avez-vous déjà eu des sentiments, des pensées ou des réactions physiques fortement négatifs à des sons spécifiques ou répétitifs, tels que ceux de la bouche […] ou d’autres parties du corps […] ».

Résultat : environ 38% des participants ont répondu « oui » à la première question et 51% ont répondu « oui » à la seconde question, tandis que près de 32% ont répondu « oui » aux deux. Ces premiers résultats justifiaient une enquête plus approfondie. L’équipe a donc mené deux nouvelles études pour établir un taux de prévalence de base, évaluer la variabilité individuelle potentielle des impacts rapportés et déterminer si les sensibilités à la misokinésie pouvaient être associées à des schémas altérés de performance de l’attention visuelle.

« Les personnes qui sont plus gênées par les distractions visuelles dans leur vie quotidienne devraient montrer des signes d’interférence plus importante avec les distracteurs et/ou des réponses d’orientation plus fortes aux signaux d’attention périphériques, par rapport aux personnes qui ne sont pas sensibles à la misokinésie », expliquent les chercheurs.

Ces études ont impliqué 4100 participants au total ; près d’un tiers d’entre eux étaient sensibles à la perception des comportements répétitifs et agités des personnes croisées dans leur vie quotidienne. « Le résultat final est ce que nous pensons être la première exploration scientifique approfondie de ce qui est un phénomène humain étonnamment commun », notent les auteurs de l’étude.

Le « simple » reflet de l’anxiété des autres ?

Ce trouble se manifeste essentiellement par un sentiment de colère, de l’anxiété ou de la frustration, des émotions plus ou moins intenses selon les personnes : « Il existe en fait une grande variabilité dans l’éventail des sensibilités ressenties par les individus », notent les chercheurs. De par leur état, les misokinésiques ont tendance à éviter les activités sociales et les environnements de travail ou d’apprentissage — des impacts sociaux négatifs dont la portée et l’intensité peuvent augmenter avec l’âge. En outre, si la misokinésie va souvent de pair avec la misophonie, ce n’est pas du tout systématique.

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Grâce à leur étude, les psychologues ont constaté que les sensibilités à la misokinésie n’étaient associées ni à une incapacité accrue à ignorer les événements distrayants dans la périphérie visuelle, ni à une susceptibilité accrue à orienter par réflexe l’attention visuelle vers des événements soudains dans la périphérie visuelle. Du moins, ils n’ont pu obtenir aucune preuve significative en ce sens.

Le phénomène pourrait en revanche être lié aux « neurones miroirs », selon les spécialistes ; ces neurones s’activent lorsque nous bougeons, mais aussi lorsque nous voyons les autres bouger. En quelque sorte, nous reflétons les mouvements des autres dans notre cerveau, d’où le terme « miroir », précise Sumeet Jawal, première auteure de l’étude. Ces neurones particuliers nous aident à comprendre les autres et leur intention derrière leurs mouvements, ils sont ainsi étroitement liés à l’empathie. « Lorsque vous voyez quelqu’un se faire mal, vous pouvez également grimacer, car sa douleur se reflète dans votre propre cerveau », explique la spécialiste.

En général, les gens s’agitent lorsqu’ils sont anxieux ou stressés. Les personnes souffrant de misokinésie pourraient alors refléter ces sentiments, et devenir elles-mêmes anxieuses ou stressées. De plus amples recherches seront toutefois nécessaires pour valider cette hypothèse. En attendant, « nous devons reconnaître qu’un grand nombre d’entre vous souffrent en silence de ce problème visuel, et que cela peut avoir un impact négatif sur votre capacité à travailler, à apprendre à l’école et à apprécier les situations sociales », conclut le Dr Handy.

Source : S. Jaswal et al., Scientific Reports

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