Ce mardi, lors d’une conférence de presse, le président russe a annoncé que son pays avait réussi à développer le « premier » vaccin contre le nouveau coronavirus. Celui-ci serait « assez efficace » et conférerait une « immunité durable » selon les dires de Vladimir Poutine…

L’homme d’État a précisé que l’une de ses filles aurait elle-même participé au test du vaccin et se serait fait inoculer la substance. Pas d’effet secondaire notable de son côté, si ce n’est un peu de température suite aux deux inoculations qu’elle a reçues. Le vaccin sera mis en circulation au 1er janvier 2021, selon le registre des médicaments du ministère russe de la Santé. Plus d’un milliard de doses auraient déjà été pré-commandées par une vingtaine de pays…

Une course au vaccin gagnée par les Russes ?

Il y a quelques semaines, la Russie avait déjà annoncé la production imminente de plusieurs milliers de doses de vaccins, qui seront suivies de plusieurs millions dès le début de l’année prochaine. Comme plusieurs autres pays, cela fait plusieurs mois que la Russie travaille à la conception d’un vaccin contre la COVID-19.

Baptisé « Sputnik V » (V pour vaccin) – du nom du premier satellite envoyé dans l’espace par les Soviétiques – ce vaccin a été mis au point par le Centre de recherches en épidémiologie et microbiologie Nikolaï Gamaleïa, en collaboration avec le ministère russe de la Défense. Il est à vecteur viral, autrement dit, il est basé sur un autre virus (un adénovirus) qui a été transformé, puis adapté ; une technique utilisée par plusieurs autres laboratoires, notamment par l’Université d’Oxford.

Toutefois, le communauté scientifique demeure sceptique face à la rapidité de mise au point de ce vaccin. Rappelons que des chercheurs russes avaient été vivement critiqués au mois de mai, après s’être injecté leur prototype de vaccin ! L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs appelé au respect du protocole et des directives stricts encadrant la développement de ce type de substance. La pré-qualification et l’homologation d’un vaccin doivent en effet suivre des procédures rigoureuses. « Tant que nous n’aurons pas les résultats de ce que nous appelons des essais cliniques randomisés en double aveugle, nous ne pourrons pas être sûrs de la sécurité et de l’efficacité du vaccin », prévient Gkikas Magiorkinis, professeur adjoint d’hygiène et d’épidémiologie à l’université d’Athènes.

À ce jour, la Russie n’a publié aucun résultat concernant ses essais cliniques. Le ministère de la Santé a cependant affirmé que la double inoculation « permettait de former une immunité longue », estimant qu’elle pouvait durer deux ans. Le Sputnik V entre donc aujourd’hui dans la 3e phase de son développement (après moins de deux mois d’essais cliniques…) ; le ministre de la santé, Mikhaïl Mourachko, a précisé que des tests sur plusieurs milliers de personnes allaient continuer pour confirmer son innocuité et son efficacité.

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La production industrielle du vaccin est prévue pour septembre. Le personnel médical et les enseignants seront les premiers à bénéficier du vaccin selon Tatiana Golikova, vice-première ministre en charge des questions de santé.

Un vaccin qui suscite des interrogations

Force est de constater que l’annonce du Sputnik V ne déclenche pas de réjouissance générale. Tous s’accordent à dire que cette annonce – bien trop rapide par rapport au processus standard de développement d’un vaccin – est pour le moins suspecte.

Pour commencer, à la mi-juillet, les services de renseignement britanniques, canadiens et américains avaient accusé leurs homologues russes d’avoir tenté de pirater plusieurs centres de recherche travaillant sur des vaccins contre la COVID-19 dans leurs pays.

Début août, lorsque la Russie annonçait qu’elle touchait au but, l’OMS fut quelque peu surprise. Son porte-parole, Christian Lindmeier, s’était empressé d’indiquer que les Soviétiques n’avaient rien transmis d’officiel concernant leurs tests. « Entre trouver ou avoir la possibilité d’avoir un vaccin qui fonctionne et avoir franchi toutes les étapes, il y a une grande différence », déclarait-il il y a quelques jours à peine.

De son côté, l’Association des organisations de recherche clinique, qui réunit des entreprises pharmacologiques russes et des structures de recherche, a rapidement fait part de ses doutes face à ce vaccin russe. Selon elle, le produit n’aurait pas fait l’objet de tests suffisants, rapporte le site d’information Meduza. L’organisation aurait par conséquent demandé au ministère russe de la santé de différer l’enregistrement de ce vaccin, mais la requête a apparemment été rejetée par le gouvernement…

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La mise en circulation d’un vaccin non efficace, quel qu’il soit, pourrait pourtant s’avérer catastrophique : les individus vaccinés se croyant protégés d’une potentielle infection ne prendraient plus les précautions d’hygiène qui s’imposent et de ce fait, le nombre de cas grimperait en flèche !

Selon l’OMS, 26 préparations sont aujourd’hui au stade des essais cliniques. À noter qu’un deuxième vaccin russe est en cours de conception au Centre national de recherche en virologie et biotechnologie VEKTOR, en Sibérie. Il fait également l’objet d’essais cliniques, qui doivent s’achever le mois prochain.

Source : Euronews

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