Le niveau d’activité physique à l’échelle mondiale aurait stagné au cours des 20 dernières années malgré les efforts de politique publique visant à en promouvoir les avantages, selon un récent trio d’études. Les données indiquent que d’importantes disparités persistent entre les sexes et les groupes socio-économiques, ainsi que les niveaux globaux de revenus entre les pays. Des efforts politiques plus inclusifs et coordonnés sont nécessaires pour que l’activité physique puisse véritablement contribuer aux enjeux de santé publique mondiaux.
Plus de 5 millions de décès par an sont attribués à l’inactivité physique ou à la sédentarité à l’échelle mondiale. Pourtant, malgré les risques sur la santé, près de 80 % des adolescents et un adulte sur trois dans le monde ne respectent pas les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en matière d’activité physique.
Malgré les efforts en matière de recherche et de sensibilisation, la prévalence de la sédentarité demeure élevée et l’objectif de l’OMS de réduire cette prévalence de 15 % d’ici 2030 a peu de chances d’être atteint pour la plupart des pays. Ces constats pourraient laisser croire qu’aucune mesure politique concrète n’a été prise au cours des dernières années pour sensibiliser aux avantages de l’activité physique et aux impacts de la sédentarité sur la santé.
Cependant, d’importantes avancées ont été réalisées en matière de politique à cet effet incluant, par exemple, des recommandations fondées sur des données scientifiques probantes, des plans d’action ciblant toutes les tranches d’âge, ainsi que la promotion de l’activité physique en tant que priorité politique à l’échelle mondiale. Alors, pourquoi, malgré ces efforts, le taux de sédentarité dans le monde reste-t-il élevé ?
Cela pourrait s’expliquer en partie par le fait que contrairement à d’autres problèmes de santé publique tels que le tabagisme, la sédentarité n’a pas bénéficié d’une attention comparable. Bien qu’elle représente un facteur de risque majeur pour de nombreuses affections non transmissibles, ses impacts sont relativement sous-estimés dans les indicateurs de santé mondiaux.
Les trois études publiées dans les revues Nature Medicine et Nature Health examinent les priorités mondiales en matière de politiques sur l’activité physique et identifient les facteurs qui pourraient contribuer à leur efficacité limitée. Elles mettent également en lumière la manière dont ces activités pourraient contribuer à d’autres objectifs sociétaux plus larges tels que la lutte contre le réchauffement climatique.
« Cet article examine de manière critique les priorités mondiales en matière de politiques d’activité physique, identifie les facteurs contribuant au niveau actuel de priorisation et propose des pistes stratégiques pour renforcer les efforts visant à accroître l’activité physique à l’échelle mondiale. En analysant comment et pourquoi l’activité physique gagne du terrain dans les agendas politiques, nous avons cherché à mettre en lumière les dynamiques en amont qui influencent les décisions gouvernementales sur ce sujet », écrivent les auteurs de l’une des études publiées dans Nature Health.
Des disparités persistantes entre les sexes et les revenus
L’équipe de l’étude publiée dans Nature Medicine a analysé les données d’activité physique de 68 pays différents et a mis au jour une importante disparité. L’accès aux loisirs actifs tels que l’exercice physique récréatif (qui constitue le type d’activité le plus choisi) est 40 % plus élevé chez les personnes socialement favorisées (hommes aisés dans les pays à revenu élevé) par rapport à celles moins favorisées (femmes pauvres dans les pays à faible revenu).
Cependant, l’activité physique motivée par le besoin économique (comme les travaux physiques tels que la manutention) était plus fréquent chez les populations défavorisées. Les résultats de l’étude ont également mis en évidence une association entre les niveaux élevés d’activité physique et la santé immunitaire, un risque réduit de maladies infectieuses et de symptômes dépressifs, ainsi qu’une amélioration du pronostic du cancer.
Dans l’autre article publié dans Nature Health, 661 documents de politique nationale visant à promouvoir l’activité physique dans 200 pays et datant d’entre 2004 et 2025 ont été analysés. Les résultats ont montré que malgré l’existence de ces politiques, leur mise en œuvre est limitée dans la majorité des pays.
D’autre part, 256 (38,7 %) des 661 politiques analysées dans l’étude attribuaient les actions à trois secteurs gouvernementaux ou moins (dont la santé et l’éducation), indiquant un manque de coordination intersectorielle. De plus, 26,5 % (53 pays) des pays disposant de documents de politique sur l’activité physique n’ont pas inclus d’objectifs mesurables permettant d’évaluer les impacts.
Des enquêtes menées auprès de 46 acteurs clés (représentants gouvernementaux, universitaires, décideurs politiques et représentants de la société civile, …) ont montré une faible priorité politique accordée à l’activité physique. D’après les chercheurs, cela pourrait s’expliquer par le fait qu’il n’existe pas de consensus clair quant à la véritable nature de l’activité physique. L’absence de structures officielles dédiées pourrait aussi engendrer une fragmentation des responsabilités.
Pour surmonter ces obstacles, les chercheurs de l’étude recommandent d’établir un consensus politique fondé sur des données scientifiques sur la nature de l’activité physique, de mieux reconnaître les avantages de ces initiatives et de renforcer les partenariats au-delà des secteurs de santé traditionnels.
Dans la troisième étude publiée dans Nature Health, les chercheurs ont montré que l’activité physique pourrait contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique en encourageant par exemple la marche à pied ou l’utilisation de véhicules non motorisés (comme les vélos) et des transports en commun.
Certains effets du réchauffement climatique, tels que les vagues de chaleur, peuvent cependant entraver ces activités. L’équipe de l’étude a conclu que les enjeux climatiques et sanitaires peuvent être étroitement liés et recommandent, de ce fait, des stratégies politiques permettant d’harmoniser ces deux aspects.

