Des vagues de chaleur historiques et simultanées aux deux pôles effraient les scientifiques

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| Stanislav, Adobe Stock
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Un nouveau signal d’alarme vient d’être tiré quant au réchauffement climatique, s’il en fallait encore un. Les climatologues sont inquiets et médusés par des hausses historiques : les zones antarctiques atteignent 40 degrés Celsius au-dessus de la normale en même temps que les régions du pôle Nord atteignent 30 degrés Celsius au-dessus des niveaux habituels. Ces évènements simultanés pourraient annoncer une dégradation plus rapide et brutale que prévu du climat.

Toute la semaine, l’Antarctique et l’Arctique ont connu un air très doux et des températures particulièrement élevées pour la saison. Dans l’est de l’Antarctique, l’été austral se termine bientôt, faisant perdre environ 25 minutes d’ensoleillement par jour au continent et devrait faire baisser les températures, ce qui n’est apparemment pas le cas. En effet, la base de recherche de Concordia, installée à 3000 mètres d’altitude, a enregistré une température de -11,5 °C, record absolu de « chaleur » à cet endroit. Plus au sud, en terre Adélie, à la base Dumont d’Urville, on note 4,9 °C en ce mois de mars, un record également. Les météorologues relèvent même des journées sans gel, ne devant pas se produire après le mois de février. Gaëtan Heymes, de Météo-France, souligne : « Les journées sans gel sont occasionnelles à (Dumont d’Urville), mais elles ne s’étaient jamais produites après le 22 février (en 1991) ».

Du côté de l’Arctique, ordinairement, on ne sort que lentement de l’hiver, à mesure que les jours se rallongent, mais les stations météorologiques proches du pôle Nord ont également montré des signes inquiétants. Elles ont noté des températures supérieures de 30 degrés Celsius à la normale, atteignant des niveaux habituellement atteints bien plus tard dans l’année.

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Ces vagues de chaleur sont donc historiques et changent le principe même de la météo antarctique, selon Jonathan Wille, chercheur à l’institut des géosciences de l’environnement à Grenoble. Walt Meier, chercheur principal du Centre national de données sur la neige et la glace de Boulder, au Colorado, déclare à l’Associated Press : « Ce sont des saisons opposées. Vous ne voyez pas le [pôle] Nord et le [pôle] Sud fondre en même temps. C’est définitivement un événement inhabituel ».

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Images satellites présentant les anomalies de température datées du 17 mars 2022, à droite pour l’Arctique, à gauche pour l’Antarctique. © Climate Reanalyzer, Climate Change Institute, University of Maine, USA.

L’origine des vagues de chaleur

J. Wille estime que les conditions chaudes au-dessus de l’Antarctique étaient stimulées par une « rivière atmosphérique extrême », ou un étroit couloir de vapeur d’eau dans le ciel, sur sa côte est. Selon des modèles informatiques, la rivière atmosphérique a touché le continent antarctique mardi entre les stations Dumont d’Urville et Casey. Elle a laissé tomber une grande quantité de précipitations provoquant, potentiellement, un événement de fonte important dans la région. L’humidité de la tempête s’est alors diffusée et répandue à l’intérieur du continent.

Cependant, un puissant système de haute pression, ou « dôme de chaleur », s’est déplacé au-dessus de l’Antarctique oriental, empêchant l’humidité de s’échapper. Le dôme de chaleur était exceptionnellement intense. Wille souligne : « Ce n’est pas quelque chose que nous avons vu auparavant. Cette humidité est la raison pour laquelle les températures sont devenues si élevées ». Il explique, par ailleurs, que l’air chaud est souvent transporté au-dessus de l’intérieur de l’Antarctique de cette façon, mais pas dans cette mesure ou intensité. Walt Meier ajoute : « Ce qui rend le réchauffement de l’Antarctique vraiment bizarre, c’est que le continent sud – à l’exception de sa péninsule vulnérable qui se réchauffe rapidement et perd rapidement de la glace – ne s’est pas beaucoup réchauffé, surtout par rapport au reste du globe ». Des études complémentaires sont nécessaires.

En ce qui concerne l’Arctique, se réchauffant deux à trois fois plus vite que le reste du globe et considéré comme vulnérable au changement climatique, l’air chaud est arrivé par le nord, de l’Atlantique, au large des côtes du Groenland.

La banquise recule encore

Ces canicules sont un signal fort des dangers que l’humanité fait peser sur le climat ; et la fonte des glaces pourrait également déclencher de nouveaux changements en cascade qui accéléreront la dégradation du climat. Au milieu de toute la variabilité de l’Antarctique, les empreintes du changement climatique causé par l’homme sont évidentes. Fin février 2022, la banquise de l’Antarctique avait atteint sa superficie la plus petite enregistrée depuis le début des mesures satellites en 1979, avec moins de deux millions de kilomètres carrés, selon le centre de recherche américain National Snow and Ice Data Center.

Sa calotte glaciaire occidentale perd de la masse, tandis que les parties occidentales du continent et la péninsule sont parmi les régions qui se réchauffent le plus rapidement sur Terre. Les températures chaudes de l’océan menacent de déstabiliser le glacier Thwaites de l’Antarctique, une dalle de la taille de la Floride qui contribue à environ 4% de l’élévation annuelle du niveau de la mer dans le monde. Ceci risque de pousser des millions de personnes à fuir les côtes.

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James Hansen, ancien scientifique en chef de la NASA, juge le réchauffement des pôles préoccupant et affirme que la banquise de l’Arctique, cette année, pourrait rétrécir suffisamment pour battre un triste record quant à son étendue la plus basse. Il avertit : « L’épaisseur moyenne de banquise a diminué, elle est donc mûre pour une importante perte. L’effet de la réduction de la couverture de la banquise est d’amplifier le déséquilibre énergétique de la Terre, causé préalablement par l’augmentation des gaz à effet de serre ». Effectivement, à mesure que la banquise polaire fond, notamment dans l’Arctique, elle révèle une mer sombre qui absorbe plus de chaleur que la glace blanche réfléchissante. Les rayons du soleil sont ainsi absorbés, et non renvoyés dans l’atmosphère, renforçant le réchauffement planétaire.

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Graphique montrant le recul de la banquise. À droite, en matière de superficie pour l’Arctique et à gauche, en matière de masse pour l’Antarctique. © NASA

Un emballement inquiétant

L’augmentation rapide des températures aux deux pôles est un avertissement évident du réchauffement global de la planète. L’année dernière, dans le premier chapitre de son rapport, le GIEC a mis en garde contre des signaux de réchauffement sans précédent en Arctique et en Antarctique qui se produisent déjà, entraînant certains changements qui pourraient rapidement devenir irréversibles. Certes, certains scientifiques estiment que cet événement météorologique est aléatoire et non un signe de changement climatique. Néanmoins, l’inquiétude vient du fait qu’il pourrait se répéter, ce qui serait alors le signe d’un emballement du réchauffement de la planète.

Wille et ses collègues étudient comment le changement climatique affectera les schémas de circulation autour de l’Antarctique, et si les rivières atmosphériques deviendront plus courantes ou plus intenses. Les chercheurs concluent alors : « Nous pensons qu’ils deviendront plus intenses parce que ce n’est que de la physique simple… Mais les détails, nous essayons toujours de les comprendre. Il serait très difficile de dire qu’il n’y a pas d’empreinte du changement climatique sur un événement comme celui-ci ».

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