Inégalité homme-femme de la charge de travail : des anthropologues expliquent pourquoi et dans quels cas de figure

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| Pixabay
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Partout dans le monde, toujours plus de voix s’élèvent en faveur de l’égalité des sexes et de l’émancipation des femmes. Cependant, ces luttes ont bien souvent du mal à obtenir gain de cause, la plupart des cultures étant notamment établies autour de mœurs et de lois patriarcaux. Confirmant ces faits, des anthropologues révèlent dans une nouvelle étude que dans les régions rurales, les femmes assureraient une bien plus grande charge de travail que les hommes, autant au sein du ménage qu’à l’extérieur. L’équité dans un couple serait conditionnée par le mariage et le déplacement ou non de la femme hors de son foyer natal, au sein duquel elle peut bénéficier de l’appui de sa famille.

Dans notre société moderne, l’inégalité des sexes est toujours palpable malgré les efforts visant à assurer une équité entre hommes et femmes. Cette inégalité comprend notamment les revenus, les secteurs de travail, la charge de travail, l’accès à différents avantages, la contribution aux charges du foyer, etc. À l’échelle mondiale, les hommes seraient 1,5 fois plus susceptibles de participer à la vie active que les femmes, ce chiffre étant plus élevé dans des régions comme l’Asie du Sud, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Concernant les femmes qui ont la possibilité de se consacrer à un travail, elles sont généralement confrontées à une différence de rémunération. Seuls 95 pays dans le monde imposeraient de lois sur la rémunération équivalente entre les hommes et les femmes. De plus, dans la plupart des activités qu’elles occupent, les femmes font face à moins de productivité, car elles auraient beaucoup plus difficilement accès à certains besoins. Pour les agricultrices, elles ont par exemple moins d’accès aux semences, aux engrais et au matériel agricole mécanisé.

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D’un point de vue anthropologique, l’inégalité de considération entre les femmes et les hommes est si ancrée dans les mentalités et à travers les générations qu’elle se fait sentir même dans les pays riches. Il est par exemple largement accepté que les femmes doivent davantage s’occuper du ménage (et y consacrent en moyenne trois fois plus de temps que les hommes), même si elles doivent également travailler quotidiennement en dehors de la maison.

Étudiant plus en profondeur les facteurs pouvant influencer la différence de charge de travail entre hommes et femmes, la nouvelle étude, de l’University College de Londres, révèle notamment l’influence des conditions du mariage. Comme les différences se font surtout sentir dans les pays à faible revenu et dans les régions rurales, les résultats, décrits dans la revue Current Biology, concernent surtout des groupes d’agriculteurs et d’éleveurs de régions rurales en Chine, autour de la frontière tibétaine.

Sans tenir compte des liens sentimentaux, le mariage est en effet un contrat entre deux personnes, où chacune peut s’attendre à obtenir un certain intérêt coûts/avantages. Ce facteur a conduit les chercheurs à émettre l’hypothèse selon laquelle des inégalités de pouvoir de négociation (entre l’homme et la femme) peuvent conduire ou non à plus de charge de travail dans le ménage.

D’un autre côté, la région de l’étude est un reflet de diversité culturelle, où l’on peut observer plusieurs conditions matrimoniales. La forme de mariage la plus courante dans les régions étudiées est celle où la femme quitte son foyer natal pour rejoindre celui du mari (appelée patrilocalité). Dans le cas contraire, qui est assez rare (le mari rejoint le foyer natal de la femme), il s’agit de matrilocalité.

Dans la forme appelée néolocalité, le mari et la femme partent tous les deux de leurs foyers natals pour vivre dans un tout autre endroit. La duolocalité est la forme de mariage la plus rare, où le mari et la femme quittent tous les deux la maison et vivent chacun à deux endroits différents et éloignés l’un de l’autre.

Les hommes consacrent plus de temps aux loisirs et au repos

Co-dirigée par l’Université de Lanzhou en Chine, la nouvelle étude expose un sondage effectué auprès de 500 personnes, réparties selon six cultures ethniques différentes. Ces personnes ont été interrogées selon leurs statuts « d’expatriation » après leur mariage, et ont été invitées à porter des traceurs d’activité physique pour quantifier leur charge de travail.

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Après enquêtes, les chercheurs ont constaté que les femmes avaient beaucoup plus de charge de travail que les hommes, et consacraient la majorité de leurs efforts aux besoins de leurs familles. Ce constat a non seulement été effectué grâce aux traceurs d’activité, mais aussi par le biais de rapports de sondage. Dans les mariages de patrilocalité, les femmes effectuent en moyenne plus de 12 000 pas par jour, tandis que les hommes n’en font que 9000. Cette différence s’expliquerait par le fait que les hommes consacreraient beaucoup plus de temps à des activités sociales, à des loisirs ou tout simplement au repos.

Cette inégalité quant à elle, s’explique probablement par le fait que les femmes, considérées physiquement plus faibles, ont généralement moins de pouvoir de décision (ou de négociation) dans le couple. Ce pouvoir est d’autant plus réduit chez une belle-famille, où les femmes sont perçues comme étant de potentielles « intruses ». Elles seraient « sous considérées », car en tant que nouvelles venues, elles n’ont pas de véritable lien avec la famille du mari.

Cependant, cette différence a également été observée dans les cas de néolocalité. En partant de leurs régions natales, le mari et la femme ont tendance à travailler plus, mais cette dernière subit tout de même la majorité de la charge. Loin de leur famille natale, les femmes bénéficieraient de moins d’aide et de soutien. Cette inégalité de charge de travail aurait été observée même au sein du ménage, probablement parce qu’en plus du travail dans les champs par exemple, les femmes doivent également s’occuper des enfants et de la maison. L’égalité parfaite de charge de travail a été observée uniquement dans le cas de la matrilocalité.

Source : Current Biology

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