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Cannibalisme intra-utérin chez les bébés requins. Oui, vous avez bien lu, les bébés requins se formant dans l’utérus de leur mère peuvent se nourrir de leurs frères et sœurs avant de naître.

Un nouveau type d’appareil à ultrasons a fourni aux biologistes une vue détaillée de cet acte de cannibalisme intra-utérin de la part de bébés requins évoluant dans les utérus de leurs mères. De plus, les embryons peuvent littéralement nager dans cet environnement.

En effet, les embryons vont voyager d’un utérus à l’autre pour se régaler des autres embryons. À savoir que de nombreuses espèces de requin font mûrir leurs œufs, ou leurs embryons gestants, dans un utérus gauche et un utérus droit.

Pour la plupart des animaux, le mouvement embryonnaire est plutôt limité. C’est pour cette raison que les chercheurs d’Okinawa Churaumi Aquarium à Motobu, au Japon, ont été surpris de constater que certains bébés requins nourrice fauve (Nebrius ferrugineus) naissant en captivité, non seulement se déplaçaient dans l’utérus de leur mère, mais se déplaçaient également entre les différents utérus ! « Nos données suggèrent une migration embryonnaire fréquente entre l’utérus gauche et l’utérus droit, ce qui est contradictoire avec les fœtus de mammifères “sédentaires” », explique l’équipe de recherche dans l’étude.

Cette découverte a été réalisée grâce à un nouvel équipement sophistiqué (qui pourrait être utilisé pour une échographie humaine) pouvant être déplacé et porté facilement, et utilisé sous l’eau. Ce type de scanner portable est employé depuis quelques années et permet aux chercheurs de regarder à l’intérieur des requins.

Afin de pouvoir étudier ces spécimens dans un état le plus naturel possible, l’équipe de recherche a dû rendre les appareils résistants à l’eau et à la pression. Durant de nombreuses années, les chercheurs ont étudié un trio de requins nourrices fauves femelles et enceintes, se trouvant dans un aquarium d’exposition et ont capturé, lors de leur recherche, plus de 40 séquences d’échographie.

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Chez l’une des mères, les embryons ont changé d’utérus trois fois. Dans un autre cas, le mouvement des embryons était beaucoup plus extrême : un total de 24 migrations a été enregistré pendant la durée de la grossesse. Bien entendu, comme vous pouvez vous en douter, il ne s’agit pas d’une balade tranquille… en effet, le bébé requin nageait à une vitesse rapide, atteignait huit centimètres par seconde.

Dans la vidéo ci-dessous, on y voit un foetus de requin en train de changer d’utérus :

Un des requins femelles a commencé sa grossesse avec deux embryons dans chaque utérus. Mais après quelques allers et retours de ces embryons, il y en avait plus quatre, mais trois. Puis, un peu moins de deux mois plus tard, il n’y en avait plus que deux. Et à la fin de la gestation, il ne restait qu’un seul bébé requin.

À ce moment-là, les biologistes ont pensé que les embryons de requins pouvaient se déplacer entre les utérus, et se nourrir de leurs frères et sœurs. En 1993, une séquence filmée pour un programme de Discovery Channel montrait une migration embryonnaire similaire à l’intérieur d’un requin tigre (Carcharias taurus).

D’autres études ont indiqué que le col de l’utérus de certaines espèces de requins pourrait ne pas être aussi étanche que chez d’autres animaux. Avec ces nouvelles observations, il semblerait que le col de l’utérus puisse laisser passer un peu d’eau de temps à autre. De plus, il peut également s’ouvrir suffisamment pour que les embryons « jettent un coup d’œil » dehors…

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Crédits : Tomita etal/Ethology

À l’heure actuelle, il n’est pas clair si la progéniture en gestation d’autres espèces de requin peut afficher ce type de comportement. Plusieurs autres espèces ont été étudiées dans des conditions naturelles, mais dans ces cas, les seuls mouvements d’embryons observés par les chercheurs étaient limités à l’ouverture et à la fermeture de la bouche (soit les mouvements les plus susceptibles de faciliter leur respiration).

Les chercheurs pensent que ce comportement potentiellement unique pourrait résulter de l’environnement aplacentaire (sans placenta) de l’utérus de leur mère, les forçant à se nourrir des autres embryons en développement.

En effet, sans un placenta pour maintenir la croissance des embryons de requins, les embryons de certaines espèces auront tendance à vouloir se nourrir des oeufs excédentaires, voire de leurs frères et sœurs également en gestation. « Il semble probable que, dans ce mode de reproduction, la capacité active de l’embryon à nager puisse lui permettre de rechercher et de capturer efficacement des éléments nutritifs dans l’environnement utérin », concluent les chercheurs.

Source : Ethology

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