Conformément aux modèles de changement climatique, les ouragans s’intensifient à travers le monde

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| NOAA
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Au cours des dernières années, le nombre d’ouragans s’est multiplié à travers le monde, tant et si bien qu’il n’est aujourd’hui pas rare de voir émerger plusieurs de ces phénomènes de manière simultanée. Mais quelle est la cause de cette recrudescence ? Selon une nouvelle étude, l’augmentation du nombre et de l’intensité des ouragans aurait pour cause — du moins pour partie — le réchauffement climatique progressif de la planète. C’est le résultat de travaux d’analyse ayant porté sur des données satellitaires récoltées pendant 39 ans, sur une période allant de 1979 à 2017.

Il est difficile d’étudier l’évolution des ouragans au fil du temps. Les outils que les climatologues utilisent pour les étudier changent constamment et les mesures effectuées avec un instrument ne peuvent pas être facilement comparées aux mesures effectuées avec un autre. Ainsi, bien que la recherche ait suggéré que le réchauffement climatique produirait des ouragans plus étendus et plus forts, il a été difficile de le confirmer avec certitude. Jusqu’à présent, les données n’étaient tout simplement pas suffisamment complètes.

Un nouvel article, publié dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, vise à changer cela en étudiant une période de 39 ans, entre 1979 et 2017. En examinant l’ensemble des quatre décennies et en normalisant leurs données d’une certaine manière, les chercheurs ont constaté une tendance claire : les tempêtes se renforcent en général et les principaux cyclones tropicaux surviennent plus souvent.

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La période de 39 ans étudiée par les chercheurs couvre une époque où le changement climatique s’est considérablement accéléré, selon les rapports de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Le monde s’est considérablement réchauffé chaque année sur ces 39 ans, et elles incluent huit des 10 années les plus chaudes jamais enregistrées (2018 et 2019 font également la liste des années les plus chaudes, mais étaient trop récentes pour cette étude, et la saison 2020 n’est pas encore terminée).

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Observation par l’équipage de l’ISS de la formation de deux tempêtes dans l’océan Atlantique : l’ouragan Hélène et la tempête tropicale Isaac. Crédits: Ricky Arnold/NASA

Une homogénéité des mesures nécessaires pour étudier l’évolution des ouragans

« Le principal obstacle que nous avons pour trouver des tendances est que les données sont collectées en utilisant la meilleure technologie de l’époque. Chaque année, les données sont un peu différentes de celles de l’année dernière, chaque nouveau satellite a de nouveaux outils et capture les données de différentes manières, donc à la fin nous avons une mosaïque de toutes les données satellites qui ont été tissées ensemble », déclare James Kossin, un géophysicien de la NOAA et professeur à l’Université du Wisconsin-Madison.

Afin de créer un enregistrement cohérent avec lequel travailler, les chercheurs ont raboté les bords de leurs images de cyclones tropicaux plus récentes et plus nettes pour s’adapter à une norme plus ancienne :  des images où chaque pixel représente une zone de 8 km sur 8 km, prise toutes les trois heures. Ils ont également écarté des images de satellites plus récents qui fournissent des vues des tempêtes sous des angles non disponibles en 1998. Cela leur a permis de disposer d’un vaste ensemble de données d’environ 225’000 images de qualité similaire d’environ 4000 cyclones tropicaux mondiaux.

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Graphique montrant l’évolution du nombre d’ouragans dans différents océans entre 1980 et 2017. La tendance est clairement à la hausse. Crédits : James P. Kossin et al. 2020

Les météorologues utilisent depuis longtemps des images de cyclones tropicaux pour estimer l’intensité de leurs vents, mesurée en kilotonnes. Et c’est ce que les chercheurs ont fait ici, constatant que les chances qu’un cyclone tropical donné devienne un ouragan (atteignant 65 nœuds) ont augmenté. Normalement, les ouragans sont définis comme des tempêtes avec des vents d’au moins 119 km/h. Des vents de cette vitesse émergent autour de la barre des 65 nœuds. Et les probabilités d’ouragans majeurs (tempêtes de 100 nœuds) ont augmenté d’environ 15% — la majeure partie de cette augmentation s’étant produite au cours des 19 dernières années de la période d’étude de 39 ans.

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Le changement climatique responsable, au moins pour partie, de l’intensification des ouragans

À l’heure actuelle, d’autres possibilités n’ont pas été complètement exclues. Cette étude n’exclut pas à elle seule l’idée que la recrudescence des ouragans ne soit pas le résultat d’une parfaite coïncidence d’autres tendances. Mais cela montre que la recrudescence se produit, précisément pendant la période de plus grand réchauffement, et précisément comme le prédisaient les modèles de la façon dont ce réchauffement aurait un impact sur les cyclones tropicaux. La balance des preuves — modèles et observations du monde réel — pointe fortement vers l’idée que les cyclones tropicaux sont devenus beaucoup plus forts et qu’il y a probablement une empreinte humaine sur cette augmentation, écrivent les chercheurs.

La tendance n’est pas évidente. Il y a des régions comme le Pacifique Nord, où les cyclones ne se sont pas intensifiés — probablement parce que le changement climatique a également déplacé leurs trajectoires vers le nord, vers des régions plus froides avec moins d’énergie océanique pour les soutenir. Et la tendance moyenne mondiale vers des tempêtes plus puissantes est compliquée par d’autres facteurs — des cycles dans l’océan Atlantique qui auraient eu tendance à rendre ces tempêtes plus intenses ces dernières décennies de toute façon.

Cet article ne démêle pas complètement les tendances locales comme celles des effets du réchauffement climatique. Mais il établit avec une confiance de 95% que les cyclones tropicaux se sont considérablement renforcés à l’ère des changements climatiques les plus intenses, conduisant à davantage de cyclones tropicaux devenant des ouragans, et plus d’ouragans devenant des « ouragans majeurs ».

Sources : PNAS

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