Première mondiale : des chercheurs changent le groupe sanguin du rein d’un donneur

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Alors que la greffe rénale est la solution la moins coûteuse et la plus efficace dans les pathologies rénales, contrairement à la dialyse, en France, près de 20 000 personnes attendent de recevoir un nouveau rein. Ce chiffre est notamment dû à un manque de compatibilité des groupes sanguins entre le donneur et le receveur. Récemment, des chercheurs britanniques ont réussi à modifier le groupe sanguin de trois reins de donneurs décédés. Cette avancée extraordinaire en matière de transplantation pourrait ouvrir la voie à une augmentation considérable du nombre d’organes disponibles pour les demandeurs, et notamment pour ceux dont le groupe sanguin est plus rare.

La transplantation rénale, lorsqu’elle est possible, prolonge et améliore le confort des patients en cas de défaillance ultime de la fonction rénale (insuffisance rénale). Elle permet de stopper la dialyse chronique, une thérapie invasive et contraignante. Il y a en France entre 3500 et 3700 transplantations rénales par an.

Mais le temps d’attente pour l’obtention d’un greffon est variable et dépend du groupe sanguin. 31% des patients sont greffés dans la première année d’inscription, 39% entre 1 et 3 ans, et 15% après 5 ans. En effet, le rein d’une personne de groupe sanguin A ne peut pas être transplanté à une personne de groupe sanguin B, ni l’inverse. En 2021, un rein bioartificiel donnait l’espoir de pallier la pénurie d’organes compatibles.

Récemment, des chercheurs de l’Université de Cambridge ont réussi à modifier le groupe sanguin de trois reins de donneurs décédés, pour les rendre O universel. Cette percée inédite et exceptionnelle permettra la réalisation de plus de greffes, car le groupe sanguin O peut être utilisé pour les personnes de n’importe quel autre groupe sanguin. Les travaux des chercheurs devraient être publiés prochainement dans la revue British Journal of Surgery.

Des ciseaux moléculaires en action pour éliminer les marqueurs sanguins

Le professeur Mike Nicholson et la doctorante Serena MacMillan ont utilisé une machine de perfusion normothermique. Il s’agit d’un appareil qui se connecte à un rein humain pour faire passer le sang oxygéné à travers l’organe afin de mieux le préserver pour une utilisation future. Concrètement, les chercheurs l’ont utilisé pour faire passer le sang infusé avec une enzyme à travers le rein du patient décédé.

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Serena MacMillan déclare dans un communiqué : « Notre confiance a été vraiment renforcée après avoir appliqué l’enzyme sur un morceau de tissu rénal humain et constaté très rapidement que les antigènes étaient éliminés. Après cela, nous savions que le processus était réalisable, et nous devions simplement étendre le projet pour appliquer l’enzyme à des reins humains de taille normale ».

Il faut savoir que, dans notre corps, l’ensemble des vaisseaux sont tapissés de récepteurs (appelés « marqueurs »), qui sont propres au groupe A ou B. L’enzyme utilisé dans l’étude a agi comme des « ciseaux moléculaires » pour éliminer les marqueurs de groupe sanguin qui tapissent les vaisseaux sanguins du rein. Cette technique a rendu automatiquement l’organe du groupe sanguin O en seulement quelques heures, car ce groupe n’a aucun marqueur spécifique, contrairement à A et B.

C’est ainsi que cette conversion vers le groupe sanguin O « universel » élimine les problèmes de compatibilité et de rejet. En effet, lors des rejets d’organes par le corps, après transplantation, ce sont souvent ces marqueurs qui sont en cause. Le professeur de chirurgie de transplantation, Nicholson, explique : « La raison est que vous avez des antigènes et des marqueurs sur vos cellules qui peuvent être A ou B. Votre corps produit naturellement des anticorps contre ceux que vous n’avez pas ».

Par la suite, l’équipe de Cambridge devra étudier comment le rein de type O nouvellement modifié réagira au groupe sanguin habituel d’un patient dans son approvisionnement en sang normal. La machine à perfusion leur donne la possibilité de tester cette modalité avant les essais cliniques chez l’Homme. En effet, ils peuvent perfuser ce rein de type O avec différents types de sang et surveiller la façon dont il réagira, simulant le processus de greffe dans le corps.

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Mike Nicholson, professeur de chirurgie de transplantation à l’Université de Cambridge, travaille sur un rein perfusant. © Kidney Research UK/PA

Ce projet est financé par l’association caritative Kidney Research UK, tant les disparités d’accès aux greffes rénales outre-Manche sont exacerbées par rapport à la France, même si le pays n’est pas épargné. Le Dr Aisling McMahon, directeur de la recherche chez Kidney Research UK, déclare : « La recherche que Mike et Serena entreprennent est potentiellement révolutionnaire. C’est incroyablement impressionnant de voir les progrès que l’équipe a réalisés en si peu de temps. […] En tant qu’organisation, nous nous engageons à financer la recherche qui transforme les traitements et s’attaque aux inégalités en matière de santé ».

Effectivement, les personnes issues de groupes ethniques minoritaires doivent souvent attendre beaucoup plus longtemps pour une greffe, car les correspondances de groupe sanguin avec les organes disponibles sont plus rares.

Pallier les inégalités d’accès

Dans la littérature anglo-saxonne, le lien entre le statut socioéconomique et les résultats de la greffe a été largement étudié en utilisant des déterminants sociaux différents selon les études. L’origine raciale est fréquemment étudiée et utilisée comme un marqueur d’inégalités socioéconomiques. En France, plus de 20 000 personnes sont en attente d’une greffe. L’incompatibilité des groupes sanguins empêche régulièrement de réaliser une transplantation, en lien notamment avec l’origine ethnique des patients.

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Effectivement, une étude publiée par l’Ined et Science Po Paris, en juin 2016, s’était intéressée aux inégalités sociales qui peuvent exister dans l’attribution d’une greffe. Les auteurs expliquent que le groupe sanguin B (9% de la population française) est beaucoup plus fréquent parmi les populations originaires de certaines zones d’Afrique, lesquelles sont aussi confrontées à une prévalence accrue et à une progression plus rapide de l’insuffisance rénale. Ils ajoutent : « On peut supposer que des patients issus de l’immigration provenant de ces populations, dont le niveau d’éducation est en moyenne plus faible, représentent une part significative des patients de groupe B en attente de greffe ».

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Il s’agit d’un problème mondial, les études publiées sur le sujet outre-Manche, outre-Atlantique, au Brésil, en Allemagne, en Hongrie, en Australie ou encore en Nouvelle-Zélande « concluent toutes à l’existence de fortes disparités sociales en fonction du revenu, du niveau d’éducation et de l’origine ethnique. Un faible statut socioéconomique est associé à une incidence accrue des pathologies rénales, une évolution plus fréquente vers le stade terminal, un traitement par dialyse inadéquat, un accès réduit à la transplantation, auxquels s’ajoutent tous les effets d’une santé dégradée », rappellent les chercheurs.

En conclusion, cette technique de conversion des groupes sanguins afin de créer un rein universel pourrait augmenter l’offre de reins disponibles pour la greffe, en particulier au sein des groupes ethniques minoritaires qui sont moins susceptibles de correspondre à la majorité des reins donnés. Avec un tel changement, il est possible de transplanter cet organe universel à un malade du groupe A ou du groupe B, sans aucune restriction. Serena MacMillan conclut : « C’est très excitant de penser à la façon dont cela pourrait potentiellement avoir un impact sur tant de vies ».

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