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Tandis que les virologues étudient le coronavirus COVID-19 afin de mieux comprendre son fonctionnement et ses mécanismes d’infection, les épidémiologistes, eux, s’attachent à comprendre comment l’infection se propage au sein d’une population, à quelle point elle s’avère contagieuse et quel est son taux de mortalité. Bien que les données actuellement disponibles concernant le COVID-19 soient encore trop peu nombreuses pour établir des statistiques précises, des informations préliminaires concernant le virus peuvent toutefois être déterminées. 

L’épidémiologie utilise une grande variété d’outils afin d’établir des statistiques concernant la dynamique d’une maladie au sein des populations : de la géographie aux mathématiques en passant par la théorie des mouvements de population et la sociologie politique, les épidémiologistes tentent de comprendre comment une épidémie progresse et se répand. Concernant le COVID-19, les données sont encore insuffisantes pour avancer des chiffres précis et fiables, mais les données préliminaires permettent d’effectuer certaines comparaisons.

Le nombre de reproduction de base, R0 : combien de personnes sont infectées par une personne malade

Une mesure utilisée par les épidémiologistes pour quantifier la propagation d’une maladie à travers une population est le « nombre de reproduction de base », autrement connu sous le nom de R0. Ce nombre nous indique combien d’individus, en moyenne, chaque personne touchée infectera à son tour. Bien qu’il ne nous dise pas à quel point une épidémie est mortelle, R0 est une mesure de l’infectiosité d’une nouvelle maladie et aide à guider les stratégies de lutte contre l’épidémie mises en œuvre par les gouvernements et les organisations de santé.

Si R0 est inférieur à 1, la maladie s’éteint généralement : chaque personne infectée a peu de chances de transmettre l’infection à une seule personne supplémentaire. Un R0 supérieur à 1 signifie que chaque malade infecte au moins une autre personne en moyenne, qui pourrait alors en infecter d’autres, jusqu’à ce que la maladie se propage dans la population. Par exemple, une souche de grippe saisonnière typique a un R0 d’environ 1.2-1.3, ce qui signifie que pour cinq personnes infectées, la maladie se propage en moyenne à six nouvelles personnes, qui la transmettent à d’autres.

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Graphique indiquant le R0 de différentes infections virales, dont le COVID-19 (estimation de mi-février). Cependant, une nouvelle étude place le COVID-19 devant le SRAS (explications plus bas), ou du moins à égalité. Crédits : Sara Chodosh

La rougeole est une maladie championne à cet égard. Son R0 est généralement défini entre 12 et 18, ce qui signifie que chaque personne atteinte de rougeole infecte entre 12 et 18 nouvelles personnes dans une population non vaccinée.

L’immunité collective dépend également du R0. Plus il y a de personnes immunisées contre une maladie dans une population, moins il y a de risques d’infection. Si l’immunité atteint un niveau critique par le biais de la vaccination ou simplement par “manque” de nouvelles personnes à infecter, la maladie disparaît.

COVID-19 : un R0 potentiellement supérieur à celui du SRAS

L’immunité collective est plus facile à atteindre pour des valeurs de R0 plus faibles, car la maladie ne se propage pas aussi facilement. Mais il est important de se rappeler que le R0 est une estimation statistique de la façon dont une maladie se propage dans une population particulière si elle n’est pas contrôlée. Le SRAS et le MERS ont tous deux des valeurs de R0 plus élevées (entre 2 et 5) que la grippe saisonnière, mais ne se sont jamais répandus suffisamment pour devenir des pandémies.

La grippe, en revanche, est toujours répandue malgré un nombre de reproduction de base relativement faible : les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis estiment que 3 à 11% de la population américaine tombe malade de la grippe chaque année. Cela nous ramène au coronavirus maintenant connu sous le nom de COVID-19.

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Au 22 février 2020, les estimations plaçaient le R0 du COVID-19 à environ 2.28 (étude basée sur le cas du navire de croisière Diamond Princess), mais il serait en réalité potentiellement supérieur à celui du SRAS selon une autre recherche basée elle-même sur 12 études différentes au niveau mondial.

Le taux de létalité : il détermine le pourcentage de décès au sein des personnes infectées

Un autre chiffre important pour comprendre les maladies est le « taux de létalité » ou CFR : quel pourcentage de personnes atteintes d’une maladie en meurent ? À l’un des extrêmes, la rage, qui a un taux de mortalité de 99% si elle n’est pas traitée. De l’autre, le rhume, qui montre un R0 relativement élevé mais qui n’est presque jamais mortel (les exceptions étant principalement des personnes immunodéprimées). La grippe saisonnière a un faible CFR, mais suffisamment de personnes la contractent chaque année pour que le nombre de décès soit élevé.

Sur le même sujet : Coronavirus 2019-nCoV : les personnes guéries pourraient ne pas développer d’immunité contre le virus

De même, la rougeole est extrêmement contagieuse, mais rarement mortelle. La variole était moins contagieuse avec un R0 de 5 à 7, mais son CFR d’environ 30% la rendait dévastatrice.

La rougeole, bien que moins grave, a un taux d’infection si élevé qu’elle a besoin d’une population vaccinée beaucoup plus importante pour une immunité collective adéquate. Les vaccins contre la variole ont atteint l’immunité collective à des taux beaucoup plus faibles et ont complètement éliminé la maladie en 1980.

COVID-19 : un taux de mortalité plus bas que le SRAS et le MERS

Le CFR pour une maladie émergente comme COVID-19 est remarquablement difficile à estimer avec précision, simplement parce que tous les nombres impliqués sont relativement petits. Une récente publication des CDC chinois, datant du 24 février 2020, estime le CFR à environ 2.3% — ce qui signifie que sur 1000 personnes infectées, environ 23 mourront — pour un échantillon de 72’314 cas, ; il s’agit de la plus grande étude humaine réalisé jusqu’à maintenant sur le CFR du COVID-19.

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Graphique présentant le taux de mortalité (bleu clair) et le taux de guérison (bleu foncé) concernant l’infection à COVID-19 au 23 février 2020. Crédits : CNHC/CEIC/WHO

Les chiffres changeront probablement au cours des prochaines semaines et des prochains mois, mais le CFR pour COVID-19 semble être plus bas que pour le SRAS et le MERS. Cependant, la forte concentration de cas dans une région de la Chine exerce une énorme pression sur l’infrastructure des soins de santé, qui est une préoccupation pour toute épidémie majeure.

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4 Réponses

  1. JPA

    La nature se “venge” t’elle des hommes …? Au delà des conflits politiques, combien de millions d’individus ont par le passé étaient décimés par la variole, peste noire, lèpre, ect… Le réchauffement planétaire entraîne des cataclysmes immenses, la nature tente t’elle de rééquilibrer la biosphère en “attaquant” l’humanité ?… Sans compter les problèmes liés à la densité humaine qui favorise la propagation des virus… Bref, ce n’est pas de la nature qu’il faut se méfier, mais de la nature de l’homme…🍀

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  2. Davidb34

    Je pense que si le coronavirus n’est pas à rayer d’ici un mois ou deux cela va être une catastrophe cet été

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    • Realiste

      Arrêtez donc de tirer des plans catastrophistes sur l.inconnu. il devait y avoir 20 millions de morts avec la grippe aviaire je ne sais même pas s il y en a eu un. Demandez à Bachelot et ses 120 millions de vaccins qui ont fini à la poubelle

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  3. trape

    L’humanité a toujours connu des épidémies, d’une autre gravité que celle là; aussi l’humanité n’est point en danger car la mortalité, n’est pas très importante. Se souvenir que la peste de Marseille au XVIII, fit des dizaines de milliers de morts en 2 à 3 mois seulement avec des médecins sans traitement connu.. Nous sommes très loin d’une telle catastrophe mais l’exploitation médiatique et politique, fait monter la mousse. Garder raison et mettre sur pied une politique de prévention classique, serait plus utile; mais là, étrangement c’est le silence radio. Exemple un certain match de football récent autorisé, montre l’incohérence des politiques. L’action politique serait-elle de se limiter à de la “com”, sans action sur le terrain?

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