Enfants et COVID-19 : des « chapeaux de distanciation » dans les écoles chinoises

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| Twitter/Eileen Chengyin Chow

Fixé au 11 mai, le retour à l’école des petits Français est imminent… Et l’inquiétude grandit tant chez les parents que parmi le corps enseignant. En effet, comment faire respecter les gestes barrières et les mesures de distanciation physique à des petits avides d’expériences, de découvertes et de jeux ? La Chine a résolu le problème, du moins pour la distanciation : les petits Chinois sont retournés à l’école équipés d’un chapeau plutôt original…

En Chine, les écoles rouvrent progressivement depuis la mi-mars. Dans la province de Zhejiang, pour leur retour en classe, les enfants arborent un drôle de déguisement : des chapeaux bricolés, surmontés d’une tige d’un mètre (en papier, carton ou plastique), que les enfants customisent à loisir, pour leur rappeler qu’ils doivent en permanence se tenir à distance de leurs petits camarades.

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Des chapeaux qui aident les petits écoliers chinois à garder leurs distances. Crédits : Twitter/Eileen Chengyin Chow

Une idée inspirée de pratiques ancestrales

Si la méthode peut faire sourire, on peut reconnaître que les éducateurs font preuve de créativité pour s’assurer que leurs élèves ne courent aucun risque. L’idée a toutefois une origine historique : ces accessoires ne sont pas sans rappeler les couvre-chefs de la dynastie Song (960-1279), conçus pour empêcher les hauts fonctionnaires de chuchoter lors des assemblées judiciaires, voire conspirer les uns avec les autres.

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Sous la dynastie Song, on pratiquait déjà la distanciation sociale… Crédits : Twitter/Eileen Chengyin Chow

Ces chapeaux ne sont évidemment pas la seule mesure préventive mise en place. Les élèves doivent porter un masque tout au long de la journée, chacun travaillant seul à une table. D’autres aides visuelles, telles que des empreintes de pas collées au sol, garantissent également que les écoliers ne se rapprochent pas trop les uns des autres dans les files d’attente ou lors de rassemblements. La Corée mise sur plus de technologie : les enfants sont équipés de badges électroniques, qui se mettent à sonner et clignoter dès que deux élèves sont un peu trop près l’un de l’autre.

Dans un lycée de Pékin, chaque élève doit passer par un véritable sas de désinfection avant de pénétrer dans l’établissement, une tente sous laquelle des employés en combinaison intégrale pulvérisent du désinfectant sur les arrivants. On prend également leur température. À l’intérieur, chacun est masqué et les tables sont espacées le plus possible les unes des autres. Seuls les lycéens de dernière année ont été autorisés à retourner en classe dans la métropole, pour préparer leur gaokao, leur examen d’entrée à l’université.

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La ville de Yangjiang, dans la province du Guangdong, offre quant à elle deux masques par jour à chaque élève, et allonge les plages horaires des repas et des cours de manière à éviter que trop d’élèves ne se côtoient. En outre, chaque enfant a dû déclarer son état de santé avant la reprise des cours, et fournir l’historique de ses contacts avec des personnes contaminées, ainsi que ses déplacements dans des zones à risque ou à l’étranger.

À Taïwan, qui compte un nombre particulièrement réduit de contaminations, des mesures drastiques ont été prises pour protéger les élèves. Dans la municipalité de Taoyuan, des collégiens fabriquent eux-mêmes leurs masques avec l’aide de leur enseignant. Dans d’autres établissements du pays, les élèves portent des visières de protection en plastique, en plus de leur masque, leur donnant un petit air de CRS. Selon un site d’actualité local, les élèves n’étaient pas très « fans » de ce masque bricolé avec une éponge, une feuille de plastique et de la mousse de polystyrène, mais ils ont fini par s’y habituer. Au nord de l’ïle, dans une école de Xinbei, on mesure la température des enseignants et des élèves trois fois par jour, et des produits désinfectants sont distribués à chaque élève. Interviewée par le journal local, une élève souligne avec humour que plus personne ne somnole en classe, car il est impossible de baisser la tête avec les visières.

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À Taïwan, les élèves portent des visières de protection en plastique en plus de leur masque. Crédits : Twitter/Zhulin Zhang

Un retour à l’école dans la méfiance

Du côté de la Norvège, les élèves de 6 à 10 ans ont également effectué leur rentrée ce lundi, après six semaines de cours à distance. Les barnehager – l’équivalent de nos crèches et maternelles – avaient rouvert une semaine plus tôt ; les enfants ont été répartis en petits groupes, pour ne pas trop se mélanger. Mais depuis, plusieurs employés de ces établissements ont déjà été testés positifs au COVID-19. Les parents sont donc particulièrement inquiets et pour manifester leur désaccord, ont créé une page Facebook nommée « Mon enfant ne doit pas être un lapin de laboratoire pour le Covid-19 ».

Pour les petits Danois – qui ont été les premiers élèves européens à retourner à l’école, le travail à l’extérieur est vivement recommandé par le gouvernement. En plus des gestes barrières courants (désinfection des salles et du mobilier, lavage régulier des mains et distanciation), les enseignants sont donc invités à faire classe dans la cour de récréation, ou dans les champs alentours. L’idée peut paraître séduisante… tant que la météo est clémente ! Les groupes d’enfants sont réduits et chacun doit garder une distance de deux mètres avec son voisin.

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En Allemagne, chaque Land est maître de la date de rentrée (a priori le 4 mai pour la plupart). Seuls les élèves de CM2 et de première sont supposés retourner en cours pour le moment. L’Autriche donne la priorité aux futurs bacheliers : dès le 4 mai, les classes seront divisées par deux, un premier groupe aura cours du lundi au mercredi, tandis que le second se rendra au lycée les jeudis et vendredis. Aux Pays-Bas, on mise aussi sur une alternance entre cours à distance et présence à l’école. La Belgique prévoit, quant à elle, des classes de 10 élèves maximum, chacun devant disposer d’un espace personnel de 4m2 ; la cantine y est en outre déconseillée, au profit de repas froids pris en classe.

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En France comme ailleurs, le retour progressif à l’école ne se fera donc pas sans crainte. Le respect des gestes barrières, surtout chez les petits, demeure un véritable casse-tête. Même avec une limite de 15 élèves par classe – selon ce qui a été annoncé par le Premier Ministre – la ritualisation du lavage des mains chez les tout-petits sera particulièrement laborieux et chronophage pour les enseignants. En outre, comme le souligne Laurence Guillouard, enseignante en maternelle dans le Calvados et secrétaire départementale du syndicat SNUipp-FSU, « certaines écoles disposent de trop peu de lavabos ou ne permettent pas aux classes de ne pas se croiser ».

L’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni n’envisagent pas de rentrée scolaire avant le mois de septembre. Une décision qui pour certains paraît plus sage, mais qui au fond ne fait que repousser le problème à plus tard. Tant que le virus continuera de circuler, sans aucun traitement efficace pour le contrer ou vaccin, force est de constater que personne, petit ou grand, ne pourra sortir de chez lui en toute sérénité…

Source : South Chine Morning Post

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