Des araignées tueuses de serpents bien plus gros qu’elles !

capture serpent veuve noire
Un jeune Cemophora coccinea pris au piège par une veuve brune (Latrodectus geometricus), observé dans une résidence privée de l’État de Géorgie, aux États-Unis. | Daniel R. Crook

Les araignées se nourrissent habituellement d’insectes ou de larves, voire d’autres arachnides. Mais certaines espèces venimeuses, telles que les tarentules ou les veuves noires, capturent et tuent des animaux bien plus gros (des lézards, des chauves-souris, …). Une nouvelle étude publiée dans The Journal of Arachnology rapporte que plus de 40 espèces d’araignées sont capables de tuer et de manger des serpents !

Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont parcouru des publications scientifiques, ainsi que des témoignages sur les réseaux sociaux et autres sites d’actualité : au total, ils ont recensé 319 enregistrements d’araignées tueuses de serpents, dont 297 se sont déroulés dans la nature. Martin Nyffeler, biologiste de la conservation à l’Université de Bâle, se dit particulièrement étonné par ce phénomène, qui n’avait jamais été mis en évidence auparavant. « J’ai été surpris qu’autant de groupes d’araignées différents soient capables de tuer et de manger des serpents », dit-il.

Plus surprenant encore, les grosses araignées, comme les tarentules, ne sont pas les seules à s’attaquer aux reptiles : la famille des Theridiidae, dont l’espèce la plus connue est la veuve noire, est celle qui a capturé le plus grand nombre de serpents d’après les observations. Il ne s’agit pas non plus d’espèces particulièrement exotiques : la plupart de ces confrontations ont eu lieu en Amérique du Nord et en Australie.

Un rôle essentiel dans le maintien de l’équilibre naturel

Les araignées sont réparties sur l’ensemble des terres de la planète (hormis les zones polaires et les très hautes montagnes). Détestées par bon nombre d’êtres humains, elles jouent pourtant un rôle écologique essentiel : elles consomment chaque année entre 400 et 800 millions d’insectes ! Elles constituent ainsi le principal levier de contrôle des populations d’insectes et contribuent de ce fait largement à l’équilibre des écosystèmes. Le fait qu’elles se nourrissent également de serpents signifie qu’elles pourraient jouer un rôle encore plus important dans l’équilibre de la nature.

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Comment les araignées s’y prennent-elles pour capturer une proie beaucoup plus grosse qu’elles ? Les plupart du temps, les petites araignées (telles que les theridiidae) tissent des toiles qui s’étendent jusqu’au sol ; ces toiles sont d’une incroyable résistance. « Je pense que je sous-estimais encore ce matériau incroyable », commente Sebastian Echeverri, expert en araignées et rédacteur en chef d’Arachnofiles. La plupart des serpents capturés par les araignées sont relativement petits (25 centimètres environ en moyenne), mais restent d’une taille démesurée par rapport à leurs prédatrices !

Lorsqu’un serpent se retrouve prisonnier d’une toile, l’araignée le paralyse d’une morsure venimeuse, puis l’enveloppe de soie et l’emporte avec elle en hauteur pour le déguster. Comme dans le cas des autres proies, les enzymes que contient le venin liquéfient les parties molles du reptile, que l’araignée n’a plus qu’à aspirer. Près d’un tiers des serpents tués par les araignées sont eux aussi venimeux, mais il leur est impossible de se défendre, car les arachnides sont bien trop petits pour être la cible de leurs crochets…

Il arrive toutefois que certains serpents en réchappent. D’après les observations compilées par les chercheurs, il apparaît qu’ils parviennent à s’extirper de la toile et à échapper à la morsure fatale dans 1,5% des cas. Détail surprenant : dans 11% des cas, les serpents doivent leur survie à une intervention humaine ! « Étant donné que la plupart des humains méprisent à la fois les araignées et les serpents, il est très surprenant pour moi qu’il y ait des humains prêts à sauver un serpent », explique Nyffeler, qui souffre lui-même d’ophiophobie (soit la phobie des serpents).

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Des serpents de près d’un mètre de long !

Plus de 30 espèces d’araignées se livrent à cette pratique dans des conditions naturelles (11 ont été observées en captivité). Les « tueuses » les plus fréquentes sont les Lactrodectus, un genre auquel appartiennent les veuves noires ; elles sont responsables de près de la moitié des décès de serpents. Ces araignées d’à peine plus d’un centimètre ciblent généralement les petits et jeunes serpents, mais leur venin pourrait terrasser des animaux bien plus gros. Les tarentules, plus grosses, sont quant à elles responsables de 10% des captures. Leur technique est toutefois différente, car elles ne tissent pas de toile : elles chassent leurs proies directement au sol, ou dans les arbres. Enfin, les araignées tisserandes s’octroient 8,5% des captures ; ces dernières peuvent s’attaquer à des serpents de près d’un mètre de long !

capture serpent tarentule
Tarentule s’attaquant à un Fer de lance commun, vue à Chiapas, au Mexique. © Silvano Lopez & Danniella Sherwood

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Les araignées auraient donc un régime alimentaire bien plus diversifié qu’il n’y paraît. En 2013, Nyffeler avait déjà signalé que les araignées se nourrissaient de chauves-souris. Son article publié dans Plos One rapportait plus d’une cinquantaine de cas de chauves-souris capturées par des arachnides, et ce, sur pratiquement tous les continents (à l’exception de l’Antarctique) ; la grande majorité de ces araignées sont des théraphosides géants, des néphilides et des aranéides, réparties principalement dans les régions tropicales et subtropicales.

Il existe également de nombreux rapports d’araignées tuant des oiseaux, notamment des araignées tisserandes qui construisent de très grandes toiles extrêmement résistantes. Les serpents s’ajoutent désormais au menu ; la famille des Colubridae (à laquelle appartiennent le Pantherophis guttatus ou serpent des blés, les couleuvres rayées, etc.) est particulièrement touchée. Ce qui n’est guère surprenant puisque c’est la famille de serpents la plus abondante dans le monde (mise à part l’Australie).

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« Plus je m’occupe de ce problème, plus je me rends compte que certaines araignées accomplissent des exploits incroyables », a déclaré Nyffeler. Cette étude offre non seulement un nouveau regard sur la prédation des araignées, mais pourrait également servir de base à des recherches plus approfondies sur le fonctionnement de leur venin. Si l’action des toxines de la veuve noire est relativement bien comprise (elles affectent le système nerveux des vertébrés), ce n’est pas le cas pour d’autres familles d’araignées.

Source : The Journal of Arachnology, M. Nyffeler et J. W. Gibbons

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