Dressage : contrairement aux croyances, les animaux que nous côtoyons apprennent beaucoup d’eux-mêmes

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Depuis quelques décennies, l’intelligence animale est un domaine de recherche très actif. À ce jour, nous en cernons à peine l’étendue, et cela en partie car le sujet est resté longtemps inexploré (ou peu exploré). De nombreux scientifiques estimaient notamment auparavant que l’intelligence était le propre de l’Homme, et que seule la cognition (un terme apparemment différent de l’intelligence) était partagée avec les animaux. De nombreuses expériences scientifiques et témoignages semblent cependant en faveur d’une véritable intelligence animale, et ouvrent une nouvelle ère dans le domaine de l’éthologie cognitive. Dans ce sens, les animaux en relation avec l’humain apprendraient beaucoup d’eux-mêmes, sans que nous ayons besoin d’intervenir directement (en les dressant).

« Intelligence » et « cognition » sont souvent employées comme synonymes, mais il existe pourtant une réelle différence. Les scientifiques définissent la cognition comme l’ensemble des processus de perception, de mémorisation ou de raisonnement, par l’intermédiaire desquels un individu acquiert des connaissances sur son environnement et les applique. L’intelligence quant à elle, est une mesure qualitative et quantitative de l’ensemble de ces capacités. « On peut imaginer un continuum de l’instinct, la forme d’intelligence la plus basique, à l’intelligence créative où l’individu réutilise une connaissance dans un contexte différent de celui dans lequel il l’a apprise », explique Jacques Vauclair, professeur de psychologie cognitive à l’université d’Aix-Marseille.

Dans ce sens, l’on pourrait considérer que la capacité d’adaptation est une forme d’intelligence, à l’instar de l’évolution des espèces qui est conditionnée par leurs environnements. La théorie de l’évolution de Darwin abordait déjà alors une forme d’intelligence chez les animaux.

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Pourtant, au cours des siècles, et surtout celui de l’essor de la philosophie (dont Descartes fait partie), l’on attribuait l’intelligence uniquement à l’Homme. La croyance du contraire était alors jugée animiste et donc taboue, car la philosophie reçue de l’époque incluait « l’âme » dans l’intelligence, considérée comme unique à l’Homme. Cette pensée non cartésienne a longtemps influencé la science moderne, qui n’a commencé à aborder l’idée de l’intelligence animale que relativement récemment.

Cette influence a conduit à deux approches différentes sur le comportement animal : l’éthologie classique liée à l’instinct et commune à toutes les espèces, et celle liée à un mécanisme de développement comportemental. D’un point de vue psychologique, le comportement d’un individu (humain ou animal) résulterait d’un apprentissage (induit) par association progressive, entre une action et son résultat.

Cependant, de nouvelles études et observations chez l’animal semblent contredire ces théories et proposent un nouveau regard sur le monde animal en abordant une forme d’intelligence « consciente » dans ce dernier. Si l’on croyait auparavant que par la domestication (ou le dressage), l’homme inculquait une forme d’intelligence à l’animal via l’apprentissage progressif, des comportements observés dans la nature semblent démontrer que l’animal peut acquérir une forme d’intelligence propre, sans l’intervention de l’homme.

Une intelligence observée dans la nature

Devenu viral sur les réseaux sociaux, Apollo, un perroquet gris (Psittacus erithacus) anglophone incroyablement intelligent, aurait appris un grand nombre de mots pour inciter ses propriétaires à mieux subvenir à ses besoins. Ses maîtres le stimulent tel un enfant apprenant une langue, en s’inspirant des travaux d’Irene Pepperberg, une scientifique se consacrant particulièrement à l’étude des perroquets. En quelques mois seulement, Apollo a appris à dire « bonjour » au bon moment et « eau douce » quand il veut qu’on lui serve de l’eau.

Un comportement antérieur, où il aurait imité le son d’alerte de notification Snapchat pour attirer l’attention, aurait incité ses maîtres à étendre son vocabulaire. Selon les témoignages, l’oiseau aurait remarqué que ses maîtres réagissaient spontanément en entendant spécifiquement ce son, et aurait appris à l’imiter pour signaler ses propres besoins. Ces observations semblent indiquer que l’animal a appris quelque chose parce qu’il le voulait, et non parce que ses maîtres le lui ont ordonné. L’oiseau semble aussi apprendre des mots spécifiques lui permettant d’obtenir ce dont il a envie. Apollo a également appris à dire « gagner une pistache » ou « voulez-vous une collation » lorsqu’il veut une friandise.

Un autre exemple surprenant : Dexter, le chien qui marche sur ses deux pattes arrière. Victime d’un accident, ce chien a dû être amputé d’une de ses pattes avant. Pour l’aider dans sa rééducation motrice, ses maîtres l’avaient doté d’une sorte de fauteuil roulant lui permettant d’avancer sans ses pattes avant. Étonnamment, Dexter a préféré se dresser et marcher debout sur ses pattes arrière plutôt que de se soutenir avec le fauteuil roulant. Ses maîtres affirment qu’il s’est dressé spontanément sans que personne le lui demande. Depuis, il marche sur ses deux pattes arrières comme s’il en avait toujours été ainsi (comme l’atteste la vidéo ci-dessous).

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On a toujours tendance à penser qu’une fois domestiqué, un animal passe toujours par le dressage pour développer certaines capacités. Cependant, diverses études et anecdotes telles que celles citées ci-dessus suggèrent qu’il s’agit d’une compétence innée, potentiellement commun à toutes les espèces.

Les travaux de Kinji Imanishi, un primatologue japonais, sur un macaque (Macaca fuscata) femelle surnommée Imo, montre le spécimen en train de laver des patates douces sur les plages de l’île de Koshima. Il s’agirait d’un acte individuel et spontané, qui ne découle nullement d’un apprentissage induit, et qui aurait servi de précurseur à toute sa communauté (le macaque étant un animal sociable vivant en groupe). De façon similaire, les macaques japonais appréciant particulièrement les « onsen » (bains naturels dont l’eau chaude est issue de sources volcaniques) ont transmis ce savoir au fil des générations, suite à un apprentissage « spontané » par un ou plusieurs individus.

Une forme « d’intelligence » rare aurait également récemment été observée chez les éléphants de Sumatra (Elephas maximus sumatrensis), très peu étudiés comparé à leurs pairs africains. Dans la petite province d’Aceh (Indonésie), les pachydermes auraient délibérément renversé des poteaux en bois pour pénétrer dans les parcelles paysannes, ceci afin d’éviter de se faire électrocuter par les clôtures. Ils savaient comment éviter à la fois de toucher les clôtures et renverser par la même occasion l’ensemble en s’attaquant à quelques piliers clés.

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