Les enfants nés pendant la pandémie auraient un QI inférieur

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| Pixabay

Une étude américaine suggère que les enfants nés pendant la pandémie présenteraient des facultés cognitives inférieures à celles des enfants nés avant l’apparition du coronavirus. De par les mesures mises en place, impliquant la fermeture des crèches et des parcs, ces enfants auraient en effet bénéficié d’une stimulation cérébrale plus limitée, encadrée par des parents en télétravail stressés par la situation. En somme, un contexte guère propice à un développement cognitif optimal.

Cette étude, qui n’a pas encore été examinée par les pairs, rapporte qu’au cours de la décennie précédant la pandémie, le QI moyen affiché par les enfants de trois mois à trois ans — évalué via des tests standardisés — se situait aux alentours de 100. Pour les enfants nés pendant la pandémie, le chiffre tombe à 78. En cause : une stimulation limitée à la maison et un manque d’interactions avec le monde extérieur, selon Sean Deoni, professeur agrégé de pédiatrie à l’Université Brown et auteur principal de l’étude.

Ces enfants afficheraient des performances verbales et motrices « significativement réduites » par rapport aux enfants nés avant la pandémie. Cette étude reposant sur des enfants issus de l’État de Rhode Island — une région relativement aisée, ayant pu bénéficier d’un large soutien social et financier pendant la pandémie — Deoni craint que la situation ne soit encore pire dans les régions les plus pauvres du pays et du monde.

Des enfants privés d’activités stimulantes et d’interactions sociales

Les mesures mises en place pour lutter contre la propagation du virus ont effectivement bouleversé nos habitudes. En dehors de la crainte permanente d’être infectés par le virus, de nombreux parents ont malheureusement perdu leur emploi ; ceux qui ont pu continuer à travailler à domicile ont parfois dû assumer leurs tâches tout en gardant un œil sur leur progéniture. La peur de se rendre aux visites prénatales a également augmenté le stress, l’anxiété et la dépression chez les futures mères. Or, des études ont déjà montré que ceci n’était pas favorable au bon développement neuro-comportemental du fœtus.

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Les enfants ont, quant à eux, été privés des activités « typiques » de leur jeune âge, à savoir des activités ludiques et créatives, en compagnie de leurs pairs. Or, la première année de la vie d’un enfant est essentielle pour son développement cognitif ; c’est durant cette période que sont posées les fondations de la cognition. En un an, le cerveau double de volume et un environnement stimulant, varié et réactif, favorise le développement des compétences langagières, cognitives, émotionnelles et sociales. « La capacité de corriger le cap diminue à mesure que l’enfant grandit », confirme Deoni.

On peut donc effectivement s’interroger sur la façon dont ce contexte particulier a pu avoir un impact sur le développement neurologique des enfants. Sean Deoni et son équipe se sont penchés sur la question et ont entrepris de comparer les résultats cognitifs généraux des enfants nés en 2020 et 2021, par rapport à ceux des enfants nés entre 2011 et 2019.

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Évolution des scores moyens obtenus aux tests cognitifs standards, de 2011 à 2021. La baisse constatée à partir de 2020 est significative. © S. Deoni et al.

L’étude a porté sur 672 enfants. Tous les enfants sont nés à terme et aucun ne présentait de déficience intellectuelle. Les chercheurs ont par ailleurs noté que la durée de gestation et le poids à la naissance étaient sensiblement identiques à ceux d’avant la pandémie. Les résultats obtenus par les enfants nés au cours des 18 derniers mois aux tests cognitifs standards ont beaucoup surpris l’équipe : « Vous ne voyez généralement pas des choses comme ça, en dehors des troubles cognitifs majeurs », commente Deoni. Impossible de savoir aujourd’hui si ces scores inférieurs auront un impact à long terme.

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Les enfants issus des milieux défavorisés sont les plus touchés

Pour le spécialiste, la principale raison qui explique la chute des scores est le manque de stimulation et d’interaction pour ces enfants confinés chez eux, aux côtés de parents parfois dépassés par la situation. Sans trop de surprise, les chercheurs ont constaté que les enfants issus des foyers les plus modestes ont été les plus touchés. « Il n’est peut-être pas surprenant que les enfants des familles à faible revenu aient été les plus touchés, car cela correspond à de nombreux autres impacts de la pandémie sur les finances, l’emploi et la santé », remarque Sir Terence Stephenson, professeur en santé infantile à l’University College London.

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Plusieurs recherches ont été effectuées sur l’impact de la pandémie sur la santé générale et le développement des enfants en âge scolaire. Il en ressort que plusieurs facteurs influencent la santé physique et mentale des enfants et des adolescents confrontés au stress inhérent à une pandémie : l’isolement, la fermeture de l’école, la réduction de la vie sociale et des activités physiques, les changements de routine, les difficultés de sommeil, l’exposition au manque d’harmonie à la maison, à l’utilisation excessive des écrans, à une alimentation malsaine et autres.

L’impact est tel que les spécialistes estiment que la pandémie peut être considérée comme une « expérience négative de l’enfance » ou ACE (pour Adverse Childhood Experiences), au même titre que la maltraitance, la négligence, ou encore la violence domestique. Or, on sait déjà que les effets de la maltraitance sur le développement de l’enfant sont profonds et durables : près de la moitié de tous les problèmes de santé mentale chez les adultes sont associés à des antécédents de mauvais traitements pendant l’enfance.

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L’étude de Deoni et ses collègues est l’une des premières à évaluer les effets de la pandémie sur le développement neurocognitif des nourrissons. Et les résultats soulignent que même en l’absence d’une infection par le SARS-CoV-2, les changements environnementaux associés à la pandémie de COVID-19 affectent de manière significative et négative le développement des nourrissons, comme celui des enfants.

Source : medRxiv, S. Deoni et al.

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