L’évolution de l’Homme ne repose plus sur les gènes… mais sur la culture !

évolution homme culture
| Pixabay

La culture serait-elle le nouveau moteur de l’évolution humaine ? C’est ce que suggère une nouvelle étude publiée ce mois-ci dans Proceedings of the Royal Society B, selon laquelle la culture aurait un plus grand potentiel d’adaptation que l’héritage génétique. Le rôle de la culture aurait même tendance à s’accroître, prenant le pas sur l’évolution génétique.

Depuis l’aube des temps, l’évolution humaine repose sur la transmission de caractères génétiques, conditionnée par la sélection naturelle, permettant de s’adapter en permanence au milieu de vie, afin d’assurer la survie et la reproduction des individus. Mais selon Timothée Waring et Zachary Bois, chercheurs à l’Université du Maine, les humains vivent actuellement une « transition évolutive dans l’individualité ».

Selon eux, la culture — soit les connaissances, les pratiques et les compétences acquises — aiderait les humains à s’adapter à leur environnement et à surmonter les difficultés bien mieux et plus rapidement que la génétique. « Comme les gènes, la culture aide les gens à s’adapter à leur environnement et à relever les défis de la survie et de la reproduction », affirme Waring, membre de la Cultural Evolution Society, un réseau de recherche international qui étudie l’évolution de la culture chez toutes les espèces. Jusqu’à présent, la culture a pourtant été un facteur largement sous-estimé de l’évolution.

Un mécanisme d’adaptation plus rapide et plus flexible

En quoi la culture peut-elle constituer un mécanisme d’adaptation plus efficace que la génétique ? Pour commencer, le transfert des connaissances est plus rapide et bien plus flexible que l’héritage génétique : ce dernier est un fait ponctuel, qui n’a lieu qu’une seule fois par génération, tandis que les pratiques culturelles peuvent être transmises en permanence, tout en étant régulièrement mises à jour.

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De plus, l’héritage génétique se limite aux informations transmises par les deux parents d’un individu, tandis que l’héritage culturel repose sur un apprentissage flexible et quasiment illimité : la culture peut être transmise par l’ensemble des pairs, y compris par des experts. L’individu apprenant a en outre la possibilité de sélectionner ce qu’il souhaite apprendre.

évolution génétique et culturelle
L’héritage culturel n’est pas parallèle à l’héritage génétique. Le matériel génétique est physiquement répliqué, directement transmis et hérité passivement par la progéniture. Les traits culturels, quant à eux, sont transmis via un processus actif d’inférence phénotypique reconstructive et d’imitation sélective par l’apprenant. © T. M. Waring et Z. T. Bois

Par conséquent, il est évident que l’évolution culturelle est un mécanisme d’adaptation bien plus puissant que l’évolution génétique. Et c’est bien la culture qui a influencé la façon dont les êtres humains ont évolué depuis des millénaires : un comportement moins agressif, une tendance à la coopération et à la collaboration, une capacité d’apprentissage sociale, voilà tout autant de capacités humaines héritées de la culture.

En étudiant la littérature et des preuves de l’évolution humaine sur le long terme, les deux chercheurs ont remarqué que la culture prend peu à peu le pas sur la génétique : « Nous évoluons à la fois génétiquement et culturellement au fil du temps, mais nous devenons lentement de plus en plus culturels et de moins en moins génétiques », explique Waring. C’est d’ailleurs ce qui distingue l’espèce humaine des autres espèces. Les connaissances sont ainsi devenues les nouvelles « mutations » favorisant la survie des individus, remplaçant peu à peu les mutations génétiques.

Il arrive en revanche que l’évolution culturelle conduise parfois à une évolution génétique. « L’exemple classique est la tolérance au lactose », explique Waring : boire du lait de vache est apparu comme un trait culturel, qui a finalement mené à l’évolution génétique d’un groupe d’individus. Un changement culturel a donc induit ici un changement génétique.

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À un certain moment de l’histoire de l’humanité, la culture a en quelque sorte pris le contrôle de notre évolution et aujourd’hui, nous évoluons d’une manière que le changement génétique à lui seul ne pourrait provoquer. Il est donc possible, suggèrent les chercheurs, que l’apparition de la culture humaine représente une étape clé de l’évolution.

Vers une société constituée de superorganismes ?

Autre point important de cette recherche : l’évolution culturelle se distingue de la génétique du fait qu’elle est fortement axée sur le groupe. En effet, les notions d’identité sociale, de normes et de conformité ne trouvent pas d’équivalent en génétique ; elles se construisent par rapport aux autres individus. De ce fait, l’évolution ne se limite pas à l’individu, mais à l’ensemble du groupe : la concurrence qui oppose les groupes culturellement organisés favorise des adaptations permettant à ces groupes de mieux survivre ensemble. Ces adaptations peuvent par exemple prendre la forme de nouvelles normes de coopération ou de nouveaux systèmes sociaux.

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Les deux chercheurs poussent leur raisonnement encore plus loin, estimant qu’à long terme, les êtres humains évolueront davantage vers des groupes culturels ultra-organisés, un peu à la manière des colonies d’abeilles ou de fourmis (qui elles, sont guidées par la génétique). En effet, selon leurs observations, « les groupes culturellement organisés semblent résoudre les problèmes d’adaptation plus facilement que les individus, grâce à la valeur ajoutée de l’apprentissage social et de la transmission culturelle en groupe ». Les adaptations culturelles s’avèrent d’ailleurs plus rapides dans les grands groupes que dans les plus petits.

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Ainsi, les humains passeraient de l’état d’organismes individuels à un état de superorganisme. « Cette idée peut aider la société à mieux comprendre comment les individus peuvent s’intégrer dans un système bien organisé et mutuellement bénéfique », explique Waring. À titre d’exemple, le chercheur rappelle que pendant la pandémie, un programme national de lutte contre le coronavirus a finalement joué le rôle de « système immunitaire national ». Le développement de traitements et de vaccins, ainsi que diverses mesures sanitaires, ont permis de lutter rapidement contre cette menace, plus rapidement que si l’on avait laissé libre cours à l’évolution génétique — ce qui impliquait de « sacrifier » les plus vulnérables au virus, tandis que les survivants transmettraient leurs gènes à leur progéniture.

Voilà pourquoi ces scientifiques sont convaincus que notre évolution subit aujourd’hui une véritable transition. « À long terme, la culture continuera de croître en influence sur l’évolution humaine, jusqu’à ce que les gènes deviennent des structures secondaires qui détiennent les modèles de conception biologique humaine, mais sont finalement régies par la culture », concluent-ils.

Sources : Proceedings of the Royal Society B, T. M. Waring et Z. T. Bois

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