Les filtres anti-lumière bleue montrent une efficacité limitée selon une étude

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Selon une enquête menée par un fabricant de lentilles de contact, les employés de bureau passent environ 6,5 heures par jour assis devant un écran d’ordinateur. Ceci, sans compter le temps additionnel passé sur smartphone, tablette et tout autre écran consulté dans le cadre de la vie privée ! Des recherches en laboratoire ont suggéré qu’une exposition excessive à la lumière bleue pouvait endommager certaines cellules sensibles de la rétine. De ce fait, de nombreux fabricants commercialisent aujourd’hui des filtres anti-lumière bleue. Une étude a toutefois remis en cause l’efficacité réelle de ces dispositifs sur la fatigue oculaire.

Pourquoi l’utilisation de l’ordinateur fatigue-t-elle davantage les yeux que la lecture de documents imprimés ? Principalement parce que nous avons tendance à moins cligner des yeux lorsque nous sommes face à un écran. En outre, nous n’adoptons généralement pas la position idéale, tant en matière de distance que d’angle de vue, ce qui peut entraîner une tension supplémentaire. C’est pourquoi, outre des maux de tête, passer trop de temps devant un écran entraîne des effets parfois durables sur la vision.

Les personnes interrogées se plaignent de vision difficile (et doivent parfois agrandir le texte) et de perte de flexibilité de mise au point — soit la capacité de l’œil à « accommoder » selon la distance. La sécheresse et les douleurs oculaires sont d’autres symptômes rapportés par près de la moitié des participants à l’enquête. Tous ces symptômes sont aujourd’hui regroupés sous le nom de « fatigue oculaire numérique » ou encore « syndrome de vision par ordinateur », des troubles que les filtres anti-lumière bleue apposés sur les verres et lentilles optiques sont supposés soulager.

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Des longueurs d’onde capables d’atteindre la rétine

« Lorsque vous regardez un écran, vous êtes tellement impliqué que vous oubliez de cligner des yeux. Le taux de clignotement passe de 15 fois par minute à cinq ou sept fois par minute », explique le Dr Matthew Gardiner, ophtalmologiste au Massachusetts Eye and Ear Infirmary. Le clignement permet de rétablir le film lacrymal qui protège la surface de l’œil. Sans lui, la vision devient floue et inconfortable. Fort heureusement, cette sécheresse oculaire, qui peut être très douloureuse, peut être aisément et rapidement soulagée via quelques gouttes de serum physiologique.

Mais l’usage excessif d’écrans a d’autres effets plus préoccupants. Des études ont suggéré que la lumière bleue générée par les écrans pouvait avoir un impact sur la fonction des photorécepteurs et de l’épithélium pigmentaire rétinien, induisant des dommages photochimiques et la mort cellulaire par apoptose. En effet, ces longueurs d’ondes courtes, de 400 à 450 nanomètres, donc de forte énergie, sont capables de traverser la cornée et le cristallin jusqu’à la rétine. Cela peut accélérer l’apparition et le développement de pathologies telles que la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).

La plupart des équipements numériques commercialisés aujourd’hui présentent des risques minimes, car ils sont conçus pour n’émettre qu’une faible quantité de lumière bleue (ou du moins, une quantité qui ne menace pas directement la santé oculaire). Toutefois, aucune étude n’a évalué l’impact d’une exposition à long terme à cette lumière.

Pour réduire les symptômes de la fatigue oculaire numérique et diminuer le risque de dommages rétiniens, de nombreux fabricants proposent des filtres anti-lumière bleue (ALB). Une étude publiée en 2019 dans la revue Optometry and Vision Science visait à examiner l’effet d’un tel filtre sur la fatigue oculaire au cours d’une tâche soutenue de vision de près.

L’équipe dirigée par le Dr Mark Rosenfield, professeur au Collège d’optométrie de l’Université d’État de New York, a demandé à 23 jeunes individus, ayant une vision normale, de lire du contenu sur un écran type tablette. Ce dernier était recouvert d’un filtre ALB ou d’un filtre à densité neutre produisant une luminance d’écran égale. La réponse accommodative, le diamètre de la pupille et l’écartement des paupières ont été mesurés à 0, 9, 19 et 29 minutes après le début de la tâche de lecture. Les participants ont également été invités à remplir un questionnaire pour quantifier les symptômes de fatigue oculaire.

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Aucun effet significatif sur la fatigue oculaire

Le filtre ALB a bloqué 99% des longueurs d’onde entre 400 et 500 nm. Les scores totaux moyens des symptômes déclarés avec les filtres ALB et neutres étaient respectivement de 42,83 et 42,61. Concernant l’accommodation de l’œil et l’écartement des paupières, aucune différence significative n’a été observée entre les deux types de filtres. Par conséquent, le filtre ALB ne s’est pas montré plus efficace que le filtre neutre.

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Étant donné que peu de dispositifs ALB disponibles sont capables de bloquer quasiment 100% de cette lumière, l’équipe a réitéré l’expérience avec des verres de lunettes disponibles dans le commerce, qui ne bloquent généralement qu’environ 20 à 25% du bleu. Cette seconde étude a été réalisée en double aveugle, les sujets ne sachant pas s’ils regardaient ou non à travers un filtre ALB. Mais les chercheurs ont obtenu les mêmes résultats : les filtres bloquant le bleu n’ont produit aucun changement significatif dans les symptômes de la fatigue oculaire numérique. Dans une interview, le Dr Rosenfield a toutefois précisé que l’usage de ces filtres peut en revanche être pertinent pour éviter que la lumière bleue n’interfère avec le cycle circadien de l’organisme, notamment lorsque l’on consulte son smartphone tard dans la nuit.

Si l’efficacité des filtres ALB est donc discutable, la fatigue et la sécheresse oculaires demeurent quant à elles bien réelles. L’American Academy of Ophthalmology prodigue ainsi quelques conseils simples pour limiter les symptômes, à commencer par des recommandations liées au poste de travail : l’écran doit se trouver à bout de bras, à une soixantaine de centimètres environ, et doit être réglé de manière à ce que le regard soit légèrement incliné vers le bas. De plus, il faut veiller à ajuster l’éclairage ambiant de manière à ce qu’il n’y ait pas trop d’écart de luminosité entre l’écran et la zone de travail (si l’écran est trop lumineux, les yeux se fatiguent plus vite).

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Les spécialistes conseillent ensuite de faire régulièrement des pauses visuelles, en respectant la règle suivante : toutes les 20 minutes, regarder un objet au loin pendant 20 secondes, ce qui offrira à vos yeux un petit moment de détente. Il est également conseillé d’avoir des larmes artificielles, ou du sérum physiologique, à portée de main pour aider à lubrifier les yeux quand ceux-ci deviennent trop secs — de surcroît en hiver, lorsque les radiateurs assèchent davantage la pièce. Enfin, un examen annuel de la vue, chez un spécialiste, est vivement conseillé pour vérifier la santé oculaire et détecter d’éventuelles pathologies.

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