Il y a trois semaines, nous vous annoncions l’approche de la comète ATLAS, qui se faisait de plus en plus brillante et promettait de fabuleuses observations pour les amateurs. Certains évoquaient toutefois, pour fin mai, une possible désintégration à l’approche du périhélie, le point le plus proche du Soleil. Le phénomène s’est finalement déroulé plus tôt et Hubble a pu enregistrer tout l’événement.

Découverte pour la première fois en décembre 2019 par le système ATLAS (Asteroid Terrestrial-impact Last Alert System), la comète du même nom est devenue rapidement de plus en plus brillante jusqu’à la mi-mars. Certains astronomes avaient prévu qu’elle pourrait être visible à l’œil nu au mois de mai, offrant ainsi l’un des plus beaux spectacles célestes de ces vingt dernières années. La luminosité de l’objet a toutefois soudainement diminué, ce qui laissait présager d’une désintégration imminente ou du moins, d’une fragmentation. Celle-ci a finalement été confirmée par l’astronome amateur Jose de Queiroz, qui a photographié environ trois morceaux de la comète le 11 avril.

Une comète brisée en une trentaine de morceaux

Les observations du télescope Hubble réalisées les 20 et 23 avril ont permis de mettre en évidence les divers fragments de la comète, chacun traînant une queue de poussière cométaire balayée par le Soleil.

La comparaison des deux séries d’images a laissé les experts perplexes : « Leur apparence change considérablement entre les deux jours, à tel point qu’il est assez difficile d’établir des liens », a déclaré David Jewitt de l’UCLA, chef de l’une des deux équipes chargées de l’observation. « Je ne sais pas si cela est dû au fait que chaque fragment brille différemment selon la lumière du soleil, comme le scintillement d’un arbre de Noël, ou au fait que les fragments apparaissent à des jours différents ».

Voici une animation combinant les observations des 20 et 23 avril faites par le télescope [Crédits : NASA/ESA/D. Jewitt (UCLA)/Q. Ye (Université du Maryland)] :

Une chance qu’Hubble soit parvenu à capturer l’événement ! Pour commencer, ce type d’événement ne se produit pas souvent – une à deux fois par décennie – et la plupart du temps, les comètes qui se fragmentent ainsi ne sont pas assez lumineuses pour être observées correctement, précise le chef de la deuxième équipe d’observation, Quanzhi Ye, de l’Université du Maryland.

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En outre, un tel éclatement se produit très rapidement et de façon imprévisible ; de ce fait, les observations sont rares et les astronomes disposent de peu d’indices pour expliquer l’origine des fragmentations. Jusqu’à présent, les scientifiques suggèrent que l’éclatement est dû à la sublimation (le passage de l’état solide à l’état gazeux) non homogène de la glace du noyau : les jets de gaz générés ne sont pas répartis uniformément au sein du noyau de la comète, ce qui favoriserait sa rupture. « Une analyse plus approfondie des données de Hubble pourrait permettre de confirmer si cette théorie est juste ou non », a déclaré Jewitt.

Une fragmentation plus courante que prévu

La comète se situe actuellement à l’intérieur de l’orbite de Mars, à une distance d’environ 145 millions de kilomètres de la Terre lors des derniers clichés de Hubble. Elle se trouvera au plus proche de la Terre le 23 mai, à une distance d’environ 115 millions de kilomètres. Huit jours plus tard, elle contournera le Soleil, comme le prévoit son orbite, schématisée dans l’animation suivante [Crédits : ESA/spaceengine.org/L. Calçada] :

Le télescope a résolu environ 30 fragments de la comète le 20 avril et 25 fragments le 23 avril. Cet éclatement en de multiples morceaux balaye bien entendu tout espoir d’observer ATLAS à l’œil nu. Le télescope a notamment distingué des morceaux aussi petits qu’une maison (avant l’éclatement, le noyau entier mesurait à peine la longueur de deux terrains de football).

Ces images nettes fournies par Hubble peuvent en tout cas apporter de nouveaux indices essentiels aux scientifiques pour comprendre le phénomène de fragmentation. Celui-ci pourrait finalement être plus courant qu’ils ne le pensaient et être la principale cause de la « mort » des noyaux de comètes.

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À noter qu’une autre comète vient également de se fragmenter à l’approche du Soleil : il s’agit de la comète 2I/Borisov, provenant de l’espace interstellaire. Peut-être que C/2020 F8 (SWAN), une comète repérée le 25 mars dernier par l’Observatoire solaire et héliosphérique (SoHO), aura plus de chance ? L’objet abordera la Terre le 13 mai prochain, à environ 85 millions de kilomètres de distance et atteindra son périhélie le 27 mai. SWAN est actuellement visible depuis l’hémisphère sud, mais si elle continue à gagner en luminosité, elle pourrait être visible à l’œil nu dès la mi-mai depuis notre hémisphère. Reste à savoir si elle se fera plus résistante que ses homologues à l’approche du Soleil…

Source : ESA/Hubble Information Centre

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