Impact du deepfake sur nos souvenirs : une étude révèle à quel point nous sommes manipulables

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Dans un monde où les technologies d’IA, dont celles spécialisées en deepfakes, deviennent de plus en plus sophistiquées, une question se pose : comment ces avancées affectent-elles notre perception du réel et notre mémoire ? Une récente étude menée par des chercheurs irlandais plonge dans cette problématique et révèle des résultats surprenants.

L’intelligence artificielle a offert au monde une multitude d’outils révolutionnaires, mais aussi une nouvelle forme de falsification : le « deepfake ». Cette technique permet de modifier les images et les vidéos pour créer un contenu réaliste, mais falsifié. Bien que fascinant, le deepfake suscite des préoccupations sérieuses en matière de désinformation et de manipulation cognitive. Dans le but de mieux comprendre ses implications, un groupe de chercheurs s’est plongé dans l’exploration de l’impact des deepfakes sur la mémoire.

Publiée dans la revue PLOS One, l’étude a été menée par une équipe de spécialistes en IA, dont Gillian Murphy de l’University College Cork en Irlande et des chercheurs du Science Foundation Ireland Research Centre for Software. L’objectif principal était de déterminer comment les deepfakes peuvent influencer la formation des souvenirs chez les individus qui y sont exposés.

La mise en œuvre de l’expérience

Pour cette étude, 436 volontaires ont été conviés à participer à une expérience. Cette dernière impliquait notamment la visualisation de diverses vidéos deepfake reprenant des films cultes avec des acteurs radicalement modifiés. On pouvait y voir par exemple Will Smith endosser le rôle de Neo dans « The Matrix », originellement tenu par Keanu Reeves, ou encore Brad Pitt et Angelina Jolie prenant place dans le film d’horreur « The Shining ». Les chercheurs ont également inclus des deepfakes d’Indiana Jones et de Captain Marvel.

Pour garantir une comparaison pertinente, ils ont également présenté aux participants des extraits de véritables remakes tels que « Charlie et la chocolaterie », « Total Recall », « Carrie » et « Tomb Raider ». Dans cette vidéo publiée par Gillian Murphy, un clip où dans « Les aventuriers de l’arche perdue », Chris Pratt prend le rôle de Harrison Ford :

 

Les résultats de l’expérience ont révélé un impact significatif sur la mémoire des spectateurs. En effet, environ 49% des participants se sont laissés convaincre par la réalité de tous les remakes, formant de faux souvenirs de ces films. 18,75% ont affirmé préférer ces versions deepfake aux originales.

Remake
Avis des participants après avoir visionné les remakes. © Gillian Murphy Didier Ching John Twomey Conor Linehan

Certains des participants, après avoir appris que certains des remakes étaient des deepfakes, ont exprimé leur malaise face à l’emploi de cette technologie pour modifier des films. Ils ont évoqué notamment un manque de respect pour l’intégrité artistique des œuvres et une perturbation des expériences sociales partagées autour du cinéma.

Le pouvoir du texte

En parallèle de la visualisation de vidéos deepfake, certains participants ont été exposés à des descriptions écrites des remakes. Les résultats ont révélé que les descriptions textuelles étaient tout aussi efficaces que les vidéos deepfake pour induire de faux souvenirs. Autrement dit, le taux de formation de faux souvenirs était similaire, qu’il s’agisse de lire des descriptions ou de visionner des deepfakes.

À partir de ces résultats, les chercheurs ont formulé une conclusion importante : si les deepfakes peuvent effectivement altérer les souvenirs, ils ne constituent pas une menace plus significative pour la mémoire que les autres formes de désinformation existantes. D’après eux, des techniques aussi sophistiquées que le deepfake ne sont pas nécessaires pour manipuler efficacement la mémoire.

Le fait que notre mémoire soit malléable et susceptible d’être manipulée par des éléments aussi basiques qu’une description textuelle rappelle l’importance d’une consommation responsable de l’information. Alors que nous continuons à naviguer dans une ère de plus en plus numérique, ces résultats soulignent l’importance de cultiver un esprit critique face à l’information, qu’elle soit présentée sous forme de texte, d’image ou de vidéo.

Source : Plos One

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