Un médicament courant contre la chute de cheveux serait plus efficace par voie orale, devenant ainsi bon marché

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Mis sur le marché dans les années 1980, le minoxidil est un médicament vasodilatateur utilisé par voie orale dans le traitement de l’hypertension artérielle. L’un de ses effets secondaires est une augmentation de la pilosité, c’est pourquoi il a rapidement été utilisé comme ingrédient actif de lotions capillaires visant à lutter contre la chute des cheveux (alopécie). Plusieurs dermatologues affirment aujourd’hui que ce composé, pris à faible dose par voie orale, serait beaucoup plus efficace que les lotions pour traiter l’alopécie.

Les propriétés thérapeutiques du minoxidil ont été découvertes un peu par hasard. C’est à la fin des années 1950 que The Upjohn Company, une société pharmaceutique américaine, a découvert l’effet vasodilatateur de ce médicament, alors qu’elle travaillait sur le développement d’un traitement contre les ulcères. Puis, c’est au cours des essais cliniques sur l’Homme, au début des années 1970, que les chercheurs constatent que ce médicament entraîne également un développement pileux sur l’ensemble du corps, y compris au niveau du crâne. Un dermatologue externe à la société, le Dr Guinter Kahn, est sollicité pour faire des recherches sur ces propriétés particulières.

Une fois l’effet du minoxidil sur les cheveux confirmé, s’ensuit une longue bataille juridique autour du brevet de cette nouvelle lotion capillaire. Le médicament est entre-temps mis sur le marché en tant que traitement contre l’hypertension. C’est finalement en 1988 que la lotion capillaire, baptisée Rogaine aux États-Unis (Regaine ou Alostil en France), obtient une autorisation de mise sur le marché. Plusieurs génériques ont été développés depuis. Ces produits contiennent 2 à 5% de minoxidil et sont préconisés dans le traitement des chutes de cheveux d’origine hormonale chez l’homme ou chez la femme.

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Un traitement bien plus pratique à suivre

Les lotions capillaires à base de minoxidil stimulent la croissance des kératinocytes et la pousse des cheveux. Elles affichent toutefois des résultats mitigés d’une personne à l’autre. Les premiers résultats ne sont observables qu’au bout de quatre mois environ (voire plus), ce qui ne facilite pas l’observance du traitement — le protocole d’utilisation doit être suivi de façon exemplaire pendant toute cette période.

De plus, l’utilisation de ces lotions n’est pas particulièrement agréable du fait de leur odeur nauséabonde et de leur texture collante. Le traitement peut par ailleurs entraîner plusieurs effets indésirables : irritation cutanée, rougeurs, démangeaisons, sensation de brûlure, pousse excessive des poils en dehors de la région traitée, etc.

Un dermatologue australien, le Dr Rodney Sinclair, affirme avoir trouvé le moyen de bénéficier des avantages du minoxidil, mais sans les contraintes liées à son usage. Alors qu’une de ses patientes souffrait d’une éruption cutanée liée à l’utilisation de la lotion Rogaine (qui s’avérait efficace), il a découvert que des doses très faibles de minoxidil prises par voie orale — à raison de 0,45 mg par jour — permettaient de lutter efficacement contre la perte de cheveux, mais sans les effets secondaires associés à son application topique. Son approche a été brevetée sous le nom de The Hairy Pill®.

Cette patiente, puis d’autres, prennent ainsi du minoxidil à très faible dose depuis un moment, même si certains utilisateurs sont quelque peu sceptiques face à cet usage « hors cadre ». « La plupart des choses que nous [les dermatologues] faisons sont hors étiquette parce qu’il n’y a rien sur l’étiquette », commente le dermatologue Robert Swerlick, de la faculté de médecine de l’Université Emory, dans un article du New York Times.

Dans le Journal of The European Academy of Dermatology and Venereology de décembre 2020, le Dr Sinclair rapporte les résultats obtenus avec 64 patients, 33 hommes et 31 femmes, traités pendant au moins six mois avec du minoxidil sublingual (entre juillet 2017 et mai 2019). La dose initiale était de 0,45 mg par jour ; elle a été augmentée à 0,9 mg par jour pour 19 patients au bout de trois mois. Une réduction de 33% de la perte des cheveux a été observée pour l’ensemble des patients dès trois mois.

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Les mêmes résultats, sans effets indésirables graves

« L’effet indésirable le plus fréquent était une légère hypertrichose, enregistrée chez 12,5% des patients (huit femmes). De légers vertiges posturaux légers ont été observés chez 7,8% des patients (trois hommes, deux femmes) et un léger œdème périphérique chez 3,1% (deux femmes) », rapportent Sinclair et ses co-auteurs.

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Administré à faible dose, le minoxidil n’a pas provoqué non plus les effets indésirables liés à son usage à dose normale (soit 5 à 40 mg par jour) dans le cas du traitement de l’hypertension (pour lequel il est commercialisé en France sous le nom de Lonoten). Dans ce cas d’usage, le minoxidil peut entraîner une accélération du rythme cardiaque, des œdèmes et une prise de poids par rétention d’eau, ainsi que diverses anomalies sanguines (baisse du taux de globules rouges, augmentation de la créatinine, etc.). Ces effets sont généralement réduits par l’administration simultanée de diurétiques et de bêtabloquants.

Si un nombre croissant de dermatologues attestent de son efficacité, ce traitement a tout de même des limites : certains médecins ont constaté que cela ne fonctionnait pas du tout pour certains patients (pour des raisons inconnues) et qu’il n’avait non plus aucun effet sur les calvities très avancées (crâne complètement dépourvu de cheveux). Seuls des essais cliniques contrôlés par placebo permettraient de confirmer l’efficacité du traitement et de déterminer les facteurs qui limitent son action.

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Ceux-ci n’auront malheureusement sans doute jamais lieu. Car si cette approche officieuse s’avère efficace, il y a peu de chance qu’elle devienne officielle : « Le minoxidil oral coûte quelques centimes par jour. Il n’y a aucune raison de dépenser des dizaines de millions de dollars pour le tester dans un essai clinique. Cette étude ne sera vraiment jamais, jamais réalisée », a déclaré le dermatologue Brett King au New York Times.

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