Les « microsiestes » boosteraient la créativité et la perspicacité

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S’endormir quelques secondes puis se réveiller permettrait de stimuler sa créativité et sa perspicacité. Un test a été effectué sur 103 sujets : ils devaient résoudre un problème mathématique. Si 16 d’entre eux ont trouvé le raccourci permettant de trouver la solution, il s’est avéré qu’une partie de ceux qui ne la trouvaient pas avant une brève phase de sommeil a fini par y arriver.

L’innovation est au coeur du progrès. La créativité, au coeur de l’innovation. Or, la façon dont elle surgit dans le cerveau humain reste mystérieuse. Pourtant, l’inventeur américain Thomas Edison tenait déjà une piste au début du 21e siècle : il s’était rendu compte que s’il s’endormait en tenant deux billes d’acier, elles tombaient juste avant qu’il ne sombre dans un sommeil plus profond. Sa créativité lui semblait alors exacerbée.

Delphine Oudiette et son équipe ont réalisé une étude, publiée dans la revue Science ce 8 décembre 2021, qui corrobore « dans une certaine mesure » ce qu’Edison (et d’autres inventeurs ou artistes) avait expérimenté à plusieurs reprises.

Les scientifiques ont utilisé une méthode simple pour tester l’hypothèse initiale : comparer les capacités d’un groupe de sujets volontaires avant et après une microsieste. Ils devaient résoudre un problème après avoir somnolé tandis qu’un autre groupe lui, était resté éveillé. « Notre hypothèse était que les personnes ayant somnolé seraient plus nombreuses à avoir un Eurêka ! (un moment de perspicacité) que les autres », précise Delphine Oudiette.

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Pour mesurer la venue de cette « illumination créative », les scientifiques ont utilisé le Number Reduction Task (NRT). Une tâche dans laquelle les participants doivent résoudre le plus rapidement possible plusieurs centaines de problèmes (ici arithmétiques) en utilisant des règles définies (ici deux). Si la solution était simple, elle était cependant fastidieuse. Aussi, il existait une règle cachée, plus difficile à cerner que la simple solution « standard » au problème.

« La phase d’endormissement est fugace »

Dans l’étude mise au point en décembre, 103 participants se sont prêtés au jeu. Durant toute la durée de l’expérience, les volontaires ont été équipés de capteurs, positionnés sur leur tête, leur menton et autour de leurs yeux afin de mesures les activités cérébrales, musculaires et oculaires. 16 ont été exclus avant la phase de sommeil puisqu’ils avaient trouvé la règle cachée avant. Les 87 toujours en lice ont alors été invités à s’installer confortablement dans un fauteuil, dans le noir complet. Des conditions qui favorisent l’endormissement. 

« Cependant, nous ne voulions pas simplement que les personnes s’endorment, nous voulions qu’elles restent dans cette phase de transition entre l’éveil et le sommeil pour pouvoir spécifiquement identifier le rôle de cette période sur la créativité. Or, la phase d’endormissement est fugace et la bascule vers le sommeil plus consolidé est imprévisible, ce qui fait qu’il est quasiment impossible d’anticiper à quel moment réveiller les participants », indiquent les chercheurs.

83% des participants somnolents ont réussi à trouver la règle cachée

Pour pallier cette difficulté, les chercheurs se sont alors tournés vers Thomas Edison et un autre créateur de génie, Salvador Dali. Lors de cette pause, les participants tenaient (comme le faisaient Edison et Dali) un objet (ici une bouteille en plastique). Sa chute devait provoquer leur réveil. 

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Tracé de sommeil d’un participant ayant somnolé (N1) ; il se réveille après avoir lâché la bouteille. L’activité cérébrale est indiquée en noir, les mouvements oculaires en bleu et le tonus musculaire en vert.

Les résultats semblent édifiants : 83% des participants qui ont somnolé ont réussi à trouver la règle cachée, contre 31% de ceux qui étaient restés éveillés. Néanmoins, les participants passés dans un sommeil plus profond ont perdu ce gain de créativité.

Narcolepsie : particulièrement sujette à l’hypnagogie

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Avec cette étude, les scientifiques ont identifié des sujets particulièrement propices à ce boost de créativité : les personnes souffrant de narcolepsie. « Elles ont un potentiel créatif accru puisqu’une transition vers le sommeil est fréquente en journée », notent les experts. Une autre étude a d’ailleurs identifié que les hallucinations hypnagogiques agissent comme des modulateurs de la créative dans la narcolepsie.

Néanmoins, la « théorie » d’Edison et Dali est tout à fait applicable dans les gestes du quotidien. Pour essayer cette méthode chez vous, il suffit de vous munir d’un objet suffisamment lourd, glissant et bruyant et de vous installer pour une petite sieste. N’attendez toutefois pas de moment Eurêka dès le réveil, car il survient généralement un peu plus tard. En effet, dans l’étude menée par l’équipe de Delphine Oudiette, les participants ont eu cette illumination créative après avoir, en moyenne, résolu 94 nouveaux mini-problèmes après le réveil. « Les mécanismes par lesquels l’endormissement a permis de provoquer un eurêka dans le contexte de notre expérience restent donc mystérieux », écrivent les chercheurs.

Pour le professeur Adam Haar Horowitz du Massachusetts Institute of Technology, « l’hypnagogie est vraiment un nouveau type de conscience que les gens n’ont pas encore exploré ». Un sentiment que partage l’équipe de Delphine Oudiette qui se questionne également : « Les expériences hypnagogiques peuvent-elles tenir un rôle dans l’inspiration ? ». Cette partie crépusculaire du cerveau reste donc à explorer.

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Source : Science Advances

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