Les virus ne sont pas les seuls à représenter une menace pour la population. Si des scénarios dignes de Deep Impact ou Armageddon restent aujourd’hui du domaine de la fiction, une collision avec un astéroïde est bel et bien possible et potentiellement dangereuse pour l’humanité. C’est pourquoi les astrophysiciens sont à pied d’œuvre pour mettre en place des solutions de sauvetage au cas où nous serions un jour confrontés à ce phénomène. Parmi les projets en cours : la mission DART, dont l’objectif est d’étudier l’efficacité d’un impact cinétique sur la trajectoire d’un astéroïde.

Oui, un astéroïde pourrait potentiellement menacer notre planète un jour ou l’autre. Quatre astéroïdes géocroiseurs ont d’ailleurs frôlé notre planète il y a six mois. S’ils ne sont finalement pas passés assez près de la Terre, trois d’entre eux n’ont été découverts que quelques heures avant leur approche ! Autant dire que le scénario aurait pu être dramatique…

decouverte asteroides stats

Nombre cumulé d’astéroïdes géocroiseurs découverts au fil des années. Au 25 mars 2020, le Centre d’études des objets géocroiseurs de la NASA recense plus de 22’000 de ces objets ; environ 900 d’entre eux mesurent au moins un kilomètre de diamètre. Crédits : NASA/CNEOS

Un test grandeur nature

L’objectif de la mission DART, pour Double Asteroid Redirection Test, est simple : entrer volontairement en collision avec un astéroïde afin de le dévier de sa trajectoire. Son lancement est prévu pour le 22 juillet 2021. L’engin sera guidé vers le système binaire d’astéroïdes nommé Didymos. Ce dernier ne représente aucune menace réelle pour la Terre, mais s’avère être un bon candidat pour tester le scénario de sauvetage.

Le système Didymos (plus exactement 65803 Didymos) se compose de deux astéroïdes : Didymos A, d’un diamètre de 780 mètres et Didymos B, d’un diamètre de 160 mètres, en orbite autour de son imposant compagnon. L’impact est prévu pour le 30 septembre 2022, date à laquelle la distance nous séparant de cet objet céleste sera minimale (il se situera alors à environ 11 millions de kilomètres de la Terre), ce qui favorisera les observations télescopiques.

L’impact vise plus précisément Didymos B, qui devrait voir sa vitesse orbitale augmenter d’environ un demi-millimètre par seconde. L’étude des variations de lumière émise par le système binaire avant et après l’impact permettra aux astrophysiciens d’évaluer l’efficacité de l’opération. La collision devrait former un cratère en surface d’une vingtaine de mètres de large.

Cliquez ici pour supprimer les publicités.
schéma mission dart

Illustration de la façon dont l’impact de DART modifiera l’orbite de Didymos B autour de Didymos A. Les télescopes terrestres pourront mesurer les modifications de l’orbite pour évaluer l’efficacité de l’impact. Crédits : NASA/Johns Hopkins APL

Un moteur d’une puissance inégalée

C’est une fusée Falcon 9 de la société SpaceX qui réalisera le lancement de la sonde spatiale. Pour parvenir à son objectif, l’engin sera en outre équipé d’un puissant moteur ionique, baptisé Nasa Evolutionary Xenon Thruster ou NEXT. Il s’agit d’un moteur ionique à grilles polarisées : sa force de propulsion est obtenue en accélérant des ions à très haute vitesse. Pas de carburant traditionnel dans ce type de moteur, mais un gaz neutre, du xénon, qui est ionisé. Une fois libérés, les ions sont guidés vers deux grilles chargées électriquement : les ions xénon se chargent positivement en traversant la première grille, ce qui va les attirer vers la seconde grille, qui elle, est chargée négativement. Les ions sont de ce fait propulsés hors du moteur, ce qui engendre la force de propulsion.

Le moteur se compose d’un propulseur et d’une unité de traitement (PPU). Il a déjà battu tous les records en affichant une poussée maximale de 236 millinewtons (contre 92 mN pour le moteur ionique de la génération précédente) et une impulsion spécifique maximale de 4100 secondes. L’engin a déjà été soumis à plusieurs tests, afin de vérifier sa résistance aux importantes vibrations qui se produiront au lancement et au froid extrême de l’espace.

test moteur NEXT mission DART

Test du moteur NEXT dans une chambre à vide. Crédits : NASA Glenn Research Center/Aerojet Rocketdyne/NEXT–C

DART embarque également le projet LICIA (Light Italian CubeSat for Imaging of Asteroids), conçu par l’Agence spatiale italienne. L’appareillage devrait se séparer de DART environ cinq jours avant l’impact afin de capturer les images de l’événement et ses effets.

Sur le même sujet : Le bolide qui a survolé le Japon en 2017 était en réalité un fragment d’un astéroïde géant, qui pourrait bien menacer la Terre un jour

La mission ne s’arrête pas là. DART s’inscrit dans un projet beaucoup plus large et international, le projet AIDA (Asteroid Impact & Deflection Assessment), qui comme son nom l’indique, est dédié à l’évaluation de l’impact et de la déflexion des astéroïdes.

C’est également le cas de la mission Hera, menée par l’Agence spatiale européenne. Hera devrait être lancée en direction de Didymos en 2024. Une fois le système binaire atteint, en 2026, la mission sera chargée d’analyser plus précisément les propriétés physiques et la composition des deux astéroïdes, notamment au niveau du cratère formé par l’impact.

Sources : NASA, DART

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.