Des scientifiques de la Washington State University ont découvert des gènes ainsi que d’autres variations génétiques qui semblent être impliqués dans la régression des tumeurs cancéreuses, chez les diables de Tasmanie.

L’étude constitue un premier pas important vers la compréhension de la cause de la maladie tumorale faciale du Diable de Tasmanie (Devil Facial Tumour Disease, ou DFTD), et pourrait avoir des conséquences sur le traitement du cancer chez l’Homme ainsi que d’autres mammifères. Cette maladie émergente (non virale) a été découverte en 1996.

« Certains des gènes que nous suspectons avoir un rôle dans la régression des tumeurs chez les diables de Tasmanie, sont également présents chez les humains », a déclaré Mark Margres, ancien chercheur postdoctoral de la WSU, aujourd’hui à l’Université Clemson. « Bien que nous soyons encore à un stade très précoce, ces recherches pourraient éventuellement contribuer au développement de médicaments induisant une réponse de régression tumorale chez les diables, les humains et d’autres mammifères n’ayant pas cette variation génétique nécessaire », a ajouté Margres.

Les diables de Tasmanie sont menacés d’extinction par la propagation rapide de la maladie DFTD, l’une des quatre formes connues de cancer transmissible, qui est de loin la plus meurtrière. Depuis qu’elle a été documentée pour la première fois en 1996, la maladie a éradiqué environ 80% de ces animaux en Tasmanie, le seul endroit au monde où ils vivent.

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Margres fait partie d’une équipe internationale de chercheurs étudiant la maladie DFTD, dirigée par Andrew Storfer, généticien de l’évolution et professeur de biologie à la WSU. Au cours de la dernière décennie, l’équipe de Storfer a étudié comment certaines populations de diables de Tasmanie développent une résistance génétique à la maladie tumorale faciale, ce qui pourrait aider l’espèce à éviter son extinction.

Il y a un an, les collaborateurs australiens de Storfer, Manuel Ruiz, Rodrigo Hamede et Menna Jones, ont remarqué quelque chose de très inhabituel lors du piégeage et du marquage des diables, dans une région isolée de la Tasmanie. En effet, un très petit nombre de diables qui ont développé des tumeurs faciales, n’en sont pas morts. Au lieu de cela, sur une période de plusieurs mois, les tumeurs ont disparues, sans intervention externe. « C’était très inhabituel et nous voulions trouver des preuves de la variation génomique qui provoquait spontanément l’amélioration de ces animaux », a déclaré Storfer.

Les chercheurs ont alors séquencé les génomes de sept des diables de Tasmanie ayant bénéficié d’une régression tumorale, ainsi que de trois individus supplémentaires. Ils ont découvert que les diables qui avaient perdu leur tumeur possédaient trois régions génomiques hautement différenciées, et contenant plusieurs gènes connus pour être liés à la réponse immunitaire et au risque de cancer chez l’Homme et d’autres mammifères.

« Nous avons identifié certains gènes candidats que nous pensons être importants dans la réponse de régression tumorale, et nous pouvons maintenant commencer à les tester fonctionnellement pour déterminer s’il est possible d’obtenir la même réponse de régression tumorale. Bien qu’il soit difficile d’affirmer quoi que ce soit avec un échantillon aussi petit, je pense que cette recherche est un premier pas vers la caractérisation de la base génétique du trait de régression tumorale », a déclaré Margres.

À présent, les chercheurs souhaitent analyser le génome de la tumeur afin de déterminer s’il existe des mécanismes ou des mutations spécifiques qui peuvent mener au rétrécissement de la tumeur. Car, en effet, la régression tumorale n’est pas un phénomène exclusif aux diables de Tasmanie. Bien que cela reste extrêmement rare, il a été documenté dans le cas de cancers humains également.

L’un de ces cancers est le carcinome à cellules de Merkel, un type rare mais très agressif de cancer de la peau qui apparaît souvent sur le visage, la tête ou le cou. Des médecins ont observé une régression spontanée de cette tumeur chez un patient pour la toute première fois en 1986, et cela s’est produit au moins 22 fois depuis. Cependant, les chercheurs restent incertains sur la cause de la disparition spontanée des tumeurs.

De ce fait, Storfer et Margres espèrent que le développement d’une meilleure compréhension de la base génétique de la régression tumorale chez les diables de Tasmanie, pourra éventuellement permettre l’identification de mécanismes généraux sous-tendant la régression tumorale du carcinome à cellules de Merkel, ainsi que de nombreux autres cancers humains.

Source : Genome Biology and Evolution

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