Le mythe de la chasse réservée aux hommes réfuté une fois de plus

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| Université de Californie-Davis
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L’idée selon laquelle seuls les hommes chassaient au cours du Paléolithique est erronée, suggèrent deux nouvelles études. Des preuves archéologiques indiqueraient notamment une répartition égalitaire des tâches entre les genres. D’autre part, les arguments physiologiques et anthropologiques suggèrent que bien que les femmes diffèrent anatomiquement des hommes, elles seraient adaptées aux situations requérant de l’endurance, telles que la traque de gros gibiers.

L’hypothèse selon laquelle les hommes préhistoriques chassaient et les femmes cueillaient a été établie au cours des années 1960. Sa notoriété a atteint son apogée avec le célèbre recueil scientifique des anthropologues Richard B. Lee et Irven DeVore, intitulé « Man the Hunter », présenté lors d’un symposium sur les sociétés contemporaines de chasseurs-cueilleurs en 1966. Sur la base d’enquêtes ethnographiques, archéologiques et paléoanthropologiques, les auteurs ont suggéré que l’homme en tant que chasseur aurait été le principal moteur de l’évolution humaine.

En effet, il est suggéré que la consommation de viande aurait contribué à l’augmentation de la taille du cerveau de notre lignée, par rapport à nos cousins primates. En outre, l’homme en tant que chasseur aurait apporté d’autres éléments nécessaires à notre évolution en tant que civilisation, tels que la diversité génétique, l’inventivité, les systèmes de communication vocale et la coordination sociale. Dans cette vision, les femmes n’auraient été que des bénéficiaires passives de l’approvisionnement en viande et du progrès de l’évolution.

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Cette vision inégalitaire a influencé l’archéologie ainsi que d’autres disciplines scientifiques connexes sur plusieurs générations. Lorsque des recherches suggérant le contraire sont évoquées, elles ont souvent tendance à susciter le scepticisme. Des chercheuses ont même publié des articles sur le sujet entre les années 1970 et 1990, mais leurs travaux auraient été vivement critiqués. « Nous voulions à la fois reprendre les arguments qu’ils avaient déjà avancés et y ajouter toutes les nouveautés », explique dans un communiqué l’auteure principale des deux nouvelles études, Sarah Lacy, de l’Université du Delaware.

Certains experts iraient même jusqu’à ignorer des preuves relevées au cours de leurs propres recherches, mais contredisant celles de « Man the Hunter ». Bien qu’il ait documenté l’existence de femmes Aïnous chassant à l’aide de leurs chiens, le célèbre anthropologue Hitoshi Watanabe a par exemple tout de même réfuté la possibilité d’une égalité avec les hommes de cette communauté.

Cependant, toujours plus de preuves convergent vers une contribution égalitaire à la chasse. « Ce que nous considérons aujourd’hui comme des rôles de genre de facto ne sont pas inhérents et ne caractérisent pas nos ancêtres. Nous avons été une espèce très égalitaire pendant des millions d’années à bien des égards », suggère Lacy. Selon elle, la vision de l’homme chasseur aurait dominé les interprétations scientifiques avant la publication des travaux sur la génétique et la physiologie humaine au Paléolithique (il y a entre 3 millions et 12 000 ans).

Dans leurs nouvelles études, publiées dans la revue American Anthropologist, Lacy et sa collègue de l’Université Notre-Dame (Indiana, États-Unis) suggèrent qu’il y a des évidences archéologiques et physiologiques selon lesquelles les femmes chassaient autant que les hommes au cours de cette période de l’histoire.

Des évidences archéologiques

Les deux chercheuses ont réanalysé les preuves archéologiques initialement utilisées pour soutenir la vision de l’homme chasseur, telles que la fabrication d’outils, le taillage du silex et le lancer de lance. Selon elles, il n’y aurait aucune preuve indiquant que ces outils et activités ont été spécifiquement réalisés par les hommes. De plus, ces armes étaient présentes autant dans les sépultures de femmes que d’hommes. Alors que les restes humains exhumés aux côtés d’armes étaient auparavant systématiquement attribués à des hommes, des analyses plus approfondies ont révélé que certains de ces squelettes étaient féminins. D’autre part, les restes féminins portaient les mêmes marqueurs traumatiques que ceux attribués aux hommes chasseurs.

« Les gens ont trouvé des objets dans le passé et les ont automatiquement attribués au sexe masculin et n’ont pas reconnu le fait que toutes les personnes que nous avons trouvées dans le passé portaient ces marqueurs, que ce soit dans leurs os ou dans les outils en pierre placés dans leurs sépultures », explique Lacy. « D’après les preuves dont nous disposons, il ne semble y avoir pratiquement aucune différence entre les sexes dans les rôles », ajoute-t-elle.

Il serait d’ailleurs logique de considérer qu’étant donné que les communautés du Paléolithique étaient généralement restreintes, tout le monde devaient contribuer à ramener de la nourriture, que ce soit en chassant ou en cueillant. Chaque membre de la communauté doit être polyvalent afin de pouvoir participer à toutes les tâches, surtout pour celles où le gibier constitue la principale source de nourriture. Une précédente étude a également révélé que cette tradition de répartition égalitaire des tâches persiste dans près de 79% des communautés de chasseurs-cueilleurs actuelles, telles que celle des Agtas aux Philippines.

L’œstrogène : l’hormone de l’endurance

Le duo de chercheuses a également examiné la question de savoir si les différences anatomiques et physiologiques entre les hommes et les femmes pouvaient empêcher ces dernières de chasser. Elles ont constaté que contrairement à ce que l’on pensait, l’œstrogène — l’hormone sexuelle dominante chez les femmes — peut conférer des avantages insoupçonnés. En augmentant le métabolisme des graisses, elle fournirait une énergie plus durable aux muscles et pourrait contribuer à atténuer leur usure. On pourrait ainsi déduire que cette hormone confère de l’endurance aux femmes.

Selon les expertes, alors que les hommes surpassent les femmes dans les activités exigeant de la vitesse et de la puissance (comme le sprint et le lancer), ces dernières seraient plus endurantes dans les activités comme la course à pied par exemple. Les deux types d’activités sont essentiels à la chasse. Pour le gros gibiers, les hommes pourraient par exemple attaquer et blesser grièvement l’animal et laisser aux femmes le rôle de les traquer sur de longues distances afin de l’achever. Une image qui d’ailleurs évoque le déroulement de la chasse chez les lions, la femelle étant plus adaptée à poursuivre les proies et à les achever en raison de sa plus grande endurance.

Source : American Anthropologist (1 & 2)

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