Des particules géantes de poussière se répandent à travers le monde et les forces physiques responsables de ce phénomènes restent incomprises par les scientifiques. Quoi qu’il en soit, cette influence mystérieuse est si forte qu’elle peut transporter des particules 50 fois plus grosses que ce que l’on pensait auparavant, en emportant des énormes morceaux de poussière de l’aride désert du Sahara jusqu’à la région tropicale des Caraïbes.

Il s’agit là d’un exploit qui semble défier les lois de la physique, ce qui est rarement un bon signe. En effet, cela signifie que nous avons omis un élément quelque part, un élément que nous ne connaissons pas encore et que, dans notre ignorance, nous avons peut-être oublié un facteur important du changement climatique.

Depuis près de 30 ans, les scientifiques savent que de petites particules de poussière, soulevées au Sahara, sont souvent transportées par le biais des vents globaux pour se rendre dans les Caraïbes.

À l’origine, les chercheurs pensaient que ce nuage de poussière du désert contenait des particules dont le diamètre n’excédait pas 0.01 à 0.02 millimètre. Mais récemment, lorsqu’ils ont commencé à collecter des échantillons de poussière provenant de bouées flottantes et de pièges sous-marins dans l’océan Atlantique, la taille des particules a totalement dépassé leurs attentes.

En effet, l’Institut néerlandais royal de recherche sur la mer (NIOZ – The Royal Netherlands Institute for Sea Research) a découvert entre 2013 et 2016 des particules de poussière mesurant 0.45 millimètre de diamètre, soit près de 50 fois plus que ce que l’on croyait autrefois capable d’être transporté par le vent.

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« Ces particules de poussière sont extraites du désert du Sahara et transportées d’un continent à l’autre. La plupart des gens les connaissent mieux quand elles s’installent sur nos voitures ou provoquent le genre de cieux étranges que nous avons vus il y a un an », explique le co-auteur de l’étude, Giles Harrison, un chercheur en électricité atmosphérique à l’Université de Reading.

« Cependant, selon nos connaissances actuelles, de si grosses particules ne peuvent pas voyager dans l’atmosphère sur de si grandes distances, ce qui suggère qu’il existe un processus atmosphérique ou une combinaison de processus encore inconnus, qui les maintiennent en suspension dans l’air », ajoute-t-il.

La mauvaise nouvelle ici est que, en sous-estimant tout ce que le vent peut emporter, nous avons sérieusement abandonné nos modèles climatiques. Après tout, si de grandes particules, comme le quartz, peuvent être transportées sur de si grandes distances, ces matériaux pourraient influer à la fois sur la formation des nuages et sur le système climatique mondial. « Cette preuve de la présence de poussières et de cendres transportées si loin est très importante, car ces particules influent sur le transfert des radiations autour de la Terre et sur les cycles du carbone dans les océans », a déclaré Harrison.

La poussière peut sembler être une gêne sans conséquence, mais si elle est suffisamment absorbée par notre atmosphère, elle peut faire basculer un équilibre délicat, modifiant le cours de la lumière solaire et de la chaleur émises par la Terre. En effet, en se dispersant et en absorbant le rayonnement solaire entrant, ces grosses particules ont le pouvoir de modifier les nuages, influençant à la fois le climat et la météo de la planète. En étant dans le ciel, toute cette poussière peut même avoir un impact indirect sur le développement des cyclones tropicaux.

La temps durant lequel que toute cette poussière épaisse peut rester dans le ciel est absolument stupéfiant. De plus, les recherches suggèrent également que la pluie, et non seulement la gravité terrestre, est aussi responsable de nombreuses retombées de particules : pénétrées par une telle charge, les gouttelettes d’eau acides sont ainsi acheminées vers les parties les plus profondes de l’océan, ce qui a un impact supplémentaire sur les chaînes alimentaires et sur le cycle du carbone de l’océan.

Malgré leurs effets de grande portée, la plupart des modèles climatiques à ce jour ont ignoré ces grosses particules de poussière. Les lois physiques sur lesquelles reposent ces calculs ne permettent tout simplement pas aux particules de plus de 10 µm de voyager aussi loin, même à des vitesses de vent élevées. Il y a donc clairement une “force” supplémentaire qui permet de garder ces particules de poussière en l’air et de les faire voyager sur de telles distances. À l’heure actuelle, nous ne savons tout simplement pas de quoi il s’agit.

Et tandis que les chercheurs ont étudié quelques possibilités d’explications (notamment le mélange vertical, les forces électriques et la turbulence), la réponse reste insaisissable pour le moment.

« Le fait que de plus grosses particules de poussière flottent longtemps dans l’atmosphère est totalement contradictoire avec les lois physiques de la gravité. Nous montrons que, grâce à une combinaison de forces et de mouvements dans l’atmosphère, les grosses particules de poussière peuvent en effet rester plus longtemps dans l’atmosphère et l’influencer », explique l’auteur principal de la recherche, Michele van der Does, de NIOZ.

Les chercheurs demandent à présent à ce que les futurs modèles climatiques intègrent les effets de ces particules de poussière, beaucoup plus grosses que jamais observé auparavant, transportées par des vents sur de très grandes distances.

Sources : Science Advances, University of Reading

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