L’une des conditions mises en place pendant la phase de déconfinement est le port du masque, notamment à bord des transports en commun, dans les commerces et autres lieux publics. Néanmoins, après quelques semaines, on peut remarquer que la motivation tend à s’étioler, les masques sont moins systématiques… Pourtant, une étude scientifique vient de confirmer que le port généralisé du masque maintient le R0 en dessous de 1, ce qui empêche l’apparition de nouvelles vagues de contamination.

Rappelons que le R0 (R « zéro »), désigne le taux de reproduction du virus ; ce chiffre permet de connaître le nombre moyen d’individus qu’une personne contagieuse peut infecter. Il est déterminé selon la probabilité de transmission, le taux de contact et la durée de contagiosité. Avec un R0 inférieur à 1, un malade infectera une personne au plus : dans ce cas, le nombre de nouveaux malades décline rapidement et la propagation de la maladie finit par ralentir, voire disparaître.

LA solution pour endiguer la pandémie

Le nouveau coronavirus se transmet par inhalation des gouttelettes aéroportées chargées de particules de SARS-CoV-2, qui sont exhalées par les personnes contaminées, en particulier lorsqu’elles parlent, toussent ou éternuent. L’infection peut également se produire via les muqueuses (yeux, nez et bouche), lorsque des particules de virus sont captées sur les mains, puis transférées à la tête en se touchant le visage. Ainsi, le port du masque est très vite apparu comme la protection indispensable, tant pour celui qui le porte que pour les personnes qu’il croise.

À partir de plusieurs modélisations, des chercheurs des Universités de Cambridge et de Greenwich confirment aujourd’hui que le port du masque à l’échelle de la population permet de maintenir le R0 inférieur à 1. Combiné à des mesures partielles de confinement et de distanciation, le port du masque empêcherait ainsi la survenue de nouvelles vagues de virus. Ils précisent que même les masques faits maison — ne respectant pas tous les critères d’efficacité en matière de filtration — réduisent considérablement les taux de transmission si la plupart des personnes en portent.

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Effet sur le nombre de reproduction effectif (Re) de la proportion de la population portant un masque facial. La ligne continue représente la moyenne, la zone colorée montre l’intervalle de confiance à 95%. Si le public porte un masque facial efficace de manière systématique (et non seulement lorsque les symptômes du COVID-19 apparaissent), le Re peut être ramené en dessous de 1, entraînant la disparition de la pandémie. Crédits : R. Stutt et al.

En revanche, l’étude indique que les mesures de confinement à elles seules n’empêcheront pas la résurgence du nouveau coronavirus. Les auteurs appellent ainsi à la mise en place de campagnes d’information, dans tous les pays, pour inciter les populations à porter un masque en toutes circonstances, que les individus présentent des symptômes ou non. « Nos analyses soutiennent l’adoption immédiate et universelle des masques faciaux par le public », a déclaré le docteur Richard Stutt, auteur principal de l’étude.

Selon Stutt, en attendant le développement d’un vaccin, le port généralisé du masque est le seul moyen de gérer la pandémie et de relancer l’activité économique. Ses collègues et lui soulignent qu’il s’agit d’un geste simple, finalement peu contraignant, mais qui pourrait véritablement changer la donne.

Une utilisation qui doit être systématique

Pour que la pandémie ralentisse, le R0 doit demeurer sous la valeur 1. Dans le cadre de leur étude, les chercheurs britanniques ont modélisé différents scénarios d’adoption du masque, combinés à des périodes de confinement, pour en étudier la dynamique de propagation du virus. La modélisation impliquait des phases d’infection et de transmission via l’air, mais aussi via les surfaces. Les scientifiques ont également pris en compte certains paramètres négatifs inhérents à l’utilisation du masque, tels que le toucher plus fréquent du visage (pour mettre/ôter le masque ou pour l’ajuster).

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Les résultats ont révélé que si le masque est porté systématiquement en public, il est deux fois plus efficace pour réduire la valeur du R0 que s’il n’est porté qu’après l’apparition des symptômes. En effet, dans toutes les modélisations effectuées par l’équipe, l’utilisation systématique des masques par au moins la moitié de la population a permis de maintenir un R0 inférieur à 1. Ceci réduit le risque de futures vagues épidémiques et permet d’assouplir les mesures de confinement.

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Effet du changement de la date de début de l’adoption du masque facial, illustré par la ligne pointillée bleue. L’adoption précoce des masques faciaux (a) a une échelle d’ordonnée différente, car le nombre de cas est nettement inférieur. Même lorsqu’elle est mise en œuvre à T+120 jours, l’adoption à 100% de masques faciaux par la population empêche la survenue de nouvelles vagues épidémiques. Crédits : R. Stutt et al.

Dans le scénario impliquant une pleine adoption du masque – donc par 100 % de la population – combinée à des périodes de confinement, aucune résurgence de la maladie n’a été observée dans les 18 mois requis pour le développement d’un éventuel vaccin. L’ensemble des modélisations réalisées suggèrent qu’une politique d’adoption totale du masque – même si elle n’est mise en œuvre que 120 jours après le début de l’épidémie – peut encore empêcher l’apparition d’une deuxième vague.

« Mon masque vous protège, votre masque me protège »

Parallèlement, l’équipe s’est penchée sur l’efficacité – très variable – des masques utilisés par la population. Des recherches antérieures ont montré que même les masques faits maison (fabriqués à base de t-shirts en coton ou de torchons) peuvent s’avérer efficaces à 90% pour prévenir la transmission ! Cette nouvelle étude estime qu’une population entière équipée de masques d’une efficacité de 75% peut largement diminuer le R0, qui passe alors de 4 (la valeur observée au Royaume-Uni avant le confinement) à en-dessous de 1, même sans confinement.

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Cartes thermiques du nombre de reproduction effectif (Re) en fonction des paramètres de contrôle pour deux valeurs de R0. Même lorsque R0=4, les meilleurs résultats sont obtenus lorsque les masques sont portés en permanence, par une forte proportion de la population et que leur efficacité est élevée. Crédits : R. Stutt et al.

Il faut bien comprendre que, comme le soulignent les auteurs de l’étude, le port d’un masque – quel qu’il soit – constituera toujours un avantage pour la population, même si ces masques ne captent que 50% des gouttelettes expirées et même s’ils quadruplaient le risque de contamination de leur porteur via des touchers fréquents du visage. Pour le professeur John Colvin de l’Université de Greenwich, co-auteur de l’étude, encourager tout le monde à porter un masque en public est le moyen le plus efficace de reprendre une vie « normale ».

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Les chercheurs rappellent en outre que les masques faits maison, par principe, protègent l’entourage de leur porteur (et non le porteur lui-même) : ils réduisent la propagation de la maladie en emprisonnant les particules virales du porteur, exhalées directement dans le tissu, tandis que l’air inhalé est souvent aspiré autour des côtés exposés du masque. « Il y a une perception commune selon laquelle le port d’un masque facial signifie que vous considérez les autres comme un danger », observe Colvin. « En fait, en portant un masque, vous protégez principalement les autres contre vous-même ».

Source : Proceedings of the Royal Society A, R. Stutt et al.

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