Une robe connectée qui détecte le harcèlement en boîte de nuit

robe connectée anti-harcèlement
| Youtube/Ogilvy Brazil

Suite à une enquête révélant que 86% des Brésiliennes avaient déjà été harcelées en boîte de nuit, une célèbre marque de soda a entrepris, en 2018, de concevoir une robe tactile connectée. Doté de multiples capteurs, le vêtement a été spécialement conçu pour mémoriser les parties du corps faisant l’objet d’un contact physique un peu trop marqué.

La robe a été testée par trois jeunes femmes dans une discothèque de São Paulo. Chaque fois que l’une d’elles était touchée par une autre personne, le contact était enregistré et envoyé en temps réel par Wi-Fi à une unité de contrôle.

Bilan de la soirée : les jeunes femmes ont été touchées 157 fois en tout, en un peu moins de quatre heures. Certes, la promiscuité est plutôt habituelle sur un dance floor, et les contacts sont parfois inévitables. Mais le logiciel révèle quels endroits ont majoritairement été la cible des contacts : hanches, poignets, épaules, base du dos, poitrine… Des gestes qui ne sont certainement pas dus à une simple maladresse.

Plus de quarante fois par heure

C’est la fréquence des contacts physiques non désirés enregistrés par les robes connectées et subis par les trois jeunes femmes lors du test. Grâce aux données récoltées, particulièrement révélatrices des comportements masculins, la marque de boisson — en collaboration avec l’agence de publicité Ogilvy — a réalisé une vidéo encourageant les hommes à faire preuve de plus de respect.

Dans la vidéo (fin d’article), on voit clairement les trois jeunes femmes exprimer leur refus à plusieurs reprises. Malgré tout, l’équipe du projet peut observer sur l’écran de contrôle que les gestes déplacés continuent. L’incrédulité est trop souvent le résultat du signalement de harcèlement et d’agression sexuels. Cette vidéo apporte des preuves indéniables. « Pourquoi ne pas essayer d’approcher les femmes avec élégance, intelligence, sens de l’humour et respect ? », peut-on lire à la fin de la vidéo, en guise de conclusion.

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La toute première campagne Me too remonte à 2007. Mais c’est surtout suite à l’affaire Weinstein, fin 2017, que les dénonciations de harcèlement et d’agressions sexuelles se multiplient dans plusieurs pays. Encouragées par des mouvements dédiés (#MeToo, #BalanceTonPorc, etc.), les femmes victimes de harcèlement osent prendre la parole et partagent leurs mauvaises expériences pour dénoncer leurs agresseurs. Pour montrer leur soutien au mouvement, plusieurs marques se sont lancées elles aussi dans la dénonciation de ce type de comportement. Une façon de se rapprocher des consommateurs… À travers sa vidéo, la marque de soda souhaitait simplement montrer que les femmes devraient pouvoir passer une bonne soirée sans avoir à subir ces attouchements à répétition. Évidemment, c’est aussi l’occasion pour la marque de se positionner comme la boisson des fêtes réussies.

La miniaturisation des technologies (batteries, capteurs) et les innovations textiles ont permis le développement de plusieurs vêtements intelligents ces dernières années. Citons par exemple des semelles de chaussures qui génèrent de l’énergie lors de la marche, ou qui veillent sur votre santé et améliorent la marche, ou encore des combinaisons qui agissent comme des purificateurs d’air. Malheureusement, peu de ces concepts ont abouti à une production de masse… L’avantage de la robe anti-attouchements est que la publicité à elle seule va peut-être permettre de changer les esprits.

Objets protecteurs, ou objets de persécution

Dans toutes les grandes villes du monde, les attouchements, viols et agressions pour vol de sac à main sont monnaie courante. Par conséquent, plusieurs autres objets connectés dédiés à la sécurité des femmes ont vu le jour. Pour remédier à ce problème, l’opérateur sud-coréen SK Telecom a par exemple mis au point un dispositif anti-agression ressemblant à un tube de rouge à lèvres, baptisé « My Hero ». Une fois ouvert, l’objet émet un signal d’alarme de 90 dB — déjà particulièrement dissuasif — et envoie un message ainsi que la position GPS de l’utilisatrice à ses proches et à la police coréenne. Le dispositif enregistre aussi toutes les conversations audio pendant les trois minutes qui suivent, de manière à fournir des preuves à la police locale si nécessaire.

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Le dispositif « My Hero » conçu par SK Telecom émet un signal d’alarme et prévient les autorités en cas d’agression. Crédits : SKT Insight

La smartwatch Carah, conçue par l’entreprise britannique DNX, est un dispositif quelque peu similaire. Cette montre connectée analogique permet de donner l’alerte par simple pression sur le cadran si son utilisatrice se trouve en danger. Une pression de deux secondes déclenche une alarme sonore, un appel automatique au contact d’urgence prédéfini et l’envoi des coordonnées GPS à une liste de contacts. Le sentiment d’insécurité dans l’espace public est bel et bien présent, notamment dans les grandes villes. Ainsi, les boutons d’urgence sont très tendance dans le secteur des objets connectés et ils se déclinent sous de multiples formes (bijoux, accessoires de mode et de beauté, etc.).

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Mais si ces objets intelligents peuvent sauver des vies, ils peuvent malheureusement être aussi utilisés à des fins malveillantes. Il apparaît en effet que de plus en plus de technologies sont conçues pour faciliter la vie familiale, mais deviennent, par la même occasion, de nouveaux vecteurs de violences domestiques. Le nombre de cas de violences conjugales a augmenté de façon spectaculaire durant la pandémie et le confinement. Et les objets connectés sont montrés du doigt, car ils peuvent aggraver ces violences. Leurs fonctions de géolocalisation, d’écoute et d’accès à distance peuvent être exploitées pour une surveillance accrue des individus.

Lorsqu’ils entrent au sein d’un foyer, l’un des membres de la famille est généralement le principal utilisateur de ces objets ; il contrôle ainsi leur fonctionnement et recueille toutes les données. S’ils tombent entre les mains d’un conjoint violent, ils deviennent ainsi de dangereux outils (cybersurveillance, caméras de contrôle dans la maison) pouvant servir à maintenir une emprise psychologique sur une personne. Les autorités rapportent par ailleurs des cas de conjoints bannis du foyer familial, qui continuent de harceler leurs victimes en « s’amusant » à prendre le contrôle à distance des objets connectés de la maison (thermostats, sonnette, arrosage automatique, lumières, etc.).

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