Sauter un repas pourrait être bien plus néfaste qu’il n’y paraît, selon une étude

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La pratique du jeûne intermittent, qui consiste à sauter un repas (le dîner ou le petit-déjeuner par exemple) pour ne rien manger pendant 16 heures d’affilée, est souvent présentée comme une bonne solution pour « nettoyer » l’organisme ou pour perdre du poids. Une récente étude remet toutefois en question les effets bénéfiques de cette pratique. Sauter des repas, jeûner ou encore manger des repas trop rapprochés serait en effet associé à une mortalité accrue.

Une étude publiée en 2015 s’est penchée sur les comportements alimentaires des adultes américains sur quatre décennies ; elle a révélé qu’environ 59% des hommes et 63% des femmes prenaient trois repas par jour. Cela signifie qu’une grande partie de la population saute un ou plusieurs repas au cours de la journée, et ce, pour plusieurs raisons (manque de temps, manque d’argent, régime minceur, etc.). Des chercheurs ont donc entrepris d’examiner dans quelle mesure la fréquence des repas et les intervalles séparant chaque prise alimentaire pouvaient influer sur la mortalité des individus et en particulier la mortalité due aux maladies cardiovasculaires.

Les résultats ont montré une association inquiétante entre l’omission des repas et la mortalité. « Nos recherches ont révélé que les personnes ne mangeant qu’un seul repas par jour sont plus susceptibles de mourir que celles qui ont pris plus de repas par jour », rapporte l’épidémiologiste Yangbo Sun, du Département de médecine préventive de l’Université du Tennessee. Au vu des résultats, Sun et ses collaborateurs recommandent de manger au moins deux à trois repas chaque jour, espacés de plus de 4h30.

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Sauter le petit-déjeuner accroît le risque de maladie cardiaque

Pour parvenir à cette conclusion, l’équipe a analysé les données d’une cohorte de plus de 24 000 adultes américains âgés de 40 ans et plus, qui ont participé à l’enquête nationale sur la santé et la nutrition (NHANES) entre 1999 et 2014 ; cette enquête continue vise à recueillir le plus de données possible pour identifier d’éventuelles corrélations entre le comportement alimentaire des individus et la santé globale. À noter que la cause des 4175 décès survenus sur la période de l’étude a été déterminée par couplage avec les registres de décès jusqu’au 31 décembre 2015 ; 878 décès avaient une cause cardiovasculaire.

Les résultats ont montré que manger un seul repas par jour au lieu de trois est associé à un risque 30% plus élevé de mortalité : le fait de sauter le petit-déjeuner est lié à un risque plus élevé de développer des maladies cardiovasculaires mortelles, tandis que sauter le déjeuner ou le dîner est lié à un risque de décès accru toutes causes confondues, précise Sun.

L’étude suggère par ailleurs qu’il est non seulement préférable de manger trois repas par jour, mais que ces repas doivent être séparés de plus de 4h30 d’intervalle ; en effet, il apparaît que des repas trop rapprochés sont eux aussi associés à un risque de décès accru, toutes causes confondues, par rapport aux personnes qui espacent leurs repas de 4,6 à 5,5 heures.

Les chercheurs ont relevé un certain nombre de caractéristiques communes chez les participants qui prenaient moins de trois repas par jour — qui représentaient environ 40% des personnes interrogées : ils sont plus susceptibles d’être jeunes, de sexe masculin, de race noire non hispanique, d’avoir un niveau d’éducation et un revenu familial inférieurs, de fumer, de boire plus d’alcool, de souffrir d’insécurité alimentaire, de consommer des aliments moins nutritifs, de prendre plus de collations et de consommer moins d’aliments énergétiques en général.

Un comportement qui surcharge les processus métaboliques

Les études diététiques antérieures et les directives diététiques établies aux États-Unis se sont principalement concentrées sur les composants et les combinaisons alimentaires. Ces nouvelles recherches indiquent que la fréquence des repas et l’intervalle entre deux repas consécutifs ont aussi leur importance.

À noter que cette étude n’établit pas de lien de cause à effet entre le fait de sauter des repas et une mort prématurée, car d’autres facteurs pourraient jouer un rôle. Elle met néanmoins en évidence une association qui mérite d’être explorée plus en détail — d’autant plus que pour parvenir à leurs conclusions, les chercheurs ont tout de même tenu compte de plusieurs facteurs liés à l’alimentation, au mode de vie (tabac, alcool, activité physique, apport énergétique et qualité des aliments) et à l’insécurité alimentaire.

« Nos conclusions sont basées sur des observations tirées de données publiques et n’impliquent pas de causalité. Néanmoins, ce que nous avons observé a un sens métabolique », souligne le Dr Wei Bao, du Collège de santé publique de l’Université de l’Iowa et chercheur principal de l’étude.

Le spécialiste explique en effet que sauter des repas implique que l’on tend à ingérer une charge énergétique plus importante en une seule fois (pour couvrir les besoins de l’organisme) ; or, ceci peut être plus difficile à « gérer » pour notre corps : cela peut notamment accentuer la charge liée au métabolisme du glucose et à terme, entraîner une détérioration métabolique pouvant expliquer le lien avec une mortalité accrue. De même, des repas trop rapprochés sont susceptibles d’entraîner la même surcharge.

De précédentes études avaient également montré que sauter des repas pouvait impacter le bien-être mental : une étude publiée en 2019 dans Psychological Medicine avait par exemple révélé qu’un petit-déjeuner non pris ou retardé pouvait entraîner des troubles de l’humeur.

Source : Y. Sun et al., Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics

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