Pour la première fois, des chercheurs vont cartographier les réseaux souterrains de champignons du monde entier

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| Loreto Oyarte Galvez
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Les réseaux fongiques souterrains sont essentiels pour préserver la biodiversité et la fertilité des sols. Partout dans le monde, ils peuvent s’étendre sur des kilomètres, mais sont rarement remarqués et, de ce fait, sont largement menacés par les activités humaines (agriculture, déforestation, urbanisation, pollution) et le changement climatique. C’est pourquoi un nouveau projet, initié par la Société pour la protection des réseaux souterrains (ou SPUN pour Society for the Protection of Underground Networks), vise à cartographier l’ensemble de ces réseaux, non seulement pour mieux les protéger, mais aussi pour améliorer leur capacité à stocker le dioxyde de carbone.

Ces réseaux de champignons mycorhiziens sont essentiels à la santé des sols et de la végétation : ils agissent comme de véritables autoroutes à nutriments pour les plantes. En outre, il a été démontré qu’ils jouent un rôle majeur dans le cycle mondial du carbone de par leur capacité à absorber le CO2. « Les réseaux fongiques sous-tendent la vie sur Terre. Si les arbres sont ‘les poumons’ de la planète, les réseaux fongiques sont ‘les systèmes circulatoires’ », confirme Mark Tercek, ancien PDG de Nature Conservancy et membre de l’organe directeur de la SPUN.

Par ailleurs, il existe de plus en plus de preuves que certaines combinaisons de champignons en particulier peuvent améliorer la productivité des sols, il est donc essentiel de les protéger, selon les pédologues. Malheureusement, l’agriculture industrielle moderne nuit gravement à la dynamique des échanges entre les plantes et les champignons mycorhiziens, en déversant de grandes quantités d’engrais chimiques dans les sols et en recourant au labour mécanique qui endommage lourdement les connexions établies.

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Une exploration mondiale inédite

« Juste sous nos pieds se trouve un allié inestimable pour atténuer le changement climatique : de vastes réseaux fongiques cachés », souligne Jeremy Grantham, un investisseur britannique qui finance le projet à hauteur de 3,5 millions de dollars. En effet, chaque année, ce sont des milliards de tonnes de dioxyde de carbone qui s’écoulent des plantes vers les réseaux fongiques. Ces puits de carbone sont pourtant méconnus. C’est pourquoi des scientifiques vont tenter pour la première fois de cartographier l’ensemble des réseaux fongiques du monde ; ce projet impliquera la collecte de 10 000 échantillons.

Les spécialistes ont notamment identifié des « points chauds », qui pourraient largement contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique. Plus précisément, une dizaine de zones « critiques » ont été identifiées par l’équipe du projet : la toundra canadienne, le plateau mexicain, les hautes altitudes d’Amérique du Sud, le Maroc, le Sahara occidental, le désert du Néguev en Israël, les steppes du Kazakhstan, les prairies et les hautes plaines du Tibet, ainsi que la taïga russe. Ces foyers de champignons mycorhiziens seront cartographiés en priorité. La SPUN mènera sa première mission d’échantillonnage avec la Fungi Foundation en avril 2022, en Patagonie ; les collectes se poursuivront ensuite pendant environ 18 mois.

À l’aide des cartes qui seront générées, les scientifiques espèrent identifier les écosystèmes confrontés aux menaces les plus urgentes, afin de s’associer avec des organisations de conservation locales pour essayer de créer des « couloirs de conservation » pour ces écosystèmes souterrains. « La compréhension des réseaux fongiques souterrains est essentielle à nos efforts pour protéger le sol, dont dépend la vie, avant qu’il ne soit trop tard », a déclaré la célèbre éthologue Jane Goodall, conseillère du projet.

Les réseaux mycorhiziens dans les forêts sont encore plus importants lorsque les températures augmentent, en raison de leur capacité à fournir de l’eau aux plantes hôtes ; les champignons peuvent ainsi aider les plantes à résister à une sécheresse extrême. Idem pour les cultures : sans leurs partenaires fongiques, elles nécessitent plus d’intrants chimiques et sont plus vulnérables à la sécheresse, à l’érosion des sols, aux ravageurs et aux agents pathogènes.

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Un effort de conservation plus qu’essentiel

Les champignons mycorhiziens utilisent le carbone pour construire des réseaux dans le sol, qui forment des associations symbiotiques avec les plantes. Les champignons se connectent aux racines des plantes et leur apportent tous les nutriments nécessaires. Par exemple, certaines espèces fongiques sont connues pour apporter 80% du phosphore indispensable à leurs plantes hôtes. Selon la SPUN, à l’échelle mondiale, la longueur totale du mycélium fongique présent dans les dix premiers centimètres du sol dépasse les 450 quadrillions de kilomètres, soit environ la moitié de la largeur de notre galaxie !

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D’après des estimations antérieures, 5 milliards de tonnes de dioxyde de carbone s’écouleraient chaque année dans les réseaux fongiques, soit plus de la moitié de toutes les émissions de CO2 liées à l’énergie en 2021. Mais ce chiffre pourrait en réalité être jusqu’à 3 fois supérieur si tous les types de réseaux fongiques étaient pris en compte, estiment aujourd’hui les scientifiques. Si les forêts tropicales humides sont généralement considérées comme le principal puits de carbone de la Terre, il se trouve que les écosystèmes souterrains de haute altitude absorbent 13 fois plus de carbone !

Actuellement, les températures extrêmes, la sécheresse et les inondations menacent la capacité des réseaux fongiques mondiaux à déplacer les nutriments et à stocker le carbone. De plus, les perturbations résultant de la dégradation du climat, telles que les immenses incendies de forêt, détruisent les plantes et les réseaux fongiques souterrains. Or, après un incendie, il peut s’écouler plus d’une décennie avant que les micro-organismes du sol ne se reconstituent complètement. Ainsi, les tendances actuelles suggèrent que plus de 90% des sols terrestres seront dégradés d’ici 2050.

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En protégeant le sous-sol de l’expansion des terres cultivées, il serait possible d’éviter la libération de 41 milliards de tonnes de CO2 stocké dans le sol au cours des 30 prochaines années — ce qui représente 8 fois les émissions annuelles de CO2 des États-Unis. À travers ses efforts visant à cartographier et à exploiter cette ressource menacée, pourtant indispensable à la vie sur Terre, la SPUN ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre dans la conservation mondiale.

Source : SPUN

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