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Théories du complot : serait-ce possible d’intégrer des nanopuces dans un vaccin ?

Fleur Brosseau 20 janvier 2021
théorie nanopuces vaccins covid-19 | Pixabay

À l’arrivée des vaccins anti-COVID-19, développés en un temps record, certains sont demeurés sceptiques, voire extrêmement suspicieux. Et pour cause : la rumeur court que ces vaccins auraient été formulés de manière à pouvoir espionner et/ou contrôler les gens, au moyen de nanopuces intégrées. Une hypothèse qui s’est répandue rapidement dans les groupes d’utilisateurs complotistes des réseaux sociaux. Mais qu’en est-il réellement ?

Pour être les plus transparents possible, Pfizer et BioNTech ont très rapidement diffusé la liste des ingrédients composant leur vaccin à ARN. Parmi ceux-ci, des « nanoparticules lipidiques », que certains suspectent de contenir des nano-ordinateurs… Rappelons qu’une nanoparticule, par définition, c’est une petite particule dont la taille est comprise entre 1 et 100 nanomètres (soit entre 0,000001 et 0,0001 millimètre).

Dans le cas d’un vaccin, les nanoparticules dont il est question sont de minuscules gouttelettes lipidiques destinées à protéger le principe actif du vaccin, l’ARN messager en l’occurrence ; sans cette « barrière protectrice », celui-ci serait immédiatement détruit dans le milieu extracellulaire. Elles sont en outre conçues pour se dégrader progressivement et ne constituent aucun danger pour l’organisme. Mais le simple terme de « nanoparticules » a fait naître dans certains esprits des théories fantasques.

De simples particules graisseuses

Des rumeurs plus ou moins farfelues entourent les vaccins anti-COVID-19 disponibles aujourd’hui. Certains sont par exemple persuadés que Bill Gates souhaite [pms-restrict subscription_plans= »23495,23512,23514″] profiter des campagnes de vaccination massive pour introduire des micropuces dans le corps des individus afin de mieux les tracer ; une théorie du complot soutenue tout de même par 44% des Américains républicains, 19% des démocrates et 24% d’indépendants, selon un sondage mené par YouGov et Yahoo News au mois de mai 2020.

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Selon un sondage YouGov, la moitié des téléspectateurs de Fox News croient que Bill Gates veut profiter de la vaccination anti-COVID-19 pour tracer les individus. © Linley Sanders/YouGov

Ce type de rumeur est en partie alimentée par le fait que pour la première fois, un vaccin de type ARN messager (ARNm) est utilisé sur l’Homme. Rappelons que dans l’organisme, le rôle de l’ARNm est de transporter les instructions génétiques destinées à l’assemblage des protéines. Pour élaborer leur vaccin, Pfizer et BioNTech ont prélevé l’ARNm du SARS-CoV-2 codant pour sa protéine de pointe ; une fois introduit dans les cellules humaines via le vaccin, ces dernières commenceront alors à synthétiser ladite protéine, jusqu’à ce que l’ARNm finisse par se dégrader. L’objectif étant d’entraîner le système immunitaire à reconnaître et à combattre cette protéine virale.

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L’ARN messager est encapsulé dans une nanoparticule lipidique pour prévenir sa dégradation et favoriser sa pénétration dans la cellule. © Maria L. Guevara et al, Front. Chem, 2020.

Entre autres ingrédients, ce vaccin ARNm contient plusieurs types de lipides. Ces sphères graisseuses sont destinées à protéger l’ARN viral, à le transporter au bon endroit, tout en facilitant son insertion dans les cellules de l’organisme. Non, elles ne sont pas prévues pour transporter de mini-ordinateurs.

Pourquoi Bill Gates ?

Les partisans de cette théorie affirment que la pandémie de COVID-19 est en réalité intentionnelle, et qu’elle sert de couverture à un plan de contrôle de l’humanité reposant sur l’implantation de micropuces traçables. Bill Gates, le co-fondateur de Microsoft, serait derrière cette sombre histoire… Plus précisément, c’est la fondation Bill-et-Melinda-Gates qui est visée. Cette fondation philanthropique vise à améliorer les soins de santé dans le monde entier et dans ce cadre, elle contribue entre autres à bon nombre de campagnes de vaccination, notamment dans les pays en développement, pour éradiquer des maladies comme la poliomyélite et le paludisme.

« Si quelque chose tue plus de dix millions de personnes dans les prochaines décennies, ce sera probablement un virus hautement contagieux plutôt qu’une guerre », déclarait le milliardaire lors d’une conférence Ted en avril 2015. Des propos que certaines personnes considèrent comme une preuve ultime que Bill Gates avait prévu la pandémie, voire qu’il l’aurait orchestrée. Puis, au mois d’avril, au cœur de la première vague, Roger Stone, un ancien conseiller de Donald Trump, déclare en parlant de Bill Gates : « Lui et d’autres mondialistes l’utilisent pour les vaccinations obligatoires et les micropuces ». Bien entendu, aucune preuve ne vient étayer cette hypothèse et un porte-parole de la fondation Bill-et-Melinda-Gates a fermement démenti ces allégations.

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Une femme porte un masque sur lequel est inscrit « Ne donnez aucune chance à Gates. Ne payez pas la facture », lors d’une manifestation contre les mesures de confinement et autres politiques gouvernementales visant à lutter contre le coronavirus, le 16 mai à Berlin. © Sean Gallup/Getty Images

Mais la rumeur est probablement née d’un fil de discussion organisé par Bill Gates sur Reddit, qui au mois de mars, évoquait une possible mise en place de « certificats numériques » destinés à identifier parmi la population les individus ayant guéri de la maladie, ayant réalisé un test récemment et/ou ayant été vaccinés. Le PDG de Microsoft n’a à aucun moment parlé de micropuces, pourtant, c’est ainsi que ses propos ont été rapportés et relayés par les antivaccins et les conspirationnistes.

Cette histoire de puces électroniques résulte également d’une mauvaise interprétation d’une étude financée par la fondation Bill-et-Melinda-Gates, concernant une technologie permettant de stocker l’historique de vaccination d’une personne : le suivi des vaccinations reste en effet un défi majeur dans les pays en développement, et même dans de nombreux pays développés. Cette technologie, imaginée par des ingénieurs du MIT, consiste en une encre spéciale, composée de nanoparticules injectables émettant une lumière fluorescente invisible à l’œil nu, mais visible via un smartphone équipé d’un dispositif spécifique projetant une lumière infrarouge. La preuve du vaccin serait ainsi injectée en même temps que le vaccin lui-même, aucun risque de la perdre.

patch stockage informations vaccination

Les ingénieurs du MIT ont mis au point un moyen de stocker des informations médicales sous la peau, en utilisant un colorant à points quantiques qui est administré, avec un vaccin, par un patch à microaiguilles. Le colorant, invisible à l’œil nu, peut être lu ultérieurement à l’aide d’un smartphone spécialement adapté. © K. McHugh et al., Science Translational Medicine, 2019.

Mais cette technologie n’a pour le moment été testée que sur des animaux et des échantillons de peau humaine in vitro ; elle n’est donc pas prête à être déployée. Elle ressemble en outre davantage à un tatouage invisible qu’à une puce électronique ; par conséquent, elle ne permettrait pas d’effectuer un traçage des individus. « Ces marquages ont été développés pour fournir un dossier de vaccination et il n’y a aucune possibilité de suivre les mouvements de quiconque […]. Le suivi à distance ou continu n’est tout simplement pas possible pour diverses raisons techniques », explique Kevin McHugh professeur de bio-ingénierie à l’Université Rice et auteur principal de l’étude.

Une technologie qui n’existe pas !

Du moins pas encore. Aucune technologie ne permet à ce jour de « suivre » une personne via un vaccin. Certes, des micropuces existent, et même des micropuces injectables. Cela dit, elles n’ont pas la capacité d’effectuer un traçage des individus qui les portent. Il est courant, par exemple, d’implanter une puce électronique sous la peau des animaux de compagnie ; mais il ne s’agit pas d’un traceur GPS qui permet de retrouver son chien/son chat s’il s’égare ! En réalité, cette puce renferme simplement le numéro d’identification de l’animal et les coordonnées de son propriétaire, qu’un vétérinaire pourra contacter si quelqu’un lui apporte un animal perdu et qu’il scanne sa puce.

Dans un tout autre genre, il existe également des micropuces d’identification qui sont utilisées aujourd’hui pour pouvoir déverrouiller des portes ou entrer dans des boîtes de nuit. En Suède, le concept a déjà séduit plusieurs milliers de personnes, qui ont choisi de se faire implanter une puce électronique pour pouvoir valider leur titre de transport, ouvrir la porte de leur bureau, déverrouiller leur ordinateur, se rendre à leur club de gym, etc., le tout en passant simplement la main devant un lecteur. Exit les badges ou les cartes bancaires ! Dès 2004, une boîte de nuit espagnole avait également mis en place un dispositif équivalent, faisant office de porte-monnaie virtuel pour les clients.

De la taille d’un grain de riz (donc bien visibles), ces puces sont implantées rapidement à l’aide d’une seringue. Elles reposent sur la RFID (identification par radiofréquence), une technologie qui permet de transmettre des données à distance, couramment utilisée aujourd’hui pour l’identification des produits de consommation (à la place des anciens codes-barres) ou le mode « sans contact » des cartes bancaires (qui utilisent la NFC, ou Near Field Communication, un dérivé de la RFID fonctionnant à très courte portée).

Cette technologie passive ne fonctionne qu’à courte distance et ne sert qu’à transmettre des informations, à partir de marqueurs (appelés tags RFID). Pour qu’une entité tierce puisse suivre quelqu’un équipé d’une telle puce, cette dernière aurait également besoin de collecter des informations, notamment des données de positionnement, pour pouvoir les transmettre à son tour. Or, pour qu’un dispositif GPS fonctionne, les ondes reçues doivent être captées par une antenne de taille suffisante, qui serait de ce fait beaucoup trop grosse pour pouvoir être injectée insidieusement via une seringue ! Et c’est sans compter l’énergie nécessaire à ce type d’échange de données : il faudrait que la micropuce soit alimentée par une batterie… qu’il faudrait implanter sous la peau par la même occasion, ce qui semble peu envisageable (et dangereux).

Le corps humain peut tolérer de nombreux corps étrangers à des fins médicales — voire esthétiques, en considérant les piercings microdermaux et autres implants de modification corporelle. Dans le contexte médical, la tendance est effectivement à la miniaturisation, pour le confort des patients. Mais il y a des limites… En conclusion, il y a vraiment très peu de chances qu’une telle puce soit miniaturisée pour se retrouver dans les particules lipidiques du vaccin de Pfizer (ou de n’importe quel autre vaccin). Soulignons pour finir que ceux qui souhaiteraient tracer toute une population n’auraient aucunement besoin d’attendre une vaccination massive pour cela : les smartphones font déjà très bien l’affaire.

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