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Un homme décède suite à l’ingestion de phosphate de chloroquine

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| FlickR/Joegoauk Goa

La chloroquine, un médicament antipaludéen bien connu, est aujourd’hui à l’essai pour lutter contre le coronavirus à l’origine du COVID-19. Donald Trump n’a d’ailleurs pas manqué de vanter les mérites de cette molécule lors d’une conférence de presse. Le président américain a même partagé sur Twitter l’histoire d’un homme, en Floride, qui aurait eu la vie sauve grâce à ce médicament. Une information malheureusement mal interprétée par un couple vivant en Arizona, qui croyant se protéger de l’infection, a cru bon d’ingérer un produit pour aquarium contenant du phosphate de chloroquine.

L’homme, âgé d’une soixantaine d’années, en est décédé. Sa femme a elle aussi été hospitalisée, mais est aujourd’hui saine et sauve. Elle a expliqué aux médias qu’en entendant le président vanter officiellement les vertus de ce produit, elle s’est « rappelée » qu’il s’agissait du même traitement que celui qu’elle utilisait pour soigner leurs poissons d’aquarium. Elle déclare que son mari et elle avaient chacun pris l’équivalent d’une cuillère à café de produit, soit une dose beaucoup trop élevée… Or, la forme de chloroquine contenue dans le traitement antiparasitaire des poissons n’est pas l’hydroxychloroquine, à laquelle font référence les autorités sanitaires actuellement.

Des différences infimes mais décisives

Chaque molécule présente une forme et des dimensions bien précises, qui lui confèrent des propriétés physico-chimiques et des aptitudes particulières. Ce qui est absolument fascinant, c’est qu’une toute petite différence entre deux molécules suffit à en modifier complètement les propriétés.

Beaucoup d’énantiomères par exemple — qui sont des couples de molécules de structure symétrique mais non superposables, car elles diffèrent par l’orientation d’une liaison chimique — ont des odeurs éloignées. Prenons l’exemple de la molécule de limonène, que l’on trouve dans l’essence de divers agrumes. Dans la nature, elle existe sous ses deux formes : l’un des énantiomères dégage une odeur de citron, l’autre sent l’orange. De même, le fenouil et l’aneth doivent leur odeur à l’un des énantiomères de la molécule de carvone ; son « double » dégage quant à lui un arôme de menthe verte. De la même façon, la palette de couleurs dont nous gratifie la nature — notamment au printemps — est due à une famille de molécules nommées flavonoïdes. Composés de trois structures cycliques planes, les flavonoïdes sont souvent associés à une molécule de sucre. Selon la nature de ce sucre et des groupes fonctionnels qui se trouvent sur le « squelette » de base, les flavonoïdes apparaissent de diverses couleurs.

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L’hydroxychloroquine testée actuellement par le monde médical diffère de la molécule de chloroquine par l’ajout d’un groupe hydroxyle (-OH), comme on peut le voir sur l’illustration. C’est sans doute ce qui lui permet d’être mieux tolérée par l’organisme à haute dose. Le phosphate de chloroquine est une forme de sel de chloroquine.

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La molécule de chloroquine et ses dérivés. Crédits : Twitter/David R. Liu

Une automédication dangereuse

Après l’ingestion du produit, le couple est rapidement tombé malade. Tous deux ont été pris d’étourdissements et de vomissements ; le mari a également présenté des problèmes respiratoires, suite à quoi sa femme a contacté le service des urgences. Mais une fois à l’hôpital, l’homme est décédé.

L’incident ne surprend guère le Docteur Daniel Brookes, directeur médical du Banner Poison and Drug Information Center : « Étant donné l’incertitude autour du COVID-19, nous comprenons que les gens essaient de trouver de nouvelles façons de prévenir ou de traiter ce virus, mais l’automédication n’est pas une bonne solution ».

À noter que la Food and Drug Administration (FDA) n’a pour le moment pas approuvé la chloroquine pour traiter le coronavirus, et les tests cliniques permettant de confirmer sa sécurité et son efficacité ne font que commencer. Le gouvernement nigérian a, quant à lui, fortement déconseillé à sa population d’utiliser la chloroquine en automédication, les risques d’empoisonnement étant bien trop importants.

Nigeria alerte automédication chloroquine
Le Centre Nigérian de Contrôle des Maladies déconseille aux habitants la prise de chloroquine en automédication. Crédits : Twitter/NCDC

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Un antipaludique efficace

La chloroquine est un substitut de synthèse à la quinine, un alcaloïde naturel aux vertus antipyrétiques et antipaludiques, extrait du quinquina, un arbuste d’Amérique du Sud. La quinine fut utilisée en Europe dès le XVIIe siècle. Rapidement, des laboratoires pharmaceutiques ont cherché à reproduire ses effets thérapeutiques en créant de nouvelles molécules de synthèse. Après plusieurs essais cliniques, la sontochine – rebaptisée chloroquine en 1946 – développée par la société allemande Bayer, est reconnue comme un substitut efficace.

Dès lors, la chloroquine est utilisée comme antipaludique, tant à titre préventif que curatif ; elle est commercialisée en France en 1949. Elle est également employée pour lutter contre certaines maladies auto-immunes, telles que le lupus et certaines maladies rhumatoïdes comme la polyarthrite rhumatoïde. Ce remède est toutefois à prendre avec précautions : les doses nécessaires pour traiter les pathologies autres que le paludisme sont très proches du seuil de toxicité (20 mg/kg chez l’adulte). Et une fois le seuil atteint, les effets secondaires sont importants : divers troubles organiques, cardiovasculaires et neuromusculaires, pouvant conduire à la mort.

C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi l’industrie pharmaceutique a tardé à mettre ce médicament sur le marché. De ce fait, on l’utilise le plus souvent sous une forme dérivée, l’hydroxychloroquine, dotée des mêmes propriétés pharmacologiques, mais deux à trois fois moins toxique (le seuil de toxicité est de 6.5 mg/kg).

Une action antivirale à confirmer

Dans les années 60, les scientifiques ont continué leurs recherches autour de la chloroquine. Depuis, plusieurs tests in vitro ont révélé une potentielle action antivirale de la molécule, soit un nouvel espoir de lutter contre plusieurs maladies. VIH, grippe, Chikungunya, Zika, Ebola… Tous les résultats obtenus in vitro sont encourageants, mais les essais in vivo se sont avérés peu concluants ; au contraire, dans certains cas, l’état de santé des individus testés (animaux ou humains) s’est même aggravé.

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La chloroquine demeure cependant à l’étude aujourd’hui dans plusieurs pays ; elle pourrait s’avérer efficace pour traiter les malades atteints du COVID-19. Mais le Haut conseil de santé publique et l’OMS appellent à la prudence ; selon le ministre de la Santé, Olivier Véran, la chloroquine pourrait être administrée aux malades souffrant de « formes graves » du COVID-19, mais ne devrait pas être utilisée pour des formes « moins sévères ».

Sources : Centers for Disease Control and Prevention

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