Visioconférences à répétition : voici ce qu’il se passe dans votre cerveau. Et ça n’annonce rien de bon…

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| Unsplash

De par l’explosion du télétravail, les appels vidéo sont aujourd’hui fréquents pour bon nombre de personnes. Pour certains, ces appels s’enchaînent même une bonne partie de la journée. Une pratique épuisante, bien qu’elle ne nécessite en apparence aucun effort. Mais une étude menée par Microsoft révèle aujourd’hui que la répétition de visioconférences, sans pauses, a un réel impact négatif sur le cerveau.

L’étude impliquait 14 volontaires, qui ont été amenés à deux reprises à participer à quatre appels vidéo consécutifs de 30 minutes chacun. Le premier jour, les participants disposaient d’une pause de dix minutes entre chacun des appels ; le second jour, ils ont dû enchaîner les quatre appels, sans aucune pause. Des électrodes disposées sur leur crâne ont permis de suivre leur activité cérébrale pendant toute l’expérience.

Sans surprise, lors de la journée des réunions à distance sans pauses, les participants ont présenté des niveaux plus élevés d’ondes bêta, des ondes cérébrales associées au stress, à l’anxiété et à la concentration. Ces pics d’activité, de même que le niveau de stress moyen, augmentaient lentement avec le temps.

Plus de stress et moins de concentration

A contrario, l’expérience incluant des pauses de dix minutes entre chaque appel vidéo — lors desquelles les participants étaient invités à méditer avec l’application Headspace — a révélé que ces temps morts permettaient de réduire le niveau de stress moyen de façon significative ; celui-ci n’augmentait pas avec le temps. Une conclusion, certes évidente, mais désormais prouvée par des mesures scientifiques. Les lectures d’électroencéphalogrammes ne constituent pas la mesure la plus exacte du stress, mais sont déjà plus fiables qu’une auto-évaluation des travailleurs de leur ressenti.

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Intensité de l’activité des ondes bêta, sans (en haut) et avec (en bas) pauses entre les appels vidéo. Sans interruption, l’activité des ondes bêta dans le cerveau peut augmenter brusquement au début et à la fin des réunions, ce qui suggère un stress accru. © Microsoft/Valerio Pellegrini

« Nos recherches montrent que les pauses sont importantes, non seulement pour nous rendre moins épuisés à la fin de la journée, mais aussi pour améliorer notre capacité à nous concentrer et à participer à ces réunions », souligne Michael Bohan, directeur principal du groupe d’ingénierie des facteurs humains de Microsoft, qui a supervisé le projet. En effet, les résultats ont montré que les pauses entre les réunions permettaient en quelque sorte au cerveau de « se réinitialiser », limitant au passage l’accumulation de stress et permettant d’aborder chaque réunion dans un état plus détendu. Sans cela, au bout de deux heures consécutives de réunion, le niveau de stress augmente nettement.

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Dans l’expérience incluant des pauses, l’activité moyenne des ondes bêta est restée largement stable dans le temps ; le niveau de stress des participants est ici visualisé en bleu et en vert. Sans pauses, l’activité moyenne des ondes bêta augmentait avec le temps, suggérant une accumulation de stress, représentée ici avec des couleurs orange/rouge. © Microsoft/Brown Bird Design

Les chercheurs ont également remarqué qu’en l’absence de pauses, la période de transition entre deux appels provoquait une augmentation de l’activité bêta, soit des niveaux de stress. Un ultime sursaut probablement dû à l’anticipation d’une autre réunion, et donc d’une autre problématique dans laquelle il va falloir se plonger, explique Michael Bohan. Ce pic d’activité s’observait également au tout début d’une nouvelle réunion, mais pas dans le cas où les participants bénéficiaient d’une pause : la montée de stress se faisait dans ce cas beaucoup plus progressive et moins intense.

L’étude a montré par ailleurs que lorsque les participants bénéficiaient de « pauses méditation », les modèles d’ondes cérébrales affichaient des niveaux positifs d’asymétrie alpha frontale — soit la différence entre l’activité des ondes alpha des deux hémisphères dans la zone frontale du cerveau — ce qui correspond à un engagement plus élevé pendant la réunion. À l’inverse, sans pauses, les niveaux étaient négatifs, suggérant que les participants étaient moins concentrés et moins engagés dans la réunion. En résumé, les pauses améliorent non seulement le bien-être mais également la performance des travailleurs.

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La surcharge numérique, nouveau problème de santé publique ?

« Nous devons innover et tirer parti de la technologie pour aider les employés à opérationnaliser les pauses indispensables dans leur routine quotidienne », a déclaré Kathleen Hogan, directrice des ressources humaines chez Microsoft. La surcharge numérique est en effet devenue un réel problème dans cette nouvelle ère du travail à distance. L’édition 2021 du Work Trend Index — menée auprès de 31 092 travailleurs à temps plein ou indépendants, sur 31 secteurs, entre le 12 janvier 2021 et le 25 janvier 2021 — révèle que 54% des personnes interrogées se sentent surchargées de travail, tandis que 39% se disent littéralement épuisées.

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Des chercheurs de Stanford se sont, quant à eux, récemment intéressés aux conséquences psychologiques dues aux heures quotidiennes passées sur les plateformes de visioconférence, ce qu’ils appellent « la fatigue Zoom ». Il apparaît que quatre raisons majeures sont responsables de l’épuisement ressenti :

  1. La quantité de contact visuel avec lequel nous nous engageons, ainsi que la taille des visages sur les écrans, ne sont pas naturelles ;
  2. Se voir soi-même constamment, en temps réel, est fatigant, car là encore, ce n’est pas quelque chose de naturel ;
  3. Notre mobilité habituelle est considérablement réduite ;
  4. La charge cognitive est beaucoup plus élevée, du fait que les signes de communication non verbale soient plus difficiles à interpréter que lors d’un face-à-face physique.
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Les recommandations des chercheurs ? Limiter si possible le nombre quotidien de ces appels vidéos et élargir le champ de la caméra, voire désactiver complètement celle-ci de temps à autre. Microsoft a d’ores et déjà mis en place des solutions techniques pour préserver le bien-être des travailleurs. Dans Outlook, il est par exemple possible de définir une « heure tampon » de 5, 10 ou 15 minutes, garantissant que les réunions via Teams ne s’enchaîneront pas. Autre option : le mode « Ensemble », qui permet de réunir virtuellement l’ensemble des participants dans un environnement de type salle de conférence, de manière à ce que l’appel semble plus « naturel ».

Les solutions mises en place doivent surtout être structurelles. Bien que les réunions virtuelles seront peut-être un peu moins fréquentes à l’issue de la pandémie, elles resteront sans doute relativement courantes, à mesure que le télétravail se développera. Les entreprises doivent donc être conscientes des risques inhérents à cette pratique.

Source : Microsoft

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