Le changement climatique engendré par l’Homme mènera-t-il à notre perte ?

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Les preuves scientifiques sont là. Le constat est alarmant, l’urgence est indéniable. Le changement climatique menace le bien-être de l’humanité et la santé de toute la planète. En mai 2022, L’ONU et l’Organisation météorologique mondiale (OMM) alertent sur l’accélération du réchauffement climatique. Les secrétaires généraux des deux institutions mettent en garde contre des effets ravageurs durables sur les écosystèmes mondiaux. Quatre marqueurs clés du réchauffement climatique ont battu de nouveaux records en 2021, a indiqué ce mercredi l’ONU. Les Nations Unies y voient la preuve que le système énergétique mondial conduit l’humanité à la catastrophe. Le changement climatique engendré par l’Homme mènera-t-il à notre perte ?

L’effet de serre associé à la présence dans l’atmosphère de CO2, qui absorbe une partie du rayonnement infrarouge émis par la surface de la Terre et agit ainsi comme une sorte de couverture, est connu depuis une centaine d’années. En raison de nos émissions de ce gaz à effet de serre, nous vivons dans un monde plus chaud de 1 °C en moyenne.

Si l’Accord de Paris prévoit de limiter le réchauffement bien en dessous de 2 °C, le monde n’en prend pas le chemin. À +2 °C, le nombre d’événements extrêmes comme les canicules, des précipitations intenses et des sécheresses augmenterait drastiquement, et certains seuils critiques seraient dépassés, entraînant des dommages irréversibles.

En décembre 2020, l’IPBES publie le premier rapport de l’histoire sur l’état de la biodiversité et ses relations avec les changements climatiques. Sur les 20 objectifs que s’était fixés la Convention sur la Diversité Biologique, en octobre 2010 (nommés « Objectifs d’Aichi »), aucun n’a été « totalement atteint » en 2020 et seulement 6 sont qualifiés de « partiellement atteints ».

Le cri d’alarme du GIEC, de l’IPBES et de l’ONU ne semble faire réagir que légèrement et lentement les décideurs politiques. Le changement climatique s’accélère, preuve en est, s’il en fallait vraiment une autre, le nombre de vagues de chaleur qui s’abat sur la France cet été. Est-ce vraiment trop tard pour agir ? Sommes-nous voués à l’extinction par nos propres actions et cupidité capitaliste ?

Un constat alarmant

Quatre indicateurs clés du changement climatique — la concentration des gaz à effet de serre, l’élévation du niveau de la mer, le réchauffement et l’acidification des océans — ont établi de nouveaux records en 2021. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), ceci démontre une fois encore la réalité des changements provoqués par les activités humaines à l’échelle planétaire, sur terre, dans les océans comme dans l’atmosphère, changements qui ont des répercussions délétères et pérennes sur le développement durable et les écosystèmes.

Sans compter que les conditions météorologiques extrêmes, qui sont la traduction au quotidien du changement climatique et ont causé un préjudice économique de plusieurs centaines de milliards de dollars, se sont soldées par un bilan humain très lourd et eu un impact majeur sur la qualité de la vie de très nombreuses personnes. Leurs répercussions sur la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau ainsi que sur les déplacements de populations, se sont accentuées en 2022.

Le rapport de l’OMM sur l’état du climat mondial en 2021 confirme que les sept dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Si 2021 n’a été « que l’une » des sept années les plus chaudes, c’est grâce à des épisodes La Niña — phase froide de El Niño — du début et de la fin de l’année, qui ont entraîné un refroidissement temporaire sans pour autant inverser la tendance générale à la hausse des températures. En 2021, la température moyenne sur la planète était supérieure d’environ 1,11 °C à sa valeur préindustrielle.

Critiquant « la lamentable et récurrente incapacité de l’humanité à s’attaquer au dérèglement climatique », le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a profité de la publication de ce rapport phare de l’OMM pour appeler à la mise en œuvre de toute urgence de la « solution évidente » constituée par la transformation des systèmes énergétiques afin de sortir de « l’impasse » des combustibles fossiles. En effet, la température planétaire se stabilisera lorsque les émissions de dioxyde de carbone seront ramenées à une valeur nette de zéro.

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Aujourd’hui ou jamais ?

Le Secrétaire général de l’OMM, M. Petteri Taalas, déclare : « Ce n’est qu’une question de temps avant qu’une autre année ne devienne la plus chaude jamais enregistrée. Le climat est en train de changer sous nos yeux. La chaleur piégée par les gaz à effet de serre d’origine anthropique réchauffera la planète pendant des générations. L’élévation du niveau de la mer, le réchauffement et l’acidification des océans se poursuivront pendant des centaines d’années si l’on n’invente pas des moyens d’éliminer le carbone de l’atmosphère. Certains glaciers ont atteint un point de non-retour, ce qui aura des répercussions à long terme dans un monde où plus de deux milliards d’êtres humains subissent déjà un stress hydrique ».

La fenêtre de tir pour s’adapter aux conséquences du changement climatique, provoqué par les activités humaines, se réduit. Mais elle n’est pas refermée. C’est pourquoi les prochaines années seront décisives. Dans les scénarios évalués par les experts du climat, pour limiter le réchauffement à environ 1,5 °C, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient atteindre leur valeur maximale avant 2025, puis diminuer de 43% d’ici à 2030. Il faudrait une réduction parallèle d’environ un tiers du méthane. Néanmoins, le seuil serait dépassé temporairement, puis la température pourrait redescendre au-dessous pour la fin du siècle. Pour limiter l’élévation de la température à 1,5 °C, les émissions mondiales de dioxyde de carbone doivent être ramenées à la valeur nette de zéro d’ici le début des années 2050.

Si l’humanité vise une élévation de température de 2 °C, la date butoir se situe au début des années 2070. Selon cette évaluation, les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent atteindre leur valeur maximale avant 2025 au plus tard, puis diminuer d’un quart d’ici à 2030.

Concrètement, il faudrait multiplier d’un facteur 3 à 6 les ressources dont l’humanité dispose pour limiter l’élévation de la température à 2 °C à l’horizon 2030. Pourtant, afin d’enclencher et réussir cette transition énergétique mondiale, le volume de capitaux et de liquidités disponibles à l’échelle planétaire est suffisant pour atteindre le montant à investir. Tout dépendra de la clarté des signaux que donneront les gouvernements et la communauté internationale, notamment par l’adoption de mesures financières et de politiques plus fermes de la part du secteur public. M. Shukla, coprésident du Groupe de travail III du GIEC, explique : « Sans prendre en compte les avantages économiques qui découleraient d’une diminution des coûts d’adaptation ou de l’enrayement du changement climatique, en 2050, le produit intérieur brut (PIB) mondial ne serait inférieur que de quelques points de pourcentage si nous renoncions à maintenir les politiques actuelles pour prendre les mesures nécessaires à la limitation du réchauffement à 2 °C ».

La forêt est notre meilleure alliée, mais est malmenée par l’Europe

En mai dernier, dans un rapport, la FAO affirmait que les multiples crises auxquelles le monde est confronté (COVID-19, conflits, crise climatique et perte de biodiversité) font subir des effets dont on peut se relever avec l’aide des forêts, mais cela passe par une intensification des mesures requises pour déverrouiller leur potentiel.

En effet, la FAO définit trois solutions : mettre fin à la déforestation — permettant d’éviter l’émission de 3,6 gigatonnes d’équivalent dioxyde de carbone par an — et restaurer les terres dégradées ; développer l’agroforesterie ; utiliser les forêts sur un mode durable et créer des chaînes de valeur respectueuses de l’environnement.

Ce n’est pourtant pas cette voie que prend l’Europe. Alors que les rapports s’entassent tous plus alarmants les uns que les autres et tous s’accordant à reconnaître l’impact désastreux de la déforestation, l’Europe entend consacrer un cinquième des terres cultivées à la bioénergie, et à multiplier les importations de bois, accroissant de fait la déforestation à l’échelle mondiale. Dans une tribune au journal Le Monde, trois scientifiques, Denis Couvet, Wolfgang Cramer et Timothy D. Searchinger, alertent sur la politique climatique de l’Union européenne, se faisant l’écho d’un groupe de scientifiques de toute l’Europe, appelant le Parlement européen à modifier le plan par des amendements raisonnables.

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Si les mesures telles que celles prises par l’Europe se multiplient, les Hommes courent à leur perte, en toute connaissance de cause. Sans compter que les feux de forêt à répétition, induits directement par le réchauffement climatique, détruisent encore un peu plus cet écosystème vital.

Ne jamais abandonner et viser les étoiles

Bien avant le rapport de l’IPBES de décembre 2020, le très célèbre physicien Stephen Hawking lors d’un débat organisé par l’Oxford Union Society, le 14 novembre 2016 avait fait une triste prédiction : « Je ne pense pas que nous survivrons 1000 ans de plus si nous ne nous échappons pas de notre fragile planète ».

Seul espoir de survie pour l’humanité : trouver une autre planète habitable. D’ici à dans mille ans, « il faudrait que nous nous soyons déjà propagés dans l’espace, vers d’autres étoiles, de sorte qu’un désastre sur la Terre ne signifierait pas la fin de la race humaine ».

« Rappelez-vous de regarder en l’air, vers les étoiles. […] Soyez curieux. Même si la vie peut paraître compliquée, il y a toujours quelque chose que vous pouvez faire et que vous pouvez réussir. Ce qui compte, c’est que vous n’abandonniez pas ».

C’est d’ailleurs ce que fait la NASA en coopération avec l’agence spatiale européenne (ESA) et l’agence spatiale canadienne, en ayant déployé le télescope spatial le plus puissant de tous les temps, James Webb, qui devrait nous aider à mieux comprendre l’Univers et peut-être à trouver ce que Stephen Hawking espérait, une « planète refuge ». L’image de l’Univers la plus profonde à ce jour a notamment été dévoilée le 12 juillet dernier.

Mais avant de déserter la Terre, l’ONU et l’IPBES déclarent que des solutions existent, pour minimiser les conséquences du changement climatique.

Les solutions existent déjà !

Dans un message vidéo, M. Guterres a proposé des mesures essentielles pour donner un véritable élan à la transition vers les énergies renouvelables. Il s’agit notamment d’améliorer l’accès aux technologies et aux équipements correspondants, d’un triplement des investissements privés et publics dans ce domaine et de la fin des subventions aux combustibles fossiles, qui s’élèvent à environ 11 millions de dollars américains par minute.

Il déclare : « Le monde doit agir au cours de cette décennie pour éviter que les effets du changement climatique ne s’aggravent et pour maintenir l’augmentation de la température en dessous de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels ».

Dans un premier temps, d’importantes mesures de transition seront nécessaires dans le secteur énergétique pour limiter le réchauffement climatique. Il faudra notamment réduire considérablement l’utilisation des combustibles fossiles, procéder à une électrification d’envergure, améliorer le rendement énergétique et user de carburants de substitution (tels que l’hydrogène). Ces changements de mode de vie peuvent améliorer notre santé et notre bien-être, quand on sait que 10% des cancers en Europe sont imputables à la pollution atmosphérique.

En second lieu, les villes et autres zones urbaines offrent également des possibilités de réduire les émissions. Cela passe par une consommation d’énergie réduite (en créant des villes compactes et propices à la marche), combiner l’électrification des transports avec l’adoption de sources d’énergie à faible émission de carbone, et favoriser les mécanismes naturels d’absorption et de stockage du carbone. Il existe des solutions pour les villes existantes, en croissance rapide ou nouvelles, avec des bâtiments à consommation énergétique nulle ou à bilan carbone nul.

De plus, la réduction des émissions industrielles passe par une utilisation plus efficace des matériaux, la réutilisation ou le recyclage des produits et la diminution au strict minimum des déchets. Il faut savoir que le secteur industriel est responsable d’environ un quart des émissions mondiales. Réduire les émissions à des valeurs nulles sera un défi et exigera l’adoption de nouveaux procédés de production, déjà en phase pilote ou proches de la commercialisation pour les matériaux de base (l’acier, les matériaux de construction et les produits chimiques).

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Enfin, l’agriculture, la foresterie et de nouvelles affectations des terres permettent une réduction d’envergure des émissions, de même que le piégeage et le stockage du dioxyde de carbone à grande échelle. Toutefois, les terres ne pourront pas compenser l’ajournement des réductions d’émissions dans les autres secteurs. Nous devons appliquer des solutions ciblées pour favoriser la biodiversité, mieux nous adapter au changement climatique et préserver les moyens de subsistance et l’approvisionnement en nourriture, en eau et en bois.

Valoriser la nature pour survivre

Tenir compte de tous les avantages que la nature offre aux humains et redéfinir ce que signifie avoir une « bonne qualité de vie » est essentiel pour vivre de manière durable sur Terre, selon une évaluation de quatre ans réalisée par 82 scientifiques de renom, publiée lundi 11 juillet 2022. Ils ont analysé plus de 13 000 études scientifiques sur la destruction des écosystèmes, ses raisons et les valeurs alternatives qui pourraient favoriser leur durabilité.

En effet, le document rappelle que 50 000 espèces sauvages (faune et flore) répondent aux besoins de milliards de personnes sur la planète. Néanmoins, l’accent mis par le marché sur les profits à court terme et la croissance économique signifie que les avantages plus larges de la nature et la biodiversité ont été ignorés, ce qui a conduit à des décisions dangereuses pour nous et la planète, réduisant le bien-être des populations et contribuant aux crises climatiques. Pour parvenir à un développement durable, les approches qualitatives doivent être intégrées dans la prise de décision.

Ainsi, les auteurs identifient quatre « points de levier » centrés sur les valeurs qui peuvent aider à créer les conditions du changement nécessaire pour un avenir plus durable et plus juste : (1) reconnaître les diverses valeurs de la nature ; (2) intégrer l’évaluation dans la prise de décisions ; (3) réformer les politiques et les réglementations pour intérioriser les valeurs de la nature et (4) changer les normes et objectifs sociétaux sous-jacents pour les aligner sur les objectifs mondiaux de durabilité et de justice.

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Le professeur Pascual explique : « Notre analyse montre que diverses voies peuvent contribuer à réaliser un avenir juste et durable. Le rapport accorde une attention particulière aux futures voies liées à ‘l’économie verte’, à la ‘décroissance’, à la ‘gestion de la Terre’ et à la ‘protection de la nature’. Bien que chaque parcours repose sur des valeurs différentes, ils partagent des principes alignés sur la durabilité. Les voies découlant de diverses visions du monde et systèmes de connaissances, par exemple ceux associés au bien-vivre et à d’autres philosophies du bien-vivre, peuvent également conduire à la durabilité ».

Afin de rendre ce rapport utile à la prise de décision, les auteurs présentent quatre perspectives générales : vivre de, avec, dans et comme la nature. Vivre de la nature met l’accent sur la capacité de la nature à fournir des ressources pour soutenir les moyens de subsistance, les besoins et les désirs des populations — la nourriture et les biens matériels. Vivre avec la nature fait référence à la vie « autre qu’humaine », comme le droit intrinsèque des poissons d’une rivière à prospérer indépendamment des besoins humains. Vivre dans la nature renvoie à l’importance de la nature comme cadre du sentiment d’appartenance et d’identité des populations. Vivre comme la nature considère le monde naturel comme une partie physique, mentale et spirituelle de soi.

L’évaluation des valeurs de l’IPBES est publiée à un moment extrêmement important, juste avant l’accord par les Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP 15, à Montréal, du 5 au 17 décembre prochain) sur un nouveau cadre mondial de la biodiversité pour la prochaine décennie. Mais comme toujours, ce sont les décideurs politiques qui appliqueront ou non ce nouveau cadre, face auquel l’anthropocentrisme et le capitalisme sont deux obstacles qui semblent infranchissables.

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