Le tatouage est une forme d’art et d’esthétisme dont les traces les plus anciennes remontent à plus de 5000 ans. Aujourd’hui, il est de plus en plus répandu à travers le monde. En noir et blanc ou en couleurs, il nécessite un outillage bien particulier permettant de faire pénétrer l’encre dans la peau. Cependant, une fois celle-ci dans la peau, comment reste-t-elle en place ? 

Bien que le tatouage soient un phénomène esthétique aujourd’hui fortement démocratisé, la science qui se cache derrière n’est pas toujours facile à appréhender. Ainsi, la réponse la plus courante des personnes interrogées est que l’aiguille du tatoueur injecte l’encre assez profondément dans la peau afin qu’elle y reste en place.

En réalité, une aiguille de tatouage ressemble plus à une plume à écrire qu’à une seringue ; l’encre n’est pas propulsée à travers l’aiguille mais suspendue à la pointe de celle-ci quand le tatoueur la trempe dans le pot. Puis, lorsque la pointe de l’aiguille traverse l’épiderme et le derme, l’encre est diffusée par capillarité.

Dès lors, une fois dans la peau, comment l’encre demeure-t-elle en place de manière permanente ? Les scientifiques savent depuis quelques années que l’encre est maintenue non par saturation des cellules dermiques mais grâce à des cellules immunitaires particulières : les macrophages. Ces cellules débarrassent l’organisme des débris cellulaires, des corps étrangers ou des pathogènes en les absorbant.

À chaque blessure, plusieurs dizaines de macrophages sont recrutés. Donc lorsque l’aiguille de tatouage pénètre la peau encore et encore, les macrophages interviennent et absorbent l’encre via leur membrane cellulaire, lui permettant ainsi de rester en place.

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Néanmoins, au regard de la courte durée de vie des macrophages, les scientifiques ne comprenaient pas comment l’encre pouvait demeurer aussi longtemps dans la peau, sans être détériorée et évacuée par l’organisme.

Ce sont des biologistes du Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy (France, INSERM) qui ont apporté la réponse à travers une étude parue dans le Journal of Experimental Medicine.

Selon les chercheurs, lorsqu’un macrophage finit par mourir, il libère l’encre qu’il avait absorbé parmi les cellules dermiques ; presque immédiatement après, un autre macrophage absorbe de nouveau l’encre et prend la place du précédent. Ainsi, un cycle sans fin s’instaure entre la mort d’anciens macrophages et leur remplacement par des nouveaux.

Initialement, les biologistes ont commencé par étudier ce phénomène en analysant les pigments naturels présents chez les souris noires. Lorsque les cellules produisant les pigments meurent, elles relâchent ces derniers et des macrophages viennent les absorber par sécurité. En découvrant ce processus, les chercheurs se sont interrogés sur le fait de savoir si ce mécanisme pouvait être appliqué à l’encre des tatouages.

souris tatouage macrophages

Grâce à la recapture de l’encre par de nouveaux macrophages, le tatouage est similaire avant (gauche) et après (droite) la destruction des macrophages. Crédits : Baranska et al., 2018

Ils ont donc tatoué une souris génétiquement modifiée pour que ses macrophages soient facilement destructibles. Après confirmation que l’encre avait bien été absorbée par les cellules immunitaires, ils ont détruit celles-ci. Les biologistes se sont alors aperçus qu’aucun changement dans le tatouage ne s’était opéré car l’encre avait été totalement réabsorbée par de nouveaux macrophages.

Ils ont ensuite greffé une partie de peau tatouée sur une autre souris, et ont découvert que 6 semaines après, l’encre avait été absorbée par les macrophages natifs de cette souris.

Les auteurs suggèrent que ce processus est certainement identique chez les humains, bien que nos macrophages aient une durée de vie plus longue que ceux des souris. Bien entendu, les tatouages n’ont pas une durée de vie infinie, ils s’éclaircissent et disparaissent quelque peu avec le temps. Pour les chercheurs, cet effacement progressif s’explique par le fait que, lors du cycle de capture-libération-recapture de l’encre, une petite fraction de celle-ci est évacuée par l’organisme entre deux macrophages.

encre macrophage capture

Les pigments verts du tatouage sont absorbés par un macrophage (gauche). Puis une fois que celui-ci meurt, les pigments sont libérés (centre). Mais quelques jours après, ils sont réabsorbés par un nouveau macrophage (droite). Crédits : Baranska et al., 2018

Cette découverte pourrait conduire à des techniques de suppression de tatouages plus efficaces. L’effacement par laser fonctionne en faisant éclater les macrophages en tous petits morceaux drainés par le système lymphatique. Mais cela nécessite généralement plusieurs sessions et tous les tatouages ne répondent pas de la même manière. Certains tatouages ne font que partiellement s’effacer, et cela pourrait s’expliquer par le fait que des macrophages continuent d’être recrutés pour capturer l’encre, compensant ainsi l’action du laser. Si, en combinaison avec le laser, la zone était purgée de ses macrophages (grâce à des anticorps par exemple), l’effacement pourrait être total.

Source : Journal of Experimental Medicine

Une réponse

  1. Steph

    Bonjour,
    Est-ce que cela veut dire que les tatouages favorisent une usure prématurée des défenses immunitaires?
    A force de remplacer ces macrophages, y’a-t-il un risque de ne plus en avoir assez?

    Répondre

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