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De nombreuses études ont montré les formidables capacités, individuelles ou sociétales, des rats. Ils sont capables de résoudre des énigmes basiques, de s’organiser en colonies hiérarchisées et de réaliser des tâches complexes. Ils parviennent également à éviter le danger de manière particulièrement efficace. Et des chercheurs de l’Institut des Neurosciences des Pays-Bas ont finalement découvert un élément clé dans ce mécanisme : l’empathie. En effet, en reconnaissant et ressentant la peur et les émotions de leurs congénères, les rats savent quand éviter un danger immédiat.

Leur étude montre que les rats peuvent utiliser leurs semblables comme antennes signalant le danger, en étant extrêmement sensibles aux émotions des rats qui les entourent. Avec cette découverte, de nouvelles cibles pour le traitement des troubles de l’empathie chez l’Homme, tels que la psychopathie et la démence fronto-temporale, pourraient être identifiées à l’avenir. L’étude a été publiée dans la revue PLOS Biology.

Se préparer au danger grâce à l’empathie

Contrairement à l’idée voulant que l’empathie soit à sens unique, où une personne partage la douleur d’une autre, les chercheurs ont découvert un processus plus interactif, dans lequel les animaux alignent leurs émotions par des influences mutuelles. Ils ont mis deux rats face à face, puis ont surpris l’un d’eux (le démonstrateur) avec une brève stimulation électrique des pattes. Ils ont ensuite observé la réaction des deux rats (l’autre étant le spectateur).

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Lorsqu’un rat montre une réaction de peur, l’autre rat la ressent également. En contrepartie, la réaction du deuxième conditionne la peur ressentie par le premier. Crédits : Yingying Han et al. 2019

« La première chose que nous avons observé est qu’en voyant son voisin sauter, le spectateur a soudainement peur aussi. Le spectateur ressent la peur du démonstrateur » explique Rune Bruls. La réaction du spectateur influence la façon dont le démonstrateur ressent le choc subi. Les spectateurs qui avaient moins peur ont réduit la peur de leurs démonstrateurs. « La peur passe d’un rat à l’autre. De cette façon, un rat peut se préparer au danger avant même de le voir ».

Un processus empathique similaire à celui des humains ?

Chez l’Homme, assister à la douleur des autres active une région entre les deux hémisphères qui est également active lorsque nous ressentons de la douleur au sein de notre propre corps. Ceci est considéré comme l’une des principales régions d’empathie du cerveau. Pour voir si cette région est la même chez le rat, l’équipe a injecté un médicament pour réduire temporairement l’activité de cette zone.

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« Ce que nous avons observé était frappant : sans la région que les humains utilisent pour faire preuve d’empathie, les rats n’étaient plus sensibles à la détresse d’un autre rat. Notre sensibilité aux émotions des autres est donc peut-être plus semblable à celle du rat que beaucoup ne le pensaient » explique Christian Keysers.

Une empathie indépendante de la familiarité des individus

L’étude a également révélé que l’empathie est indépendante du fait de connaître ou non l’individu concerné. Pour les rats qui ne s’étaient jamais rencontrés, les émotions de l’autre rat étaient aussi contagieuses que pour les rats qui avaient partagé la même “maison” pendant 5 semaines. « Cela remet vraiment en question nos notions sur l’origine de l’empathie » explique Valeria Gazzola.

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La familiarité entre individus n’influence pas la capacité des rats à être empathiques. Ils montrent de l’empathie pour des individus familiers comme pour des inconnus. Crédits : Yingying Han et al. 2019

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Beaucoup croient que les humains et les animaux sont empathiques car ils sont sensibles à la souffrance de leur progéniture. Cette préoccupation parentale se généralise ensuite à l’empathie pour les amis les plus proches. « Ce que nos données suggèrent, c’est qu’un observateur partage les émotions des autres parce qu’il permet à l’observateur de se préparer au danger. Il ne s’agit pas d’aider la victime, mais d’éviter de devenir vous-même une victime » explique Gazzola.

Un niveau d’empathie dépendant des expériences passées

Bien que la familiarité avec le démonstrateur ne joue aucun rôle dans la réaction empathique ou non d’un rat, l’expérience antérieure le fait. Efe Soyman a comparé deux groupes d’observateurs : un qui avait connu une stimulation électrique dans le passé et un autre qui n’en avait pas connue. Il a constaté que si les observateurs expérimentés montraient des niveaux élevés de peur empathique, ceux inexpérimentés réagissaient à peine à ce qui était arrivé au démonstrateur.

C’est important, car cela montre que la contagion émotionnelle n’est pas un mécanisme inné, mais quelque chose que nous devons apprendre. « Les rats sont comme les humains : plus nos expériences correspondent à celles des personnes que nous observons, plus nous pouvons comprendre ce qu’ils ressentent » conclut Soyman.

Sources : PLOS Biology

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