Russie-Ukraine : Tchernobyl se retrouve privée d’électricité

Russie Ukraine Tchernobyl privée électricité
La centrale nucléaire de Tchernobyl, recouverte de son sarcophage d'isolation. | Getty Images
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L’explosion de la centrale à Tchernobyl est l’un des accidents nucléaires les plus catastrophiques du XXe siècle. Classée comme catastrophe nucléaire de niveau 7 (le niveau le plus élevé), elle a causé énormément de dégâts à court et à long terme et est encore aujourd’hui sous surveillance vigilante, afin d’empêcher les fuites radioactives. Pour cela, le site s’appuie notamment sur un système de refroidissement des déchets nucléaires. Or, la centrale a été la première zone bombardée par les Russes dans leur invasion de l’Ukraine, empêchant une partie du site d’être alimenté en électricité. La zone en question est cependant essentielle au fonctionnement du système de refroidissement. L’ONU et les autorités ukrainiennes s’inquiètent alors des potentielles retombées radioactives, bien que cela soit peu probable selon certains experts. La situation la plus préoccupante est celle des employés de la centrale, retenus en otage depuis près de deux semaines.

Pour rappel, l’accident de Tchernobyl, survenu en 1986, a été causé par l’explosion de l’un de ses réacteurs (le n°4). Ce dernier, fonctionnant normalement avec une puissance de 3200 MWth est passé à près de 33 000 MWth, et a conduit à la fusion de son coeur. Les combustibles surchauffés ont fait fondre quasiment toutes les structures qui maintenaient le réacteur. Ce dernier, toujours en fusion (à basse température) aujourd’hui, est isolé par deux « sarcophages », en plus de plusieurs tentatives de décontamination.

Malgré toutes les dispositions possibles, le réacteur et l’ensemble du site représentent toujours un danger. Un grand nombre de matériaux radioactifs y sont encore stockés, à l’intérieur d’une structure permettant de les refroidir. Elle comprend un circuit de refroidissement composé d’une cuve d’eau, dans laquelle les matières radioactives sont collectées. L’eau est pompée et nettoyée régulièrement, afin d’être renouvelée et refroidie.

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Ce système de refroidissement nécessite donc de l’électricité. Sans cette dernière, les autorités ukrainiennes avertissent que la probabilité d’évaporation et de rejet de radioactivité pourrait augmenter. Sans refroidissement, l’eau de la cuve pourrait s’évaporer et contaminer l’air avec des isotopes radioactifs. Les premiers exposés seraient donc les 210 employés du site. L’Ukraine a d’ailleurs attribué les dommages aux bombardements de la Russie.

Bien que Dmytro Kuleba, ministre des Affaires étrangères d’Ukraine, ait assuré que les générateurs diesel de réserve de la centrale avaient une capacité de 48 heures, l’Ukraine affirme avoir totalement perdu le contrôle de la centrale, y compris la surveillance. Elle ne peut plus, par exemple, monitorer les taux de radiation, d’après Livescience.

Appel au cessez-le-feu

Depuis la prise violente du site par près de 400 soldats russes, les employés de la centrale se trouvent dans une situation de plus en plus stressante. Rafael Mariano Grossi, directeur général de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), appelle au cessez-le-feu, en déclarant dans un communiqué qu’il devenait de plus en plus urgent pour la gestion sécuritaire de Tchernobyl de faire en sorte que les techniciens et gardes qui y travaillent puissent se relayer. Travaillant normalement en rotation, ces employés vivent maintenant depuis 13 jours sur le site, et contrôlent tant bien que mal la sécurité nucléaire de la centrale.

« Leur capacité à prendre des décisions sans pression fait partie des sept piliers indispensables de la sûreté et de la sécurité nucléaires », souligne-t-il lors d’une réunion du Conseil des gouverneurs de l’AIEA le 2 mars. « Je suis profondément préoccupé par la situation difficile et stressante à laquelle est confronté le personnel de la centrale nucléaire de Tchernobyl et les risques que cela implique pour la sûreté nucléaire », ajoute-t-il.

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Pour le moment, la gestion des matériaux nucléaires à la centrale a été suspendue. Le site, au coeur d’une zone d’exclusion, comprend des réacteurs déclassés ainsi que des installations contenant des déchets radioactifs. De plus, l’AIEA a déclaré qu’elle ne pouvait communiquer avec la centrale que par e-mail. Le directeur Grossi a également indiqué que le signal de transmission à distance des données des systèmes de surveillance installés à Tchernobyl a été perdu.

Certains experts sous-estiment-ils les risques ?

Malgré l’inquiétude des autorités ukrainiennes, certains experts en énergie nucléaire pensent que, comme les barres de combustible usé ont plus de 22 ans et ont beaucoup refroidi depuis l’accident, le risque de fuite radioactive est bas. D’après leurs estimations, la chaleur dégagée par les combustibles serait tellement basse que l’eau de la cuve de refroidissement ne s’évaporerait que plusieurs mois après. De plus, la circulation naturelle de l’air devrait suffire à les rafraîchir.

Huit des 15 réacteurs nucléaires ukrainiens sont encore opérationnels, dont deux à la centrale de Zaporizhzhya. Contrairement à Tchernobyl, cette dernière est l’un des piliers énergétiques de l’Ukraine et est contrôlée depuis la semaine dernière par les forces russes. Le personnel de la centrale y travaille également en rotation et les niveaux de rayonnement sont normaux. Deux questions se posent alors : pourquoi Poutine a-t-il également choisi d’assiéger Tchernobyl ? Et pourquoi y avoir empêché la rotation des équipes ?

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