La COVID-19 pourrait devenir à terme une maladie similaire au rhume

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En ce début d’année incertain, la pandémie bat son plein dans de nombreux pays. Certains, comme le Royaume-Uni, n’hésitent plus à prendre des mesures drastiques pour tenter d’en sortir, avec notamment la mise en place d’une campagne de vaccination de masse visant à inoculer 15 millions de doses d’ici la mi-février. Alors que les espoirs d’une année meilleure se font donc ressentir, des experts ont émis une hypothèse qui se veut rassurante pour notre avenir : le coronavirus SARS-CoV-2 pourrait, au fil du temps et des immunisations, s’affaiblir et réellement devenir (comme certains le prétendent déjà) similaire à un rhume.

Depuis le début de la pandémie, les experts nous ont avertis que le nouveau coronavirus pourrait devenir endémique, c’est-à-dire persister à jamais dans le monde. Face à cette annonce incomplète à l’époque, l’inquiétude était grimpée de plusieurs crans. Cependant, selon une étude publiée mardi dans la revue Science, si le virus doit effectivement persister au sein des populations, sa dangerosité ne serait à terme plus la même, le virus devenant de plus en plus faible au fur et à mesure que la population développe des défenses efficaces contre ce dernier, suite à une infection naturelle ou à une vaccination.

Encore de nos jours, nous voyons le virus responsable de la COVID-19 comme une sérieuse menace, car il s’agit d’un agent pathogène dont les mécanismes d’infection sont encore partiellement inconnus, et qui peut littéralement submerger le système immunitaire d’un adulte. Mais selon la nouvelle étude, ce ne sera plus le cas une fois que tout le monde aura été exposé au virus ou au vaccin.

Les enfants, en revanche, sont constamment confrontés à des agents pathogènes nouveaux, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ils sont plus aptes que les adultes à combattre le SARS-CoV-2. L’étude suggère qu’à terme, le virus pourrait être préoccupant uniquement chez les enfants de moins de 5 ans, bien qu’ils pourraient dans de nombreux cas montrer des symptômes légers, voire aucun symptôme.

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« Le temps nécessaire pour atteindre ce type d’état endémique dépend de la rapidité avec laquelle la maladie se propage, et de la rapidité avec laquelle la vaccination est mise en place », a déclaré Jennie Lavine, une postdoctorante de l’Université Emory d’Atlanta, qui a dirigé l’étude. « Le but est donc de faire en sorte que tout le monde soit exposé pour la première fois au vaccin le plus rapidement possible ».

Une immunité qui se construit dès le plus jeune âge

Le Dr Lavine et ses collègues se sont tournés vers les six autres coronavirus humains (quatre qui causent le rhume ainsi que les virus du SRAS et du MERS) pour trouver des indices sur le devenir du SARS-CoV-2. Les quatre coronavirus responsables du rhume sont endémiques et ne produisent que des symptômes bénins. Le SRAS et le MERS quant à eux, qui sont apparus respectivement en 2003 et 2012, provoquaient de graves symptômes, mais ils ne se sont pas propagés à grande échelle. Alors que tous ces coronavirus produisent une réponse immunitaire similaire, le nouveau virus est plus proche des coronavirus endémiques du rhume, selon l’hypothèse du Dr Lavine et de ses collègues.

En réanalysant les données d’une étude précédente, les chercheurs ont découvert que la première infection par les coronavirus du rhume se produit en moyenne entre 3 et 5 ans. Après cet âge, les individus peuvent être infectés à plusieurs reprises, ce qui renforce l’immunité et maintient les virus en circulation. Mais ils ne tombent pas malades.

Sur cette comparaison, les chercheurs prévoient un avenir similaire pour le nouveau coronavirus. Selon la vitesse à laquelle il se propage, et selon la force et la longévité de la réponse immunitaire, il faudrait quelques années à des décennies d’infections naturelles pour que le coronavirus devienne endémique, déclare Lavine. Sans vaccin, le chemin le plus rapide vers le statut d’endémie est aussi le pire. Le prix à payer pour l’immunité de la population serait une maladie généralisée et la mort pour de nombreuses personnes âgées ou à risque. Cependant, les vaccins permettent de changer la donne : plus vite les gens sont vaccinés, mieux ça sera, déclarent les chercheurs. Un programme de vaccination efficace pourrait réduire à un an, voire à six mois, le délai nécessaire pour que le coronavirus devienne une infection endémique.

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Une éradication peu probable…

Néanmoins, il est peu probable que les vaccins éradiquent le coronavirus, prédit Lavine. Le virus deviendra un habitant permanent, bien que plus bénin, de notre environnement. D’autres experts ont déclaré que ce scénario était non seulement plausible, mais probable. « Je suis tout à fait d’accord avec la construction intellectuelle globale de l’article », a déclaré Shane Crotty, virologue à l’Institut d’immunologie de La Jolla à San Diego. Si les vaccins empêchent les gens de transmettre le virus, « alors cela ressemble beaucoup plus au scénario de la rougeole, où l’on vaccine tout le monde, y compris les enfants, et on ne voit vraiment plus le virus infecter la population ».

Selon lui, il est plus plausible que les vaccins préviennent la maladie (et pas nécessairement l’infection et la transmission). Et cela signifie que le coronavirus continuera de circuler. « Il est peu probable que les vaccins dont nous disposons actuellement confèrent une immunité stérilisante », déclare Jennifer Gommerman, immunologiste à l’Université de Toronto. L’infection naturelle par le coronavirus produit une forte réponse immunitaire dans le nez et la gorge. Mais avec les vaccins actuels, « vous n’obtenez pas une réponse immunitaire naturelle dans les voies respiratoires supérieures proprement dites, mais une injection dans le bras », déclare le Dr Gommerman. Cela augmente la probabilité que des infections se produisent encore, même après la vaccination.

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En fin de compte, le modèle du Dr Lavine repose sur l’hypothèse que le nouveau coronavirus est similaire aux coronavirus du rhume. Mais cette hypothèse pourrait ne pas tenir, a averti Marc Lipsitch, épidémiologiste à l’école de santé publique T.H. Chan de Harvard, à Boston. « D’autres infections à coronavirus peuvent ou non être applicables, car nous n’avons pas vu ce que ces coronavirus peuvent faire à une personne âgée (qui n’a jamais été exposée au virus) », a déclaré le Dr Lipsitch.

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Un autre scénario plausible serait que le virus pourrait en venir à ressembler à la grippe saisonnière, qui est bénigne certaines années et plus meurtrière d’autres années. De nouvelles variantes du coronavirus qui échappent à la réponse immunitaire pourraient également compliquer le scénario. « Leur prédiction de devenir comme les coronavirus du rhume commun est un domaine dans lequel j’investirais beaucoup d’argent », déclare Lipsitch. « Mais je ne pense pas que ce soit absolument garanti ».

Quand et comment les coronavirus du rhume sont apparus pour la première fois est un mystère, mais depuis l’émergence du nouveau coronavirus, certains scientifiques ont revu une théorie selon laquelle une pandémie en 1890, qui a tué environ un million de personnes dans le monde, pourrait avoir été causée par l’OC-43, l’un des quatre coronavirus du rhume. « Certains ont suggéré que la population humaine a développé une immunité large et de faible niveau contre l’OC-43, qui a mis fin à la pandémie », explique André Veillette, immunologiste à l’Institut de recherche clinique de Montréal, au Canada. « Ce coronavirus circule actuellement largement dans la communauté de manière plutôt pacifique ».

Source : Science

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