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Des scientifiques ont découvert des fossiles d’une lignée humaine ancienne et disparue, les Dénisoviens, en dehors de la Sibérie.

L’Homme de Denisova, ou Dénisovien, est une espèce éteinte du genre Homo identifiée par analyse génétique en mars 2010, à partir d’une phalange humaine fossile datée d’il y a environ 41’000 ans et trouvée dans la grotte de Denisova (d’où son nom), dans les montagnes de l’Altaï, en Sibérie.

Aujourd’hui, et ce pour la toute première fois, des chercheurs ont découvert des preuves de l’existence des Dénisoviens en dehors de la Sibérie, au Tibet. Ces nouvelles preuves fossiles révèlent que ces anciens parents humains ont également habité le plateau tibétain, soit le plateau le plus haut et le plus large de la Terre, appelé « le toit du monde ». En effet, une mâchoire fossilisée a été découverte dans un haut lieu du bouddhisme tibétain : la grotte de Baishiya, en surplomb d’une falaise de 40 mètres.

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Voici le lieu où la mâchoire fossilisée à été découverte. La grotte est perchée à 40 mètres au-dessus du sol, sur une falaise. Crédits : Dngzhu Zhang/Lanzhou University

C’est l’analyse des protéines d’un os de la mâchoire inférieure, découvert dans la grotte Baishiya Karst, qui a récemment confirmé qu’il s’agissait bien de Dénisoviens. Estimée par datation radio-isotopique comme datant d’au moins 160’000 ans, cette section de la mâchoire est le plus ancien signe d’hominines dans cette région.

Découverte en 1980 à une altitude de plus de 3000 mètres d’altitude, la partie de la mâchoire contient deux grosses molaires : elle était si bien conservée que les scientifiques ont pu modéliser un « miroir » virtuel de la moitié existante pour créer une mâchoire inférieure complète.

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Une reconstruction virtuelle de la mâchoire retouvée (après élimination numérique de la croûte de carbonate adhérente). Les parties en miroir sont ici illustrées en gris. Crédits : Jean-Jacques Hublin/MPI-EVA/Leipzig

L’examen des scientifiques a démontré que l’os provenait d’une population étroitement apparentée aux Dénisoviens découverts en Sibérie. Son emplacement a également permis de résoudre un mystère de longue date sur l’héritage génétique des Dénisoviens.

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En effet, la constitution génétique des Dénisoviens sibériens incluait des adaptations de mode de vie pour vivre en haute altitude (cependant, l’altitude de la grotte sibérienne n’était que de 700 m). De ce fait, selon l’étude, la découverte de la mâchoire sur le plateau tibétain montre que les Dénisoviens vivaient déjà à des altitudes extrêmes il y a 160’000 ans et qu’ils étaient adaptés aux environnements pauvres en oxygène.

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Le côté droit de la mâchoire découverte en 1980. Crédits : Dongju Zhang/Lanzhou University

Autrement dit, bien avant de s’installer en haute altitude dans les montagnes, les Dénisoviens occupaient les plateaux de l’Himalaya. « Le lieu de la découverte est exceptionnel car personne jusqu’ici n’imaginait que des homininés archaïques puissent vivre dans un environnement comme le plateau tibétain », a déclaré Jean-Jacques Hublin, co-auteur de l’étude et directeur du département de l’évolution humaine à l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig, en Allemagne.

La découverte est d’une importance capitale pour plusieurs raisons, précise-t-il. « La première est que nous avons enfin des éléments morphologiques significatifs à attribuer aux Dénisoviens ». Le fossile montre de larges molaires, une mandibule épaisse et une absence de menton (contrairement à l’Homme moderne). « Il ressemble sur beaucoup de points à Neandertal, son groupe-frère. C’est ce à quoi on pouvait s’attendre pour deux cousins aussi proches l’un de l’autre. Mais il est suffisamment différent sur plusieurs autres détails, comme pour la hauteur de la mandibule, pour en être clairement distinct ».

De plus, les Dénisoviens auraient habité ces régions de haute altitude bien « avant l’arrivée régionale de l’Homo sapiens moderne », a déclaré Dongju Zhang, co-auteur de l’étude et archéologue à l’Université de Lanzhou en Chine.

Bien que des fossiles de Dénisoviens n’aient été retrouvés qu’à deux endroits à l’heure actuelle, « une partie de leur ADN est conservée dans les populations contemporaines d’asiatiques, d’australiens et de mélanésiens », ajoute Hublin. De plus, selon lui, cela indique simplement que l’ancien groupe d’hominines était plus répandu que ne le suggèrent les fossiles découverts à ce jour. De ce fait, l’Asie prend une nouvelle place dans l’histoire de l’évolution humaine.

Source : Nature

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